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Roman francophone - Page 10

  • La théorie du panda. - Pascal Garnier (Zulma, 2008)

    theorie du panda.gifDeuxième Pascal Garnier, deuxième coup de coeur ! Et je crois que ce n'est pas fini ;-)

    Gabriel débarque dans une petite ville de Bretagne, s'installe à l'hôtel et aussi dans la vie des gens. Madeleine, la jolie réceptionniste qui rêve d'une vie dans les Iles. Rita et Marco, deux junkies paumés. Et surtout José, le patron du bar, un portugais perdu depuis que sa femme est rentrée à l'hôpital. Gabriel fait la cuisine pour l'un, achète un saxo à un autre, et fait la cuisine à Madeleine, elle qui préférerait qu'il lui fasse l'amour. Pourtant ses réflexions douces-amères, plus amères que douces d'ailleurs, sur la vie et les gens, témoignent d'une philosophie de la vie très pessimiste. Alors qu'il est perçu comme un bon Samaritain par les autres, il voit l'existence à travers un filtre très noir...

    J'ai encore davantage aimé ce livre de Pascal Garnier que le précédent ! Moi qui suis plutôt d'une nature optimiste et positive, je dois dire que je me suis régalée des réflexions très noires du héros sur le couple, l'amour, les vacances, la vie quoi ! On devine peu à peu le gouffre qui est en lui, mais on le suit, fasciné par ces existences auxquelles il a donné un peu de lumière. Toutefois amateur d'happy end s'abstenir, en effet chez Garnier tout n'est pas bien qui finit bien !  Bon je vais en lire un troisième !

    Ah oui, à noter le clin d'oeil à Marcus Malte, autre auteur Zulma, qu'il fait surgir dans son roman !

    Les avis tout aussi enthousiastes de J.M. Laharrère, Florinette, Clarabel, Laure, Sylire, Laurent, Gambadou, Solenn….

  • La promesse. - Hubert Mingarelli (Seuil, 2009)

    promesse.jpgDepuis que j'ai découvert Hubert Mingarelli, il y a quelques années, je me fait une joie de lire ses parutions et je ne suis jamais déçue !

    Ici c'est une belle histoire d'amitié entre deux hommes qui est évoquée, alors qu'ils sont à l'école de mécaniciens maritimes au bord de la Baltique. Joie d'être ensemble, plaisir d'aller au bord du lac faire du feu et manger, excitation de construire un avion miniature et de le voir voler, moments  de bonheur partagés ensemble. Mais Fedia est seul aujourd'hui pour naviguer sur le lac et jouir au maximum de ces instants si particuliers car il a une mission douloureuse à accomplir.

    Ce n'est pas la peine de trop en dire, c'est l'atmosphère davantage que les détails qui séduit chez Mingarelli. Dans ces histoires sans lieux, sans date, presque sans nom, ne reste que l'essentiel. Ici ce sont des émotions, des instants de bonheur partagé qui lient deux hommes.

    Dans cette histoire d'amitié partagée entre deux hommes, comme souvent chez Mingarelli, c'est une promesse à la vie, à la mort qui court tout au long du livre, comme Fedia tout au long du lac et de la rivière. Reste l'intimité d'une relation évoquée avec pudeur dans un roman qui reste longtemps présent à l'esprit.

     

  • Lune captive dans un oeil mort. - Pascal Garnier (Zulma, 2009)

    lune captive.jpgLaurent et InColdBlog m'ayant plusieurs fois mis l'eau à la bouche, je voulais découvrir Pascal Garnier, et comme son tout dernier roman m'est passé entre les mains...

    Martial et Odette viennent d'emménager dans une résidence sécurisée pour seniors, dans le Sud, "les Conviviales". Pour l'instant c'est un peu sinistre mais bientôt un autre couple arrive , puis une femme seule. Les relations se mettent en place, des amitiés naissent, mais ce huis-clos dans ce lieu isolé devient rapidement tendu et les secrets des uns et des autres se dévoilent...

    J'ai adoré la manière tout en demi-teinte de Pascal Garnier pour décrire le quotidien puis le dérapage soudain des personnages. Bien sûr une fois ce livre lu, on se dit que JAMAIS on n'ira dans une résidence comme celle-là. Pourtant l'auteur n'exagère pas du tout, au contraire c'est la vie de tous les jours, drôle et terrifiante, pointée par sa plume caustique.

    Je sens que je vais moi aussi devenir un inconditionnelle de Pascal Garnier, d'ailleurs j'ai déjà pris La théorie du panda... (en fait ma PAL a bien augmenté depuis ma photo...)

    L'avis de mon mari : un ton caustique pour une histoire banale en apparence mais qui dérape rapidement. Une réussite et un auteur à suivre.

    Les avis tout aussi enthousiastes de Cathulu, Valdebaz, Moisson noire  


    L'interview de Pascal Garnier sur Bibliosurf

     

  • J.M.G. LE CLEZIO

    blogoclub.jpg

    Dans le cadre du Blogoclub consacré à Le Clezio, j'ai lu deux petits récits publiés en édition jeunesse. En effet mes lectures de cet auteur remontent à plusieurs années et j'avais été tellement émerveillés par ses livres que j'ai eu peur de les relire... et peut-être d'être déçue... Mon préféré est sans conteste Désert mais j'ai aussi beaucoup aimés les autres (Le procès verbal, Le chercheur d'or, ...)

     

    le clezio1.jpgCelui qui n'avait jamais vu la mer (Folio junior)

    Dans ce petit récit qui ressemble un peu à un conte, un jeune garçon semble en dehors de la réalité. En classe il participe peu, n'a pas d'ami. Son seul centre d'intérêt, c'est la mer. Aussi quand il part, un jour, tout le monde sait qu'il est parti "là-bas". Et ce là-bas est bien le rêve que poursuivait depuis longtemps ce garçon. La mer devient en effet non seulement sa raison d'exister, mais aussi son double. Les relations qu'il entretient avec elle sont physiques, charnelles, presqu'amoureuses, et c'est là où le magnifique style de Le Clezio se déploie, dans des descriptions et des comparaisons à la fois poétiques et pleines de petits détails. Les vagues, les marées, le vent deviennent des parties de lui-même et cette histoire d'amour nous laisse pantois, comme lui, à la fin de la grande marée !

     

    Lullaby (Folio junior)

    le clezio2.gifCurieusement Lullaby traite du même thème que le précédent livre. Là c'est une adolescente qui, un jour, décide de ne plus aller au lycée... pour aller voir la mer. Elle va marcher, marcher, le long du sentier des contrebandiers qui longe la mer jusqu'à ce qu'elle arrive à une petite maison blanche au nom grec et qu'elle s'y pose. Chaque jour elle continuera à marcher le long de la mer en poursuivant un dialogue imaginaire avec son père qui est en Iran. Contrairement au jeune garçon de l'autre histoire, elle est encore reliée au monde et son errance s'accompagne de lettres et de pensées vers son père ou un de ses profs préférés. D'ailleurs elle reviendra dans la réalité après cette parenthèse, mais qui va bien pouvoir comprendre ce qu'elle a vécu, là, toute seule pendant tous ces jours ? Encore une fois la magnifique prose de Le Clezio donne toute la douceur possible à cette belle histoire.

     

     

     

  • Le petit livre de septembre . - Christian Estèbe (Finitude, 2008)

    get_photo.jpgL'auteur se retrouve, un peu par hasard, documentaliste dans un collège près de Montauban, en contrat-emploi-solidarité. Lui qui a quitté l'école il y a longtemps, retrouve le rythme scolaire, les profs, la cour de récréation... Et, parce qu'il ne ne sent pas faire partie du corps des professeurs, il se permet d'autres relations avec les élèves. On les traite comme un troupeau à garder dans un chemin droit et unique, lui les écoute, essaie de susciter quelques idées de lecture, des réflexions, un peu d'humanité et d'amitié. Ce n'est bien sûr pas ce qui lui est demandé mais il ne peut pas séparer ce qu'il est, un écrivain, et le travail qu'il fait dans ce collège. Les relations se nouent, les visages s'éclairent. Il aura réussi pendant cette année à changer la nature des relations entre adultes et élèves et même si ce n'est pas grand-chose, ce n'est pas rien non plus...

    L'écriture, sobre et poétique, permet d'aborder ces moments avec beaucoup de pudeur et de tendresse. Les profs sont parfois un peu facilement "catalogués" par l'auteur, mais l'ensemble est une bouffée d'air frais dans ce monde du collège. Pennac, Delerm et Grainville, profs et écrivains, sont cités en exemple. Un écrivain peut apporter beaucoup de choses aux adolescents, et l'auteur essaie de leur apporter ce qui peut les aider à grandir et à comprendre.

    C'est grâce à mon libraire, "Un ange passe", 16 rue du Général Leclerc à Versailles que j'ai lu ce petit livre à la jolie couverture quadrillée comme un cahier d'écolier, merci à lui.

     L'avis, tout aussi positif, de Marc Villemain.

    Un extrait : "Je n'ai appris que ce que je voulais apprendre, j'ai rusé avec le système des bons points, j'ai trouvé seul les livres dont j'avais besoin pour vivre, je les ai lus seul et seul j'ai compris les trésors qu'ils recelaient".

  • La petite cloche au son grêle . - Paul Vacca (Philipe Rey, 2008)

    9782848761121.jpgComme une grande partie de la blogosphère, je suis tombée sous la charme de cette petite cloche...Passé le premier moment de surprise avec ce "tu" qui interpelle, j'ai suivi le narrateur pendant son retour du collège au bar familial, puis avec sa mère pour le retour à la maison et la promenade rituelle. La lecture est un moment privilégié entre eux deux, jusqu'au jour où elle découvre qu'il a de lui-même commencé à lire Proust (pour des motifs pas très avouables d'ailleurs..), et celui-ci va devenir central dans leur vie. Chez eux on lit Proust, on parle Proust, on rit Proust... jusqu'à rendre un peu jaloux le père... Mais de plus en plus régulièrement elle doit aller à Paris "voir une tante"... . La maladie va peu à peu faire partie de leur vie, mais de manière légère, chacun cherchant à rassurer l'autre. Et quoi de mieux pour lui faire plaisir que faire venir un comédien pour une lecture de Proust dans le bar ou faire un spectacle sur Proust....

    On peut lire ce roman sans avoir lu Proust, mais franchement on apprécie mieux quand on connait La Recherche, et je peux parier que l'auteur est un proustien forcené ! Tout dans ce roman est proustien, la narration à la première personne, la promenade avec la mère (du côté de Méséglise ou du côté de Guermantes chez Proust, où le narrateur respire l'odeur des aubépines avec sa mère et où il aperçoit Gilberte), l'attachement presque maladif à la mère, la plongée dans le monde de la lecture...Et la fin surtout où il aura besoin de revenir dans ce village et dans ce bar pour raconter, pour se souvenir. Et là tout à coup il écrit le livre que nous venons de lire, dédié à sa mère, comme le narrateur chez Proust à la fin du Temps retrouvé pourra écrire ... La recherche ...
    Et j'allais oublier la petite cloche qui annonce l'arrivée de Swann, et aussi celle qui annonce le dîner...

    Mais tout cela est écrit de manière légère, avec un humour qui ravit (les interrogations du père sur la sexualité de son fils sont vraiment très drôles...). On ne peut qu'être charmé par ce récit que l'on voit se dérouler sous nos yeux (l'auteur est scénariste je crois...) et on l'imagine bien dans un joli village normand. Bon je crois que je vais offrir des "petites cloches" pour Noël :-)

    Les avis tout aussi enthousiastes de  Cuné, Cathulu, Antigone, Bellesahi, Clarabel, Béatrix., Arlette.. Philippe, Sylire, Amanda

  • Syngué sabour, pierre de patience . - Atiq Rahimi (P.O.L., août 2008)

    9782846822770.gif"Quelque part en Afghanistan ou ailleurs" une femme veille son mari dans le coma, blessé pendant un combat. Elle s'en occupe, change sa perfusion, et surtout elle lui parle. Parce que pendant toutes ces années elle n'a pas pu lui parler. Mariée sans l'avoir vu et alors qu'il était encore à la guerre, elle s'est retrouvé auprès d'un inconnu certes guerrier et viril mais maladroit et n'ayant aucune idée de ce qu'une femme peut penser ou désirer. Cette veille auprès de lui sera l'occasion de déverser tous les reproches qu'elle n'a jamais pu lui faire, toutes les frustrations qu'elle a subies, comme si c'était une "syngué sabour", une pierre de patience sur laquelle on peut déverser toutes ses souffrances. Pourtant c'est son pardon qu'elle demandera, espérant qu'il se réveille et qu'il ait changé.

    Dans ce décor minimaliste, une chambre dépouillée, ce récit s'apparente à un conte oriental grâce à la langue poétique et musicale de l'auteur. Le sujet très dur de l'oppression des femmes dans cette société est un peu allégé par la poésie de ce monologue auquel on se laisse tout de suite prendre.

    J'avais également été très touchée par Terre et cendres du même auteur, écrit en persan. Celui-ci est écrit en français.

    Les avis tout aussi positifs de Papillon, Essel , Adeline

  • Où on va, papa ? - Jean-Louis Fournier (Stock, août 2008)

    39c80125bb8963b722b8fe0a118b503c.gifJean-Louis Fournier a l'habitude de nous proposer des romans grinçants, à l'humour souvent noir, ou des récits de vie où il se moque de lui-même avant de se moquer de son prochain. Il ne déroge pas à la règle ici, sauf qu'il s'agit de ses garçons qui sont handicapés tous les deux. Oui, deux enfants handicapés, c'est "pas d'chance " en effet. Mais cela présente aussi des avantages. La vignette gratuite qui lui a permis de rouler dans des grosses voitures américaines. Pas de souci à l'adolescence, pas de problème d'orientation littéraire ou scientifique. Ils vont à l'institut médico-éducatif tout le temps. Et à Noël les cadeaux ce sont des cubes et des peluches. Mais le parent de deux enfants handicapés a aussi des devoirs. Il ne doit pas plaisanter avec le handicap. Il ne doit pas rire des bêtises de ses enfants. Il ne doit pas faire d'humour sur ce sujet.....

     

    Il y a bien sûr du Pierre Desproges dans ce récit, d'ailleurs Desproges avait accompagné Fournier à l'I.M.E. de ses enfants. "On peut rire de tout mais pas avec tout le monde" disait-il. Fournier choisit pour la première fois de parler à tout le monde de ses enfants mais il fait tout pour ne pas que l'on ait la larme à l'oeil. Il prend de la distance. Il se moque. Malgré tout on sent bien sûr l'immense douleur d'un père qui se reproche de ne pas toujours avoir été patient, de ne pas avoir été assez présent. Mais que Fournier ne m'en veuille pas, j'ai été très émue par son livre, certainement plus qu'un récit mélo sur le sujet !


    L'avis tout aussi entousiaste d'Ys

  • Le boulevard périphérique . - Henry Bauchau (Actes Sud, 2008)

    6055f30ff965cc22700352c01b4d511c.gifEntre deux romans de la rentrée, j'ai lu ce livre que je gardais précieusement car, pour avoir beaucoup aimé L'enfant bleu,  je me doutais que celui-là allait beaucoup me plaire.


    En effet, j'ai tout de suite été prise par le style de l'auteur qui nous entraîne dans une double histoire. La première se déroule à Paris dans les années 80. Le narrateur va chaque jour rendre visite à sa belle-fille qui est traitée pour un grave cancer dans un hôpital au nord de Paris. Le périphérique qu'il va prendre quotidiennement va devenir le symbole de ces journées. De plus en plus proche de cette belle-fille avec laquelle il avait d'abord eu du mal à communiquer, cette proximité avec la mort lui rappelle un de ses amis de jeunesse. C'était au début de la guerre et Stéphane, après lui avoir tout appris de l'escalade et du dépassement de la peur qu'elle implique, s'engage dans la Résistance. Il est découvert mort quelque temps plus tard. C'est à la fin de la guerre que son "meurtrier", un SS en fin de vie, souhaitera appeler le narrateur pour lui parler de Stéphane et de ses derniers jours.


    C'est avec un sens extraordinaire de l'introspection que Bauchau fait revivre les émotions de ces événements (probablement en grande partie autobiographiques). L'approche de la mort est le thème central du livre et Bauchau fouille au plus profondément de lui pour l'exprimer par des mots. Mais c'est aussi une réflexion sur le sens de la vie, sur le temps qui passe, le bilan d'une vie, et aussi sur les relations entre un père et son fils quand celui-ci est adulte. C'est vraiment l'universalité de la pensée qui donne au livre sa profondeur. L'expérience de l'auteur devient celle de l'homme en général et on ne peut qu'y être sensible et surtout admirer le style magnifique de l'auteur. Vraiment Bauchau est un auteur majeur dont je n'ai heureusement pas encore lu tous les récits, et ce livre est sans doute le meilleur ou en tout cas un des meilleurs romans de l'année.

     

    L'avis tout aussi enthousiaste de Sylire, de Bellesahi, de Dda sur Biblioblog et d'Adeline (Hécate sur Zazieweb)

     

  • La caissière . - Catherine Moret-Courtel (Belfond, août 2008)

    3c13e18e9e55d5270cbf8660d104a86d.jpgA cinquante ans passés, après la mort de son mari, Michèle a dû prendre ce travail de caissière au supermarché. Hôtesse de caisse comme on dit maintenant.. Elle subit un quotidien répétitif, le bus le matin, le défilé des clients toute la journée, puis le retour dans la maison vide. Le plus difficile est de subir, le chef, les clients pas toujours aimables, .. Mais plusieurs fois elle fait des rêves où elle est bien différente de la femme résignée qu'elle est devenue. Et peu à peu elle va reprendre goût à la vie, moins se laisser faire par la hiérarchie, avoir quelques projets.


    Pas de misérabilisme dans ce roman où l'écriture sobre donne le ton. La réalité quotidienne d'une caissière est décrite sans concession et la lente évolution de Michèle est évoquée avec beaucoup de sensibilité. Un joli premier roman sur un thème rarement traité. Juste un bémol pour la fin un peu trop romanesque, mais vraiment une belle découverte pour cette rentrée littéraire.

    L'avis de Laure