21 octobre 2009

Exit le fantôme. - Philip Roth (Gallimard, 2009)

exit le fantome.jpgLe narrateur, Nathan Zuckerman, est un écrivain âgé qui a choisi depuis onze ans de se retirer dans le Massachusetts pour se concentrer sur son travail d'écriture. Après un cancer de la prostate, il souffre de problèmes d'incontinence et d'impuissance et cette déchéance physique conditionne toute sa vie. Pourtant il retourne à New-York en 2004 pour essayer un nouveau traitement, et là il est violemment confronté à tout ce dont il s'était éloigné depuis toutes ses années. La violence de la politique car c'est la réélection de Bush. L'énergie des jeunes écrivains et leur arrivisme avec Richard Kliman qui veut révéler des secrets de Lonoff, le mentor de Zuckerman. La déchéance des gens de son âge  avec Amy, la muse de Lonoff, très diminuée par ses problèmes de santé. Et surtout le désir qui s'incarne dans Jamie, la jeune femme d'un couple qui souhaite faire un échange de maison avec Zuckerman. Zuckerman est bouleversé par toutes ces émotions dont il s'était soigneusement protégé pendant toutes ces années...

Dans ce livre l'auteur réussit magnifiquement à évoquer des émotions à la fois individuelles et collectives. Dès les premières pages on reçoit de plein fouet la déchéance physique de Zuckerman, déchéance que l'on suivra tout au long du livre et qui est à la limite du supportable, mais qui permet d'entrer au plus profond du personnage. La violence de son désir pour Jamie et son incongruité sont analysées par un homme se connaissant bien et qui est lui-même déconcerté par cette agitation. La perte de repères de ses compatriotes se traduit par l'effervescence autour des élections, la réélection de Bush et le désespoir des classes intellectuelles. Le monde de la littérature n'est pas moins tourmenté avec une critique littéraire bien égratignée et des jeunes écrivains dénués de scrupules pour réussir.

Bien que n'ayant pas lu tous les livres de Philip Roth, je me suis immédiatement sentie en phase avec ce personnage tellement proche de son auteur et en même temps bien distancié. Et bien que le fond du livre soit plutôt noir par les thèmes abordés, on sent que l'auteur nous fait un clin d'oeil et nous dit que ce n'est pas la fin pour lui. En effet le narrateur se sert de tout ce qui le bouleverse pour le réécrire et en faire une pièce de théâtre.... Et depuis la parution de ce livre en 2007 aux Etats-Unis, Philip Roth a déjà eu  le temps de beaucoup écrire...

 

16 octobre 2009

Un amour exclusif. - Johanna Adorjan (Presses de la Cité, 2009)

un amour exclusif.jpgAlors qu'ils ont respectivement 71 et 82 ans, les grands-parents de l'auteur se donnent la mort, un dimanche matin, dans leur maison de Copenhague. Ce n'est pas complètement une surprise car ils l'avaient déjà évoqué depuis que lui était malade, mais une telle décision amène forcément des interrogations. Johanna Adorjan va, par petites touches, essayer de découvrir qui étaient ses grands-parents en interrogeant ses parents et quelques amis de la famille. Juif hongrois, son grand-père sera arrêté pendant la seconde guerre et déporté pendant que sa grand-mère survivra grâce à des faux papiers. Ensuite ils fuiront la Hongrie en 1956 pour aller vivre au Danemark. Toute leur vie sera marquée par ce drame et cette fuite, et cet "amour exclusif" s'expliquera sans doute par ces épreuves qui ont soudé à jamais ce couple.

L'auteur fait preuve de beaucoup de pudeur pour parler de cette histoire. Elle alterne le récit imaginaire de leur dernière journée et l'enquête qu'elle mène pour répondre aux nombreuses questions qu'elle se pose sur leur vie et leur personnalité. Encore un récit personnel dans cette rentrée littéraire qui en compte beaucoup, mais encore une fois un récit délicat sur la quête de l'identité et les conséquences de la guerre.

Celsmoon a beaucoup aimé

26 septembre 2009

Le sens de la famille. - A.M. Homes (Actes Sud, 2009)

le sens de la famille.gifDécidément, après Anne Wiazemsky et Marie Sizun, je suis en plein dans les récits personnels de cette rentrée littéraire. Pourtant Le jeu de l'ange m'attend mais il me faudrait plus de temps...

Dans ce récit, A.M.Homes qui s'est faite surtout connaître en France l'an dernier avec Ce livre va vous sauver la vie (que je n'avais pas lu), relate un moment important de sa vie. Elle sait depuis toujours qu'elle a été adoptée, mais un jour, alors qu'elle a 31 ans, sa mère biologique, Ellen, donne de ses nouvelles et fait savoir qu'elle aimerait la voir. Coup de tonnerre dans la famille d'A.M.

Peu à peu A.M. en apprend un peu plus sur les circonstances de son adoption et saisit mieux les zones d'ombre de sa vie. Ses parents adoptifs venaient de perdre un enfant, ils voulaient adopter mais ne voulaient pas faire la longue procédure habituelle d'adoption. Ayant entendu parler d'une jeune femme qui ne voulait pas garder son enfant, ils vont l'adopter... sans que la jeune femme, Ellen, ait jamais signé les papiers autorisant cette adoption. Mal remise de la mort de son fils, angoissée à l'idée qu'Ellen puisse reprendre sa fille, la mère adoptive d'A.M. n'a pas été une mère aimante et tendre. Pourtant A.M. se sent appartenir à cette famille au plus profond d'elle-même. Elle sera très secouée par la réapparition de sa mère biologique qui est très demandeuse de son affection, et par la rencontre avec son père biologique. Celui-ci avait rencontrée Ellen quand elle était très jeune alors que lui était plus âgé et père de famille. Tiraillé entre le plaisir de revoir sa fille biologique et ses obligations familiales, il décevra souvent A.M.

C'est à un parcours très personnel que nous convie A.M. Homes. Nous suivons avec elle l'évolution des relations très particulières entre une jeune femme adoptée et ses parents biologiques. Elle-même a souvent l'impression de ne pas savoir où elle en est et elle attendra plusieurs années avant d'écrire ce livre qui éclaircit pour elle ce qui fait sa "lignée". Lignée biologique, qu'elle a voulu approfondir, mais aussi lignée "adoptive" avec le beau personnage de sa grand-mère à qui elle est sûre de ressembler, même si elles n'ont pas le même sang.

J'ai bien aimé cette recherche d'identité qui est mise en valeur pas une écriture sobre, pas du tout mélo. C'est plutôt le résultat d'un travail que l'auteur aurait fait avec un analyste. En tout cas il passionnera toutes les personnes qui ont eu de près ou de loin à voir avec cette situation.

L'avis mitigé de Cathulu .

28 août 2009

Cartes postales de l'enfer. - Neil Bissoondath (Phébus, 27 août 2009)

cartes postales de l'enfer.gifLe narrateur, « Alec », nous prévient d’emblée qu’il a des secrets, d’ailleurs qui n’en a pas ? Lui ses secrets c’est d’abord d’avoir menti à ses parents. Pour les rassurer il leur a fait croire qu’il était simple peintre en bâtiment alors qu’il avait de plus hautes ambitions. Puis, après leur mort, il s’installe réellement comme décorateur d’intérieur à Toronto, et là il se rend compte que sa douceur et son physique le font ressembler à un homosexuel, et justement c’est une clientèle potentielle très intéressante. Il jouera donc au décorateur homosexuel pour garder ce travail passionnant et rémunérateur.
Sumintra aussi a des secrets. Elle est d’une famille indienne installée au Canada, elle respecte ses parents mais veut continuer ses études et surtout refuse tout mariage arrangé avec un Indien. Quand elle rencontre Alec, elle est séduite mais elle craint par-dessus tout que ses parents l’apprennent. Elle aussi doit garder le secret…

Voilà un roman qui va au fond des sentiments et des émotions, aussi bien pour Alec que pour Sumintra. Leurs motivations, leurs mensonges, leurs passions sont analysés avec beaucoup de sensibilité et l’auteur met très bien l’accent sur l’image que l’on a de soi-même et celle que l’on veut donner aux autres. Les personnalités sont attachantes et la question de l’intégration des femmes indiennes en dehors de l’Inde (que l’on retrouve dans de nombreux romans indiens) est traitée ici avec finesse. Une belle découverte pour moi car je n’avais rien lu de Neil Bissoondath qui a déjà publié sept romans.

L'avis de Cuné ici

 

10 juillet 2009

Le naufrage du Titanic et autres écrits sur la mer. - Joseph Conrad (Arléa, 2009)

le naufrage du titanic.gifJoseph Conrad est surtout connu pour les magnifiques Lord Jim, Typhon et Au coeur des ténèbres, mais avant d'écrire il a navigué. Engagé à 17 ans dans la marine marchande, il naviguera plus de vingt ans avant de choisir l'écriture.

Quand le Titanic sombre, il a 55 ans et observe les événements avec distance. Pourtant le marin qui demeure en lui ne peut s'empêcher de se mettre en colère : comment a-t-on pu embarquer autant de passagers avec aussi peu de canots de sauvetage, pourquoi dit-on que le capitaine aurait du "foncer droit dessus" quand il a vu l'iceberg. Autant de motifs de se mettre en colère sur ce qui était déjà la logique économique au service de la mode des voyages et du tourisme (il déteste le tourisme...), et cela au détriment d'un élément essentiel en navigation : la sécurité !

Mais les neuf textes  inédits en français qui composent ce recueil ne sont pas tous sur le Titanic. Conrad aime parler de sa passion, la mer, et il en parle très bien. Dans sa Pologne natale, il rêvait déjà devant les cartes géographiques et les récits d'explorateurs. Et le rêve de sa vie, qu'il a d'ailleurs concrétisé, était de remplir les espaces vides des cartes. Il y avait encore des terres à explorer et il voulait être le premier sur certaines de ces terres.

J'aime beaucoup les récits de voyages et Conrad est l'un des premiers qui m'ait donné ce goût, aussi j'ai été très heureuse de découvrir ces textes inédits (mais j'ai lu que certains avaient été publiés en 2007 chez un autre éditeur). Je trouve que les plus beaux voyages sont dans les livres (de voyage par exemple...) et les textes de Conrad sur son propre goût du voyage m'ont ravie !

 

bonnes vacances.jpg


Bien que je ne parte que dans plusieurs jours, ce billet sera le dernier avant mes vacances car je suis dans les livres de la rentrée. Rendez-vous autour du 15 août pour des billets de lectures de vacances, et bonnes vacances à tous et à toutes !

29 juin 2009

Je suis très à cheval sur les principes. - David Sedaris (Ed de l'Olivier, 2009)

je suis tres a cheval.jpgDavid Sedaris est américain mais vit une partie de l'année à Paris et en Normandie. Il a écrit plusieurs livres et se produit également en spectacle. Dans ce livre, découpé comme autant de sketches, il évoque des situations de sa vie étonnantes, ridicules, extravagantes... Il a surtout du talent pour se moquer de lui-même comme on peut le voir dans de nombreuses pages. Ou comment peut-on se passionner pour les araignées pendant un séjour en Normandie au point de ramener une ariagnée à Paris, mais là comment lui trouver suffisamment de mouches à manger chaque jour, à moins d'aller faire les poubelles dans un jardin public.... Ou comment lancer par mégarde une pastille pour la toux dans le décolleté de sa voisine d'avion, voisine qui est déjà fâchée avec avec vous car vous n'avez pas voulu changer de place... Ou pourquoi il adore les documentaires animaliers.

Cune en avait déjà parlé ici avec enthousiasme et une collègue l'avait aussi loué en Comité de lecture, aussi je l'ai pris pour le lire par petit bout pendant mes pauses déjeûner. Je dois dire que je n'ai pas été aussi emballée que je l'espérais. Je pensais trouver un humour à la Stephen McCauley mais, à part quelques épisodes vraiment drôles et légers comme l'araignée, le reste traîne un peu en longueur. Donc quelques bons moments mais lisez plutôt l'avis de Cuné...

01 mai 2009

La frontière de verre . - Carlos Fuentes (Gallimard, 2006)

2070749088.gifA l'occasion du Blogoclub de lecture sur Fuentes, je republie ce billet car je n'ai pas trop envie de me replonger dans la littérature mexicaine (c'était bien pourtant..)

Le Mexique au Salon du Livre 2009

Je vais terminer ce travail sur cette découverte de la littérature mexicaine par l'auteur le plus connu en France, Carlos Fuentes.

Carlos Fuentes a vécu dans différents pays d'Amérique latine (son père était diplomate) avant de faire des études de droit au Mexique et de devenir ambassadeur du Mexique en France. Très engagé à gauche et très opposé à la politique culturelle et économique des Etats-Unis, il était proche du poète mexicain Octavio Paz (avant de se fâcher avec lui...) et a enseigné dans plusieurs universités américaines et anglaises. Il est l'auteur d'une oeuvre très importante, aussi bien des romans que des essais, des nouvelles et des scénarios.

Ce livre, sous-titré Roman en neuf récits, peut être une bonne introduction à la littérature mexicaine car il traite de ce qui est un des problèmes mexicains essentiels : les relations américo-mexicaines. Rappelons qu'une grande partie du Sud des Etats-Unis était mexicain jusqu'à la guerre de 1846-1848 qui permit aux USA d'annexer la Californie, le Colorado, le Nouveau-Mexique, le Texas, l'Arizona et le Nevada. Les tensions entre ces deux pays aujourd'hui sont d'autant plus vives que, comme l'écrit Fuentes, "tant qu'un pays pauvre existerait à côté du pays le plus riche du monde, ce qu'ils faisaient, eux, la police de la frontière, équivalait à vouloir comprimer un ballon ; ce qu'on serrait ici ne servait qu'à faire gonfler par là".

La frontière est symbolisée par le fleuve, Rio Bravo du côté mexicain et Rio Grande du côté américain. Autour de ce fleuve s'est développée à carlos fuentes.jpgla fois une industrie importante côté mexicain, intéressée par la proximité des Etats-Unis pour l'exportation, et un trafic de Mexicains et aussi d'autres habitants d'Amérique du Sud cherchant à émigrer aux Etats-Unis.

Tous les nouvelles montrent bien la manière dont ces deux activités sont mêlées. Les Mexicaines pauvres du sud du pays et venues travailler à la frontière côtoient les industriels profiteurs et les passeurs qui vivent dangeureusement. Tous espèrent trouver une meilleur situation, que ce soit de manière plus ou moins honnête ou légale. Les personnages de ces nouvelles se croisent tous à un moment ou à un autre, et en terminant ce recueil on a l'impression de connaître ce morceau de Mexique !

Un avis dans Ratsdebiblio

Un autre billet sur Fuentes ici sur le blog de Laurent.

09 mars 2009

Le koala tueur, et autres histoires du bush. - Kenneth Cook (Autrement, 2009)

koala tueur.jpgPour tous mes collègues bibliothécaires dont les lecteurs demandent toujours des livres drôles, notez celui-ci !

Je connaissais de Kenneth Cook ses récits très noirs (Cinq matins de trop, Par-dessus bord et A coups redoublés), et j'ai du mal à croire que c'est le même auteur. Ici ce sont des récits autobiographiques qui racontent (peut-être en enjolivant ou en dramatisant un peu...) ses aventures à travers l'Australie (il est lui-même australien).

Pour ceux qui connaissent Gerald Durrell et Ma famille et autres animaux (Gallmeister), c'est tout à fait comparable. Cook est amené à cohabiter avec des animaux qui ont des réactions imprévisibles, hostiles en général, et même parfois très dangereuses. A moins que ce ne soient les humains qui les accompagnent qui soient pour le moins bizarres...

Avouez que pour adorer les serpents au point de s'enfermer avec eux dans leur vivarium, il faut être un peu... bizarre dirons-nous. Mais Cook ne peut quand même pas laisser son voisin ivre mort avec toutes ces bestioles ?

Et que peut-il faire quand, en voulant tirer sur un cochon sauvage qui le charge, les points de suture de sa paupière lâchent et qu'il ne voit plus rien ?

Le plus drôle étant sans doute un mémorable tour en chameau que je vous laisse découvrir.... Ou comment se faire arnaquer en plein désert ! Et découvrir que l'haleine de chameau est l'odeur la plus pestilentielle du monde....

Ces récits vous parle de la nature et des animaux avec tendresse, car Cook aime son pays et sa faune, mais ses mésaventures sont un régal. Et il dit lui-même qu'il ne les incorpore pas dans des romans car on ne le croirait pas !

Les avis tout aussi enthousiastes de Clarabel et Dominique

 

30 janvier 2009

Des nouvelles du Mexique (Métailié, 2009)

          couv-974.jpg                         Le Mexique au Salon du Livre 2009

Cette collection propose des sélections de nouvelles d'auteurs contemporains. Sont déjà parues les nouvelles d'Algérie, de Cuba, d'Amérique du Nord, du Brésil, du Portugal et d'Amérique latine. Ici nous retrouvons des auteurs déjà présents sur ce blog comme Volpi, Taibo II, Serna, Fadanelli et Padilla. D'autres auteurs participant au Salon du Livre y sont aussi présentés.

Le recueil est épais aussi je n'ai pas tout lu mais j'étais surtout intéressée par les nouvelles des écrivains que j'avais déjà découverts. Je n'ai pas été déçue car le genre de la nouvelle fait vraiment ressortir les caractéristiques des uns et des autres (je dois avouer que je lis rarement des nouvelles....).

La nouvelle de Serna, La vanité, fait tout à fait référence aux idées véhiculées dans son roman La peur des bêtes. Ici un enseignant souffre de ne pas être reconnu comme le véritable poète qu'il pense être. mais un jour il reçoit une réponse à une lettre qu'il avait adressée il y a longtemps à Octavio Paz (LE grand poète mexicain). Celui-ci le félicite et l'encourage dans cette voie. Il est tellement fier qu'il organise une grande fête où il invite ses amis et aussi ses détracteurs. Mais, catastrophe, entre temps sa fille a gribouillé la lettre et celle-ci est illisible ! Il est pris pour un imposteur, moqué par tout le monde et peu à peu il sombre dans la dépression..., mais..... J'ai dévoré cette nouvelle qui évoque à la fois la difficulté de se faire reconnaître comme poète, et l'importance démesurée que prend l'avis d'une ou deux personnes dans le milieu !!

La nouvelle de Taibo II, Les merveilleuses odeurs de la vie, est grinçante comme souvent chez cet auteur. Marcial est obsédé par un problème qui l'obsède depuis quelques jours, ses mains dégagent une odeur pestilentielle. Il essaie tout, les laver, verser de l'essence dessus, faire appel à une sorcière,... Rien à faire ! Mais au vu de la chute, on se dit que c'est peut-être l'odeur de la mort que Marcial transportait sur lui....

La nouvelle de Padilla, Symptômes d'un mal patibulaire, est très noire. On reconnait le style superbe de l'auteur dans cette histoire qui met en scène un bourreau. Il occupe cette fonction de père en fils et, à son tour, transmet son savoir-faire à son fils aîné. Celui-ci est terrorisé et n'ose pas l'avouer, pas même à son frère cadet. Pourtant un jour il quittera sa famille, deviendra délinquant et sera puni.... de la peine de mort...

Fadanelli nous propose une histoire aussi très sombre dans Le jardin des aveugles. Un homme seul et âgé va tous les jours faire son footing dans le parc à proximité. Mais deux nouvelles lui parviennent. Son frère vient de se faire assassiner, et on construit le plus haut immeuble de Mexico juste là. A quoi bon vivre encore...

La nouvelle de Volpi, La voix d'Orson Welles et le silence de Don Quichotte, est la plus longue. Elle a pour thème l'adaptation qu'Orson Welles devait faire de Don Quichotte et qui devait se situer au Mexique. Mais Don Quichotte est un roman inadaptable, et Orson Welles est un personnage hors du commun. Ou comment ce récit et le Mexique ont suivis Welles tout au long de sa vie...

Je lirai sans doute quelques autres nouvelles de ce recueil mais je voulais lui faire un peu de pub (en avance car il ne sort en librairie que mi-février) avant le Salon du Livre.

 

 

27 janvier 2009

Le Llano en flammes . - Juan Rulfo (Gallimard, 2001 ; Folio, 2003)

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Le Mexique au Salon du Livre 2009

Ce livre est une des oeuvres majeures de la littérature mexicaine et pour moi sans doute le coup de coeur de cette littérature. J'ai commencé un livre de Carlos Fuentes depuis et c'est très intéressant mais, à mon avis, c'est davantage un écrivain d'Amérique centrale et latine, alors que Rulfo retranscrit vraiment l'âme mexicaine.

C'est un recueil de nouvelles qui se déroulent pendant la "guerre des cristeros" dans les années 1920. Le partage des terres au profit des paysans a commencé à se faire après la Révolution mexicaine mais la mauvaise répartition de celles-ci ajoutée à la mainmise de l'Etat sur la religion, donne lieu à une rébellion violente qui fera plusieurs milliers de morts. Rulfo avait six ans quans son père et son grand-père ont été tués et son enfance s'est déroulée pendant ces événements violents.

Ces nouvelles sont un hommage de Rulfo aux paysans, villageois, bergers, qui ont été les principales victimes de cette llano.jpgguerre. Le thème principal est la terre . On comprend que cette terre qui leur a été attribuée, le LLano, est immense mais aride et incultivable et ils essaient désespérément d'en extraire quelque chose. Certains se résignent mais d'autres ne supportent pas de voir leur famille mourir de faim et dans plusieurs nouvelles c'est la vengeance qui est l'héroïne principale. Les grands propriétaires d'hacienda, le gouvernement, à qui faut-il s'en prendre ? Et quand on retrouve son père et son oncle pendus, que peut-on faire sinon se venger ? Les destins individuels se mêlent à l'histoire collective et on voit aussi bien la douleur d'une femme, le malheur d'un ami, que la révolte de tout un village qui, poursuivi par les soldats, met le feu à toutes les grandes propriétés du Llano.

La préface de Le Clezio met en valeur cette oeuvre inclassable et rappelle la dureté et la cruauté de cette guerre qui a obligé ceux qui n'ont presque rien à se battre pour défendre ce presque rien face à des puissants aveugles. Ces textes très courts (quelques pages chacun) au style incisif sont suffisamment forts pour nous donner à voir cet univers sauvage et violent.

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