09 mai 2008
Les années . - Annie Ernaux (Gallimard, 2008)
Après des ouvrages plutôt courts et intimistes, Annie Ernaux élargit son propos en mettant en parallèle le monde qui l'entoure et des moments clés de son existence matérialisés par des photos. Les événements politiques, mais aussi la société, les objets courants, les moeurs, la publicité, etc... Depuis les années quarante jusqu'à nos jours, elle égrène inlassablement tout ce qui l'a entourée, influencée, accompagnée. De la période avant la pilule à la libération des meurs, du mariage au divorce comme étape obligée, d'un monde rural et entravé au monde illimité offert par Internet,... Que reste-t-il de ces années, de "ses" années à elle qui sont aussi en partie les nôtres ?
J'ai trouvé ce livre extrêment intéressant pour plusieurs raisons.
Tout d'abord Annie Ernaux réussit à parler d'elle sans faire dans "l'auto-fiction" tant décriée. Pour cela elle met de la distance entre elle et le personnage qu'elle évoque, notamment en utilisant le pronom "elle" au lieu de je. Pas de psychologie, pas de lamentations ou d'auto-satisfaction. Elle était cette fille-là à cette époque.
Ensuite parce qu'elle réussit à créer un arrière-plan qui devient constitutif d'elle-même, et par là même, de nous ! Les souvenirs qui l'accompagnent sont aussi les nôtres et ceux de nos concitoyens. On est les enfants des "Trente glorieuses", de "Mai 68" ou des "années fric". En parlant d'elle, elle parle clairement de nous aussi et on se retrouve, à différents stades du livre selon notre âge, dans ses évocations de notre quotidien. Le parallèle qu'elle fait entre la femme qu'elle est devenue et la société qui l'entoure ne peut que nous parler à nous aussi.
Enfin, et je pense que c'est le plus intéressant, elle a une démarche extrêmement personnelle dans sa réflexion sur le
temps. Elle note très bien qu'elle a vécu cet accélération du temps dont on parle souvent. Ce n'est pas seulement une constatation de l'évolution des techniques de communication, c'est aussi un changement de l'être. L'immédiateté offerte par les téléphones portables et Internet par exemple, lui pose question. Alors comment l'exprimer ?
"Ce qui compte", écrit-elle," c'est saisir cette durée qui constitue son passage sur terre à une époque donnée...La forme de son livre ne peut donc surgir que d'une immersion dans les images de sa mémoire pour détailler les signes spécifiques de l'époque, de l'année, dans laquelle elles se situent... Des arrêts sur mémoire en même temps que des rapports sur l'évolution de son existence, ce qui l'a rendue singulière, non par la nature des éléments de sa vie, externes ou internes, mais par leur combinaison, unique en chacun."
Je crois que l'on a parfois reproché le côté "catalogue" de ce livre. Certes il y a parfois de longues listes d'événements ou d'objets. Toutefois les extraits que j'ai notés plus haut explicitent en partie cette démarche très volontaire de la part d'Annie Ernaux. Sans vouloir faire un parallèle trop évident, je dois quand même dire que j'ai trouvé la démarche très proustienne avec cette recherche d'un temps peut-être pas perdu mais en tout cas passé !
L'avis de Laurent et celui de Dasola
06:00 Publié dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : annie ernaux, les années
05 mai 2008
Lady Jane (réalisé par Robert Guediguian, avec Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, 2008)
Je n'ai pas l'habitude d'éreinter un film, en effet je sélectionne soigneusement mes sorties au cinéma et je trouve toujours quelque chose d'intéressant. L'histoire. La mise en scène. Les comédiens.
Grosse déception donc avec ce film qui se veut un film policier sans en avoir du tout les caractéristiques. On comprend tout de suite que l'enlèvement d'un adolescent, dont la mère a tué un mafieux vingt ans avant, doit être une vengeance ! On mettra tout le film à nous le montrer. On ne croit pas une seconde aux personnages. Vous y croyez, vous, à un Darroussin mafieux marseillais méchant qui tue froidement les gens ? Moi pas une seconde, avec son oeil qui frise comme d'habitude ! Quant à Ariane Ascaride qui ne change pas d'expression tout au long du film avec son brushing impeccable (elle a juste son fils qui se fait enlever, puis tuer, elle tente de se suicider, elle retrouve le tueur de son fils, tout cela impassiblement !). Les plans se succèdent de manière artificielle..... Bref, je n'ai pas trouvé le moindre intérêt à ce film, j'aime bien Guediguian et ses comédiens d'habitude pourtant !!!
06:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
01 mai 2008
Pauline . - Alexandre Dumas (GF / Flammarion, 2007)
Lu dans le cadre du Club de lecture des blogueuses
Je dois dire que spontanément je n'aurais pas lu un roman d'Alexandre Dumas et surtout pas celui-là qui m'était inconnu, ce fut donc une bonne surprise !
Dès les premières pages on est pris par l'intrigue et on ne peut plus s'arrêter. Jugez plutôt. Le narrateur croise plusieurs fois Alfred, un de ses amis proches, avec une femme qui cache son visage sous un voile. Il lui semble la connaître... Quelque temps plus tard, il apprend qu'elle est morte ..... Quand il revoit son ami, il le presse de questions et celui-ci lui raconte les aventures qui lui ont permis de rencontrer cette femme, Pauline. Il est tombé amoureux d'elle à Paris et la retrouvera dans des circonstances rocambolesques. Elle est retenue prisonnière dans les souterrains d'un château isolé et il réussira à la sauver. Mais comment elle, la femme du célèbre comte Horace de Beuzeval, a-t-elle pu en arriver là ????
La magie Alexandre Dumas a tout de suite opéré sur moi et, alors que je m'apprêtais à lire ce roman sans enthousiasme particulier, je l'ai lu d'une traite et avec une frénésie digne de Millenium ! Il faut dire que Dumas connait son métier et, même si son style est parfois grandiloquent, la construction du récit est imparable ! D'abord on voit cette femme mystérieuse qui, c'est sûr, cache un secret. Puis on apprend qu'elle est morte. Puis Alfred nous raconte les circonstances de leur rencontre. Et enfin, et seulement à la fin, on a son récit à elle qu'elle a confié à Alfred et qui donne la clé de tout ! Impossible donc de s'arrêter avant la fin !
Quant à l'ambiance générale du livre, elle m'a rappellée les romans gothiques que j'ai lus il y a longtemps comme Le moine de Lewis ou Annette et le criminel de Balzac. Il y a des enlèvements, de la brume, des châteaux isolés, des êtres pervers qui font du mal à des jeunes femmes innocentes ! Mmm, j'adore !
00:05 Publié dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : dumas, pauline
28 avril 2008
La maison de l'été . - Patrick Cauvin (Nil, 2008)
Puisque, contrairement à Flo ;-)
- je ne trouve pas que la Touraine soit trop au Nord
- j'avais aimé La maison du retour de Kaufmann dans la même collection
- j'avais aussi bien aimé les romans de Cauvin quand j'étais plus jeune,
j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre.
Avec ses cachets de droits d'auteur, et fortement influencé par sa famille, Cauvin décide d'acheter une maison de campagne, lui le citadin forcené ! Le choix se fait naturellement pour une bâtisse de caractère à proximité des châteaux de la Loire. Il mettra du temps à s'habituer à cette maison, et c'est au fil des années, des étés, des séjours d'amis, que peu à peu il ressentira qu'elle a vraiment une âme. Elle se laissera peu à peu apprivoiser, laissant des messages mystérieux "On l'a mis sous la pierre de l'entrée " (un cadavre ??), faisant entendre des soupirs asthmatiques la nuit, rapprochant les résidents dans sa cuisine trop petite,...
Le livre de Cauvin n'est pas comparable à celui de Kauffmann qui nous livrait, grâce à cette maison, son état d'esprit après son retour de captivité du Liban, mais j'ai trouvé que ce livre avait beaucoup de charme. Pas de caricature de Parisien à la campagne, pas d'anecdotes exagérées sur les mésaventures d'un propriétaire terrien. Tout est en finesse dans une jolie évocation de la manière dont on s'attache peu à peu à un lieu. Vraiment une lecture agréable où l'on apprend à mieux connaître son auteur.
07:00 Publié dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : patrick cauvin
23 avril 2008
Michael Tolliver est vivant . - Armistead Maupin (L'Olivier, 2008)
Après la mise en bouche de InColdBlog et son interview de Maupin, j'avais hâte de découvrir ce livre !
Chronologiquement, il se situe vingt ans après le dernier volume des Chroniques de San Francisco. Ces six volumes retraçaient de manière romanesque, et même rocambolesque, les aventures de la communauté homosexuelle de San Francisco dans les années 70 et 80. Traduits en français dans les années 85 si je ne me trompe pas, ces romans ont été lus par des milliers de lecteurs qui ont alors découvert le 28 Barbary Lane, Anna Madrigal et bien sûr Michael Tolliver. Ils étaient alors jeunes, beaux, découvraient que l'on pouvait afficher son homosexualité et même sa transexualité, et le monde était à eux. Puis ce sont les années Sida, les désillusions et les tragédies.
Dans ce livre, très autobiographique puisque Maupin a une soixantaine d'années, Michael a cinquante-quatre ans, beaucoup de ses amis sont morts. Heureusement il vient de rencontrer Ben, qui a vingt ans de moins que lui mais avec lequel il noue une relation solide, d'ailleurs ils se marient. Pourtant sa famille n'a toujours pas bien accepté sa manière de vivre, et quand il apprend que sa mère est mourante, ce n'est pas simple d'y aller avec Ben par rapport à sa mère mais aussi par rapport à son frère, sa belle-soeur et son petit neveu.
Ce livre est très différent des Chroniques. Même si l'on aperçoit de temps en temps des personnages de celles-ci (amis, enfants d'amis, vagues relations, ..), le livre est essentiellement centré sur le personnage de Michael, et les questions qui se posent à lui sont graves et, à mon avis, universelles. Bien sûr il est question d'un couple homosexuel, mais il est surtout question d'amour, de fidélité, de tendresse, de vieillesse, de mort,... Quelles sont les valeurs que l'on choisit de privilégier, quels sont les véritables liens qui nous attachent à la famille et aux amis proches ? Heureusement Maupin nous surprend avec ses traits d'humour que l'on avait découverts dans les Chroniques et l'on se surprend à rire tout haut alors que l'on était terriblement ému quelques instants avant. Vraiment un très beau livre qui touchera sans doute particulièrement la communauté homosexuelle mais aussi bien sûr tous les aficionados des Chroniques !
11:20 Publié dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : Armistead Maupin, Michael Tolliver
18 avril 2008
Ma Dolto . - Sophie Chérer (Stock, 2008)
On connait surtout Sophie Chérer comme auteur pour adolescent. Ici elle écrit un essai sur quelqu'un qu'elle a toujours beaucoup admiré, Françoise Dolto.
Elle reprend les principaux événement de la vie de Dolto qu'elle entrecoupe de cas d'enfants traités par elle. S'entremêlent alors les histoires d'enfants traumatisés ou perturbés par ce qui s'est passé dans leur vie, et la vie de Dolto, pas vraiment rose, surtout au début. La vie familiale bascule quand elle fait sa communion et que sa mère lui demande de prier pour que sa soeur aînée, atteinte d'une leucémie, ne meurt pas. Mais la soeur meurt, Dolto n'a pas assez bien prié ! La vie devient difficile, sa mère ne se remet pas du choc. Et Dolto doit décrypter cette "folie" tout en poursuivant son chemin. Sa mère ne la réveille pas le jour de son Bac ! Elle refuse qu'elle fasse médecine ! Mais sa volonté passera par-dessus tous les obstacles et elle deviendra "médecin d'éducation" après sa psychanalyse avec Laforgue. On connait la suite et sa carrière passionnante puisqu'elle sera à la fois proche de Lacan, et proche du grand public avec ses émissions de radio.
Le ton de Sophie Chérer est gai et enlevé et c'est un plaisir de lire cet ouvrage, même si on n'apprend rien sur Dolto
quand on a lu "Autobiographie d'une psychanalyste". L'auteur fait sonner "Ma Dolto" comme "Ma Dalton" et elle met l'accent sur l'aspect pétillant de Dolto qui fait fi des conventions pour être vraiment à l'écoute des enfants. Voilà un joli livre pour découvrir Dolto ou pour le plaisir de la retrouver !
J'aime cette photo de Dolto jeune !
L'avis tout aussi positif de Cathulu
07:00 Publié dans Psychanalyse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : françoise dolto
15 avril 2008
Rue 89 : le stress mortel des blogueurs de fond

Laurent me fait suivre cet excellent article de Rue89 sur les blogueurs. Il me parait bienvenu en cette période où certain(e)s d'entre nous commencent à se lasser de bloguer.
http://www.rue89.com/et-pourtant/le-stress-mortel-des-blo... : commentaires insultants, angoisse de "l'écran blanc", course aux clics... petite enquête mondiale sur une activité à hauts risques.
13:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
Il y a longtemps que je t'aime (réalisé par Philippe Claudel, avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein), 2008
Alors qu'elle sort de prison, Juliette est accueillie chez sa soeur Léa qu'elle n'a pas vue depuis leur enfance. Léa la reçoit avec joie, les enfants aussi, mais le mari le Léa ne réussit pas à masquer son hostilité. Il faut dire que le secret que porte Juliette est lourd. Si elle a passé quinze ans en prison, c'est pour le meurtre de son fils. Elle-même ne réussit pas à reprendre pied dans la vie normale. Autour d'elle c'est soit la gêne, soit l'interrogation. Pourtant le policier chargé de la voir deux fois par mois connait son fardeau et commence une liaison amicale avec elle. Mais comment se réinsérer après ce qu'elle a vécu ? Et surtout pourquoi ce meurtre ? On attendra la toute fin du film pour que ce secret soit révélé et que les soeurs aient des relations plus claires.
Je n'avais lu aucune critique de ce film et suis allée le voir sur le seul nom de Philippe Claudel, comme beaucoup de lectrices je crois. Après avoir jeté un coup d'oeil sur AlloCiné, il me semble que les critiques ont descendu ce film mais que le public a beaucoup aimé ! Je dirais que c'est un très joli film, très émouvant (encore que, j'étais tellement préparée à pleurer que je ne l'ai pas fait..) mais bien sûr il ne révolutionne pas la mise en scène ! Le thème de la sortie de prison est bien vu, Kristin Scott Thomas est excellente et on la voit évoluer physiquement le long du film. Les réflexions sur la prison sont justes et on retrouve même mot pour mot des extraits du livre de Philippe Claudel "Le bruit des trousseaux" (il a été visiteur de prison). En revanche la narration elle-même est très classique, quelques scènes sont franchement superflues, comme celle dans la grande maison qui est visiblement un hommage à Claude Sautet mais n'apporte rien au récit. Mais bon globalement Claudel a réussi à faire passer des choses sur ce sujet et je lui garde tout mon admiration !
L'avis mitigé de Papillon et celui, plus enthousiaste de Philippe
07:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Philippe Claudel, Kristin Scott Thomas, Elsa Zybelstein
11 avril 2008
Richard Galliano

Longtemps j'ai détesté l'accordéon. Il était associé pour moi au lever aux aurores, le lundi matin, pour le départ en pension. Et la radio (RTL ?) passait alors un accordéon musette que je détestais !
J'ai mis longtemps avant d'associer l'accordéon à des moments agréables.
Et puis un jour je suis allée voir Marc Perrone ! Vous savez, ce fils d'immigré italien qui vous met le coeur à l'envers avec son accordéon diatonique en recréant des morceaux mi-musette, mi-jazzy.
Et puis j'ai découvert ce fou de Bernard Lubat avec l'inclassable "Scatrapjazzcogne" et sa pêche extraordinaire.
Et puis j'ai entendu Richard Galliano. Vous connaissez ? Mais si, le générique de la série "P.J.", c'est lui ! De l'accordéon où le musette est revu et mâtiné de jazz et de tango !
C'était la première fois que je le voyais en scène cette semaine et je l'aurais écouté pendant des heures :-)
16:50 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
08 avril 2008
Le bourreau de l'amour . - Irvin Yalom (Galaade, 2007)
Comme Papillon, je succombe au charme d'Irvin Yalom ! A travers dix récits vécus, ce psychanalyste américain nous entraîne dans les tréfonds de l'âme à la fois des patients mais aussi de lui-même !
Les cas qu'il décrit sont tous très intéressants et pourraient être des voisins ou connaissances. Une brève histoire d'amour, huit ans auparavant, rêvée et magnifiée d'une femme avec un homme plus jeune, histoire qui l'obsède nuit et jour. Une jeune femme obèse qui cherche à retrouver la joie de vivre mais ne voit que des causes extérieures à son problème. Une femme en deuil de son fils qui est quittée par son mari et dont les fils sont délinquants. Un homme qui a un cancer très grave et ne pense qu'à essayer de séduire des femmes. Un comptable qui se met à avoir des migraines terribles à chaque fois qu'il fait l'amour, et ceci depuis six mois. Il mettra du temps à admettre qu'il y a six mois il a pris sa retraite et qu'il y a peut-être un rapport entre ces deux faits...
Et ce qui est vraiment passionnant, c'est que Irvin Yalom est un conteur-né ! Quelle manière vivante de raconter ces séances parfois ennuyeuses, parfois exaltantes ! Et bien sûr c'est particulièrement intéressant de voir l'analyse côté analyste, ses doutes, ses questionnements, le fameux "contre-transfert", etc.. Mais il faut dès le départ admettre que la psychanalyse américaine n'est pas la psychanalyse européenne et qu'un certain nombre de pratiques ne sont pas envisageables en Europe (aller chez l'analysant, lui donner des conseils, lui faire des révélations personnelles,...). Vraiment je suis séduite par Irvin Yalom et "Mensonges sur le divan" m'attend déjà !
17:20 Publié dans Psychanalyse | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
04 avril 2008
Un coeur simple (réalisé par Marion Laine, avec Sandrine Bonnaire, Marina Foïs, Pascal Elbé,..., 2008)
Dans la Normandie du 19è siècle, une jeune paysanne, Félicité, a un coeur "simple" et entièrement tourné vers les autres. Déçu par son premier amour, Théodore, elle va travailler chez Mathide, une bourgeoise veuve et austère, qui élève ses enfants avec dureté. Félicité va reporter tout l'amour qu'elle a en elle sur ces enfants, sur Clémence surtout, puis sur son jeune neveu Victor. La vie n'est vraiment pas facile pour une domestique à cette époque, et encore moins dans cette famille où le silence de la mère pèse comme une chape de plomb. Félicité passera son existence à essayer d'exprimer maladroitement ses sentiments à ses proches, et, pour finir, à son perroquet !
Tiré du conte de Flaubert, ce film est une belle évocation de la vie telle qu'elle devait être à cette époque. Après avoir lu le récit de Flaubert (ce que l'on a fait aussitôt rentré du cinéma !), on s'est rendu compte que la réalisatrice avait rajouté un certain nombre de faits importants qui permettent de rendre moins linéaire le récit de cette vie. Les sentiments, même cachés, y apparaissent plus violents. Les passions inavouées transparaissent. Quelques actions rythment davantage ce film qui demeure toutefois encore très linéaire.
Mais le gros atout de ce film et la raison pour laquelle je ne m'y suis pas du tout ennuyée, c'est la présence de Sandrine Bonnaire ! Quelle actrice ! Elle était déjà excellente quand elle était très jeune, comment peut-elle encore se bonifier ? Et pourtant dans ce rôle où elle ne parle pas beaucoup, elle exprime tant de sentiments et de manière tellement subtile que l'on ne peut être qu'admiratif ! Décidément cette actrice ne me déçoit jamais !
07:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : coeur simple, sandrine bonnaire, mathida foïs
31 mars 2008
J'ai épousé un Casque bleu . - David di Nota (Gallimard, 2007)
Le roman commence comme un récit léger, brillant, d'un narrateur versaillais de bonne famille, entouré d'amis et s'ennuyant dans les soirées. Proche de sa mère, il est sévère avec son père, un militaire peu présent ni à la maison ni même en France. "J'ai épousé un Casque bleu" dit de lui sa femme ! Son séjour à l'hôpital est perturbant pour le narrateur qui tente de se rapprocher de lui en s'informant sur les événements de Bosnie, puis en partant là-bas avec lui. La réflexion sur le rôle exacte des Casques bleus, "le maintien de la paix", alors que le pays est en guerre, est incisive, parfois drôle, souvent cruelle. Qui sait quoi ? Qui fait quoi ? Est-ce une mascarade ?
La distance constante apportée au récit par le narrateur en fait presqu'une fable sur la guerre et sur l'humanitaire. Les relations avec le père cimente le tout et lui donne son unité. Voilà un livre sérieux, certes, mais dont le style irréprochable crée des images fortes.
Merci à Olivia de m'avoir fait découvrir ce roman qui lui tient à coeur pour des raisons très personnelles.
L'avis du Magazine littéraire , de Benoit Duteurtre et d'Eric Neuhoff
07:00 Publié dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28 mars 2008
There will be blood (de Paul Thomas Anderson, avec Daniel Day Lewis et Paul Dano), 2007
Les Etats-Unis au début du XXè siècle. Daniel Plainview, chercheur d'or, trouve par hasard un gisement de pétrole et alors commence l'irrésistible ascension de ce "pétrolier" comme il se nomme qui va, par tous les moyens, racheter des terres et développer l'extraction du pétrole. Dans cette région perdue, le pétrole sera une manne pour tous mais un prêtre/prédicateur mettra en garde les habitants et aussi Daniel contre les dérives possibles. Et en effet les conflits éclatent, la communauté se désolidarise. Seul avec son fils, Daniel va tout à tour séduire, convaincre, mais aussi tromper et haïr.
Le résumé seul ne suffit pas à exprimer l'extraordinaire fresque que P.T. Enderson a réussi à
créer. Après un début fascinant, presque sans une parole pendant une vingtaine de minutes, peu à peu les personnages crèvent l'écran et prennent vie sous nos yeux. La première comparaison qui m'est venue à l'esprit est "Les raisins de la colère". A cause du sujet bien sûr, une ruée, vers l'or noir cette fois. A cause de Daniel Day Lewis, fabuleux, qui a par moment des airs d'Henri Fonda. Et surtout par le parralèle entre l'aventure collective et le destin individuel qui est magnifiquement traité. De plus, les dérives du capitalisme et de la religion en ce début de siècle ont des airs bien contemporains et même universels ! Bref pour moi c'est un chef d'oeuvre !
L'avis tout aussi enthousiaste de BMR-MAM
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25 mars 2008
Fun Home . - Alison Bechdel (Denoël Graphic, 2006)
Dans cette bande dessinée, de la famille des "romans graphiques", l'auteur, Alison Bechdel, retrace de manière non-chronologique son enfance et sa jeunesse. Nous sommes aux Etats-Unis pendant les années Nixon. Sa famille : une mère aimant le théâtre. Deux frères. Mais surtout un père prof de français et directeur d'un salon funéraire, le "Fun Home" (Funeral Home), passionné d'art et de décoration, passant tout son temps dans la restauration de leur maison du XIXè. Et surtout un père, elle le découvre quand elle est adolescente, qui a régulièrement des relations homosexuelles avec des jeunes hommes. Alison commence à tenir son journal quand elle a dix ans, des textes mais aussi du dessin qui va devenir son mode d'expression privilégié. Elle écrita tout sur ce journal sauf ce qu'elle a du mal à s'avouer elle-même, et encore plus à ses parents : elle est homosexuelle !
Ce récit est donc l'exploration de cet itinéraire très personnel qu'elle illustre d'un joli dessin noir et blanc. La relation compliquée entre elle et son père est certainement ce que je retiendrai de ce livre. Un père tyrannique, pas du tout proche de ses enfants. Mais en même temps un amoureux de la littérature avec lequel elle échangera beaucoup en étant étudiante. Et ce secret de famille qu'est l'homosexualité de son père, puis sa mort (accident ? suicide ?) dont elle se sentira longtemps coupable.
La distance qu'elle instaure dans son récit est une qualité, elle a aussi un revers, celui de retenir un peu l'émotion. Toutefois je retiendrai la force de ce récit, le talent de cette dessinatrice et la qualité de son écriture.
Les avis, proches du mien, de Laurent et InColdBlog
07:00 Publié dans Bande dessinée | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21 mars 2008
Le rapport Stein . - Jose Carlos Llop (Jacqueline Chambon, 2008)
Majorque à la fin des années soixante. Le héros est dans un collège de jésuites où la vie est scandée par les cours et les offices. Il vit avec ses grands-parents, ses parents étant à l'étranger pour "affaires". C'est un adolescent rêveur et sensible très attaché à son environnement et à ses amis. Quand soudain arrive au collègue un nouveau, Stein, dont la désinvolture et la liberté d'allure étonnent et provoquent l'admiration. Son attitude, sa maison splendide, sa soeur (aussi splendide), tout provoque un choc chez le héros et ses amis. Mais d'où vient-il ? L'un d'entre eux entreprend de faire des recherches sur lui et sa famille, d'où le "rapport Stein" qui replongera dans le passé espagnol proche et encore très douloureux.
Ecrit à la première personne, ce récit est un très beau "roman d'apprentissage" où le héros passe de l'adolescence à l'âge adulte en quelques mois. L'écriture épouse bien les états d'âme d'un adolescent et les questions à propos de Stein donnent envie de ne pas lâcher le récit. J'ai été très touchée par ce roman et je pense que je suivrai cet auteur dont j'avais déjà lu "Parle-moi du troisième homme". L'auteur est né en 1956 à Palma de Majorque.
07:00 Publié dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Rapport Stein, Jose Carlos Llop
17 mars 2008
Clarabel dans le "Magazine littéraire" !
Je viens de recevoir le numéro d'avril du Magazine littéraire. Il propose une enquête : "Que valent les blogs littéraires" ? Et aux côtés de Ron l'infirmier, de Pierre Assouline et d'auteurs-blogueurs, qui est citée comme étant une "blogueuse altruiste" qui "consomme des livres au kilomètres", aussi bien des romans actuels que des classiques méconnus et de la littérature jeunesse ? Notre Clarabel qui est, je cite, "devenue une actrice à part entière de la scène littéraire" ! Si ce n'est pas le début de la gloire, ça y ressemble ! Bravo à toi Clarabel :-)
15:50 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
La route . - Cormac McCarthy (L'Olivier, 2008)
J'aime entrer dans les romans de McCarthy comme j'aime entrer dans ceux de Mingarelli. Dans les deux cas, on se trouve plongé dans un univers sans référence historique ni géographique, où les personnages évoluent comme mus par un destin implacable. Dans ce roman c'est encore plus vrai que dans les précédents.
Sur une route, on ne sait pas où, on ne sait pas quand, un père et son enfant marchent. Autour d'eux un paysage post-apocalyptique où aucune vie n'apparait. Les villages ont été pillés. Une fine couche de cendre recouvre tout. Que faire sinon marcher, marcher , aller vers un Sud où on trouvera la mer. La nourriture : quelques restes trouvés dans les maisons pillées. Le sommeil et le froid : à l'abri d'un rocher ou d'un arbre. Le danger : quelques rares groupes de pillards qu'il faut à tout prix éviter. Le trésor : cet enfant qui est miraculeusement en vie et que le père essaie de réconforter malgré la situation.
On entre ou pas dans ce genre de récit, mais quand on y entre, c'est vraiment magnifique. On sait que l'écriture de McCarthy est toujours très sobre et les descriptions comme les dialogues sont réduits au minimum. Pourtant au bout de quelques pages on s'attache d'une manière incroyable à l'errance de ces deux personnages dignes de Beckett et de "En attendant Godot". L'amour, la mort, la survie, tout est dit là sur l'essentiel de ce qui fait l'essence de la vie. Sans jamais lasser le lecteur, McCarthy nous nous emmène sur cette route sans fin où, pourtant, la vie de ces deux personnages est ce qu'il y a de plus important au monde.
L'avis tout aussi enthousiaste de Essel, de Philippe, de Bellesahi et de Fluctuat
07:00 Publié dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : la route, Cormac McCarthy
12 mars 2008
Podcastez Amos Oz sur France-Culture !

Vous souhaitez entendre la voix de ce magnifique auteur ? Vous souhaitez prolonger le plaisir de lecture de "Une histoire d'amour et de ténèbres" ? Le soir de 20 h à 20h30 vous n'êtes pas disponible pour écouter "A voix nue" de France-Culture ?
Podcastez les cinq émissions qui passent toute cette semaine. Il suffit de télécharger iTunes si vous ne l'avez pas encore et de podcaster l'émission depuis le site de France-Culture (la manip est très simple)

De la lecture sur la littérature israélienne : Lire du mois de mars propose un dossier sur la littérature juive (un peu plus large qu'israélienne donc).
11:00 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
11 mars 2008
Battement d'ailes . - Milena Agus (Liana Levi, 2008)
Dans un lieu retiré de Sardaigne, au bord de la mer, Madame vit dans une grande maison reconvertie en chambre d'hôtes. Elle est seule, avec ses robes faites de tissus récupérée, toujours entre deux amants provisoires, et refusant de vendre aux promoteurs. Ses voisins, un grand-père original, une adolescente amie, un jeune homme trompettiste partie à Paris...
Comme dans "Mal de pierres", l'auteur nous présente un très beau personnage de femme qui va à l'encontre de ce que la société attend. Les autres personnages sont bien décrits et attachants. La nature environnante, très sauvage, forme un cadre parfait pour cette histoire un peu fantasque, où la passion et la fantaisie se heurtent au conformisme de la société.
Est-ce la narration, faite par l'adolescente, qui m'a gênée ? Cette histoire est racontée par cette jeune fille elle aussi un peu en dehors des normes (des souffles de vent ou battements d'ailes lui rappellent son père mort) et il n'est pas plausible, à mon avis, qu'elle puisse raconter tout ce qu'elle raconte (désolée pour les répétitions..). Ou alors il faut voir cette histoire comme un récit complètement imaginé par cette adolescente, et là ça change tout ! Ce serait la vie quotidienne de ce coin de Sardaigne décrite par une jeune fille à l'imagination exacerbée et qui verrait le monde à travers ses fantasmes ?
A noter que j'avais été parmi les enthousiastes de "Mal de pierres" !
L'avis beaucoup plus positif de Papillon
07:00 Publié dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : milena agus, battement d'ailes
07 mars 2008
Bazar magyar . - Viviane Chocas (Héloïse d'Ormesson, 2006)
Née en France de parents hongrois, l'auteur ne connait de la Hongrie que quelques parents venus en visite et surtout quelques plats locaux rituellement faits par ses parents. De la langue, rien. Du pays, rien. Des événements de 1956 non plus. On les appelle "les événements" mais tout est fait pour oublier ces années et s'intégrer au pays d'adoption, la France. Pourtant l'auteur est attirée par cette langue qu'elle ne connait que par les plats et les ingrédients qui, alors, forment des mots rudes qui s'allient à la saveur particulière des mets. Quand elle devra aller à Budapest en tant que journaliste en 1989, elle reconnaîtra cette langue et y a


