08 février 2012
La Liseuse. - Paul Fournel (P.O.L., 2012)
Robert Dubois est un vieil éditeur traditionnel, il aime les livres, le papier, l'encre, les auteurs aussi. Aussi quand une stagiaire entre dans son bureau pour lui proposer une liseuse (e-book I-pad...) il est perplexe. Comment retrouver ses réflexes de lecteur sur cet objet ? Prendre des notes, entrecouper ses lectures de romans de lectures de poèmes, lire au lit... Recevoir une liseuse sur le nez, ça fait plus mal qu'une feuille ! Mais ne pourrait-on pas en profiter pour enrichir certains écrits, retrouver cette liberté chère à Queneau et Pérec ? Ses stagiaires vont lui ouvrir des horizons...
Voilà une jolie fable sur le livre, l'écriture, l'édition, bref tout ce que les blogueurs littéraires adorent ! On aime se retrouver dans la peau d'un éditeur, connaître ses manies, ses trucs, ses astuces... Et cette jolie stagiaire qui va lui ouvrir la porte, si je puis dire, du livre numérique... C'est agréable à lire, pas inoubliable non plus mais on passe un joli moment. Et j'ai bien aimé quand il prend enfin le temps d'acheter tous les livres qu'il a toujours rêvé de lire ! (mais ce n'est pas encore tout à fait la fin...)
05:26 Écrit par Cathe dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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25 janvier 2012
Veuf. - Jean-Louis Fournier (Stock, 2011)
Jean-Louis Fournier est veuf de Sylvie avec laquelle il a passé une grande partie de sa vie. Comme dans Où on va, Papa ?, il nous parle d'un drame personnel sans larmoyer. Il évoque des petits faits quotidiens qui lui rappellent cette mort mais toujours avec dérision, comme si tout cela n'avait pas grande importance. Ce sera désormais sa vie. Parfois même le cynisme l'emporte, quand il décrit les amis et relations qui n'osent pas l'appeler pour la bonne année, lui qui en aurait tellement besoin. Ou qui viennent s'appitoyer, l'oeil humide et les mains moites, comme si c'était eux qui avaient perdu leur femme.
Comment parler et écrire sur la mort de son épouse ? A "La grand librairie", l'auteur a expliqué qu'il avait besoin d'écrire et qu'il ne pouvait pas, par respect envers ses lecteurs, s'effondrer en pleurant. C'est par pudeur qu'il nous livre par petits morceaux ses réflexions mi-figue mi-raisin.Et comme pour son livre précédent, je trouve que ce ton distant et parfois provocateur donne encore plus d'émotion au récit.
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05 décembre 2011
Une lointaine Arcadie. - Jean-Marie Chevrier (Albin Michel, 2011)
Sa femme l'a quitté, sa librairie est fermée, Matthieu n'a plus aucune attache à Paris. Il décide de partir en Creuse dans une maison isolée ayant appartenu à un vieil oncle qui a fini sa vie comme un véritable ermite. Lui-même veut s'affranchir de tous les liens qui le relient encore à la civilisation. Ce que l'on nommerait un choix de "décroissance" est plutôt pour lui une manière d'oser exister seul, loin des autres, dans une solitude choisie. Les mois s'écoulent ainsi, entre la maison, les travaux des champs et sa vache, Io. Une jeune femme du pays, violoniste, tente de nouer quelques liens avec lui. Un voisin passe chaque jour à la même heure lui dire quelques mots. Un couple de randonneurs fatigués s'arrête chez lui. Comment faire coexister son choix de vie et sa relation aux autres ?
Le sujet est intéressant à une période de retour à la campagne et aux "vraies valeurs" . Le narrateur met en avant le choix presque philosophique de pouvoir vivre seul, avec juste la compagnie de quelques livres. Peux-on vivre seul, est-on plus libre quand on est seul ? Les péripéties montreront que ce choix n'est pas facile à assumer sur le long terme. Le ton utilisé est souvent ironique, parfois désespéré, comme si le narrateur se regardait lui-même essayer de vivre en ermite. L'ensemble donne un livre attachant, avec parfois un peu trop de références à l'Antiquité et de mots compliqués (l'occasion d'ouvrir le dictionnaire...). Sur un sujet similaire, le départ de Paris vers la campagne, lire le magnifique Bonheur fantôme d'Anne Percin.
Les avis de Dominique, Aifelle, Cathulu
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02 décembre 2011
Quand on est mort, c'est pour toute la vie. - Azouz Begag (Gallimard, Scripto, 2002)
Amar va retourner en Algérie. Mourad, son frère, a été tué par un chauffeur de taxi parce qu'il n'avait pas payé la course, et aller voir sa tombe au pays est le seul acte qui puisse l'apaiser. Mais Amar est universitaire, il n'est pas retourné là-bas depuis treize ans et il se sent bien loin de ce pays et de ses habitants. Pourtant pendant le long voyage en car qu'il va effectuer, il va cohabiter avec toutes sortes de personnes et c'est leur humanité à tous qui va les rapprocher.
On retrouve ici le ton plein d'humour et de tendresse d'Azouz Begag. Comme dans Le gône du Chaäba et ses autres livres, il revient sur la question des racines des Algériens vivant en France et leur tiraillement entre deux cultures.
05:49 Écrit par Cathe dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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12 octobre 2011
Le premier été. - Anne Percin (Le Rouergue, collection La Brune, 2011)
C'est un été comme les autres, Catherine et sa soeur sont en vacances à la campagne chez leurs grands-parents. Le soleil, la piscine, les flirts, les émois de l'adolescence. Puis un événement qui surgit pour Catherine, une apparition, un désir soudain, un mystère... Quand les deux soeurs reviennent quinze ans après vider la maison, tout resurgit soudain avec violence...
Comme d'habitude dans les romans d'Anne Percin, il y a une révélation qui vous foudroie et il ne faut pas trop en dire sous peine de déflorer le sujet. Ici se mêlent la sensualité et la cruauté dans une histoire presque comme les autres. C'est le presque qui est essentiel. Il suffirait d'un rien pour que ce soit un banal flirt d'été. Mais la première ligne nous met en garde : "C'est une croix plantée à la sortie du village". Et une autre phrase, dans le paragraphe suivant : "Un drame dont je ne suis peut-être pas responsable". Mais ne cherchez pas à deviner, vous ne le pourrez pas !
Je continue à être une inconditionnelle d'Anne Percin qui sait creuser avec subtilité le tréfond de l'âme humaine et j'ai hâte que Bonheur fantôme sorte en poche pour pouvoir l'offrir autour de moi !
Les avis tout aussi passionnés de InColdBlog, Clara , Cuné , Griotte, Sylire , cathulu , sandrine
05:25 Écrit par Cathe dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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04 octobre 2011
Les souvenirs . - David Foenkinos (Gallimard, 2011)
Le narrateur revient sur les souvenirs qu'il a gardés de ses grands-parents. Son grand-père, il n'a pas toujours lui dire qu'il l'aimait et les moments heureux passés avec lui sont empreints de regrets. Sa grand-mère il s'en occupera jusqu'au bout, chez elle d'abord, puis dans la maison de retraite où elle part sans réel désir. Ce sera lui, et non pas son père, qui saura la distraire, lui offrir des moments pleins de fantaisie, comme la visite à l'artiste du "tableau avec la vache" qui orne le couloir de la maison de retraite et dont ils aiment se moquer. Lui encore qui la retrouvera le jour où elle fuguera.
Certes les thèmes sont empreints de nostalgie : la vieillesse, la maison de retraite, la mort. Et pourtant le ton reste léger, tendre, un rien décalé pour masquer l'émotion. C'est le premier roman que je lis de Foenkinos (je dois être la seule blogueuse francophone dans ce cas...) et je dois dire que j'ai été sensible à cette petite musique particulière qui sait parler de choses graves avec délicatesse et humour.
L'avis très positif d'Emeraude
05:58 Écrit par Cathe dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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06 septembre 2011
Alzheimer mon amour. - Cécile Huguenin (Héloïse d'Ormesson, 2011)
Entre deux récits de voyage, voilà un très beau récit sur un sujet difficile.
Cécile Huguenin est psychologue et coach. Très sensibilisée à la maladie d'Alzheimer par son travail, elle a essayé de garder auprès d'elle le plus longtemps possible son mari malade. Elle a aussi su trouver les mots pour parler de cette maladie et surtout de son ressenti à elle pendant ces quatre années.
Comment exprimer la beauté qui se dégage de ce livre sans paraître mièvre. Il y a de plus de plus de récits sur cette maladie (j'avais lu le très beau L'éclipse de Serge Rezvani), les symptômes nous sont bien connus et autour de nous des proches y sont confrontés, souvent de manière dramatique.
Le grand talent de Cécile Huguenin est d'avoir en parler avec beaucoup de justesse. Décrire l'espoir insensé d'une amélioration. La résignation du renoncement. Les élans d'amour que l'on ressent mais aussi les pulsions de haine dont on a honte. La souffrance de vivre 24h sur 24h avec un malade. La sensation de vide intense quand on le laisse pour la première fois dans une institution. L'impossibilité de "profiter" de ces heures de liberté.
Pour Cécile Huguenin, l'apaisement est venue quand elle a pu, comme après un deuil, le remercier d'avoir su la rendre heureuse pendant trente ans.
Les avis positifs de Brize , cathulu, l'encreuse,chiffonnette, keisha et bien d'autres
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19 juillet 2011
Les insurrections singulières. - Jeanne Benameur (Actes sud, 2011)
Antoine a quarante ans. Après que sa compagne l'ait quitté, il retourne vivre chez ses parents. En même temps, l'usine dans laquelle il travaille le met au chômage technique, avant le chômage tout court, car ils délocalisent au Brésil. C'est un moment de bilan, de réflexion sur sa vie. Pourquoi travaille-t-il dans cette usine comme son père, alors qu'il voulait être architecte. Pourquoi Karima l'a-t-elle quitté. Pourquoi ne réussit-il pas à prendre cette parole qu'il a pourtant au fond de lui. Le seul moment où il réussit à s'exprimer, c'est pour militer au syndicat, mais même cela il n'y croit plus. Quel chemin va prendre sa vie, et surtout quel chemin veut-il que sa vie prenne ?
Beaucoup de finesse et d'introspection dans ce très beau livre qui a parfois des accents d'Annie Ernaux avec les relations fils / parents et les questions de différences de classe. Le thème du roman initiatique se conjugue avec bonheur avec celui de l'évolution du sens du travail.
Quelques mots très intéressants de l'auteur sur la genèse de ce roman : "D'octobre 2005 à novembre 2006, j'ai rencontré des ouvriers d'Arcelor-Mittal à Montataire et ceux de Godin à Guise ; c'était au cours de "cafés de paroles" initiés par le collectif La Forge. Y était questionné ce qu'est le travail aujourd'hui. A Montataire, j'ai appris que le groupe Mittal investissait massivement au Brésil. Les lignes d'ateliers fermaient en France.
J'ai été touchée par ce qui se disait, par la lucidité terrible de ceux qui voyaient bien que le travail avait perdu toute valeur, que les hommes ne comptaient simplement plus. J'ai été touchée par la détresse et la dignité, par la colère et tout ce qui ne parvenait pas à se dire. A la suite de chacun de ces rendez-vous j'ai écrit un texte qui était remis aux participants la fois suivante. Et ainsi se tissait au fil du temps, entre nous, un lien. Celui des mots. A la dernière rencontre, l'un des participants a dit : "Et maintenant, où on va parler?"
Cette question m'a émue profondément. Je ne sais pas où ces femmes et ces hommes peuvent parler aujourd'hui mais ce que je savais, c'est que j'écrirais quelque chose. Ma façon à moi de poursuivre."
Les autres avis Noryane, Noukette, BelleSahi, Sylire, Géraldine, Clara. Saxaoul, Theoma
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25 juin 2011
Galadio. - Didier Daeninckx (Gallimard, 2010)
L'Allemagne dans les années trente. Galadio est un adolescent, fils d'une Allemande et d'un soldat africain venu occuper la Ruhr avec l'armée française. C'est donc un métis allemand, et rapidement il est arrêté puis conduit dans un hôpital pour être stérilisé. Ensuite il ira faire office de figurant dans les studios de cinéma allemand pour des peplums à la gloire du Reich. Dans ce cadre il a la possibilité d'aller tourner en Afrique, une occasion unique de retrouver la famille de son père...
Sur un sujet méconnu, la persécution des métis allemands, Daeninckx fait un récit efficace et émouvant, très cinématographique.
Si j'ai lu ce roman, c'est parce qu'il était dans la liseuse qui a été prêtée à la médiathèque pour
quelques semaines (avant d'en acheter pour les prêter aux adhérents...). C'est donc mon premier livre lu sur ce genre d'appareil. Je dois dire que j'ai eu le coup de foudre pour ce petit appareil tout léger, que l'on peut mettre facilement au fond de son sac et dont on peut agrandir les caractères pour plus de confort. N'était le prix d'achat, et surtout le prix des livres ensuite, je m'en achèterais un tout de suite ! Pour le moment, je vais attendre que l'on en achète pour la médiathèque...
05:54 Écrit par Cathe dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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01 juin 2011
Le sixième jour. - Andrée Chedid (Castor poche Flammarion, 1971)
Dans le cadre des lectures du Blogoclub, j'ai lu ce roman que je me promettais depuis longtemps de découvrir.
Une épidémie de choléra sévit en Egypte. Le maître de Hassan est atteint, il le sait, et sait aussi que "le sixième jour, ou bien on meurt, ou bien on ressuscite...". Quand Om Hassan, la grand-mère d'Hassan, s'aperçoit que son petit fils aussi est atteint, elle fera tout ce qu'elle peut pour le guérir, sans oublier la phrase du maître. Tout jusqu'à essayer de lui donner son propre souffle.
C'est une histoire magnifique et tragique, une sorte de conte sur le destin, l'amour, la vie, la mort. Le personnage de la grand-mère est universelle, ici il s'agit de choléra mais cette histoire pourrait s'appliquer à beaucoup d'autres drames.
Je remercie les blogueurs et blogueuses du Blogoclub de m'avoir enfin permis de découvrir ce très beau roman qui est ici publié en collection Jeunesse mais a été à l'origine écrit pour des adultes. A lire à tout âge !
Tous les liens vers les lectures d'Andrée Chedid chez Sylire
01:13 Écrit par Cathe dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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