28 mai 2007

Ceci n'est pas une lettre de candidature . - Corinne Maier (Mille et une nuits, 2007)

medium_9782755500189.2.gifCorinne Maier avait déjà secoué le cocotier du politiquement correct avec son essai Bonjour Paresse, un ouvrage cinglant sur la grande entreprise et la manière dont celle-ci encourageait la passivité et l'inertie plutôt que l'initiative et l'intelligence. Pour cela, elle avait été licenciée de l'entreprise où elle travaillait (EDF).

Deux mois après son départ, une annonce paraît dans Le Monde, celle de son poste à pourvoir. A la lecture de l'intitulé qui laisse présager de hautes responsabilités et un travail exaltant, et qui exige des diplômes et des compétences particulièrement élevés, elle a l'idée de postuler .... Et d'imaginer toutes les réponses que l'on aurait envie de faire à ce genre d'annonce ! Suivent une trentaine de lettres de candidature fictives mais disant, comme l'indique le sous-titre du livre, "tout ce que vous aimeriez écrire à un recruteur sans oser poster la lettre" ! Par exemple que vous préférez vivre avec moins d'argent mais profiter de vos enfants et de votre maison. Ou que vous aimeriez bien connaître les compétences du chasseur de têtes qui est chargé du recrutement ! Ou que vous avez les compétences et que vous travaillez à EDF, mais que la société préfère recruter à l'extérieur que promouvoir ses agents !

Ou comment, en ces temps où on exalte "la France qui travaille", "les Français qui se lèvent tôt" et les "profiteurs qui touchent le RMI", cela remet les choses en place ! On ne peut pas dire que ça remonte le moral car on rit plutôt jaune, mais il fallait le dire et elle l'a fait ! Décidément j'apprécie de plus en plus Corinne Maier !

07 juillet 2006

Une enfance intouchable : la condition des hors-castes en Inde. - Balwant Singh et Philippe Godard (Syros, coll J'accuse, 2006)

medium_9782748504651TN.2.gifLa collection J'accuse, chez Syros, propose aux adolescents un témoignage suivi d'un petit dossier documentaire. Ont déjà été traités les réfugiés politiques, les enfants au travail, les mutilations sexuelles,....
Ici l'auteur raconte son enfance. Né dans une caste d'intouchable (ou "hors-caste"), il a toujours difficilement supporté d'être mis à part et mal considéré par les autres castes, alors que l'acceptation de sa caste est évidente pour la majorité des gens. Malgré tous les freins dus à son statut d'intouchable (ne pas toucher les autres, ne pas manger en même temps qu'eux, etc..), il a réussi à poursuivre des études, est devenu avocat dans le domaine social et aide à lutter contre le système des castes.
Ce témoignage est sobre et efficace. Il présente bien la situation des intouchables en Inde et fera découvrir aux adolescents mais aussi aux adultes la réalité du système des castes dans ce pays.

06 juin 2006

Le métier d'homme. - Alexandre Jollien (Seuil, 2002)

medium_2020526069.08.MZZZZZZZ.jpegCet homme, handicapé de naissance (Infirme Moteur Cérébral) nous donne ici une belle leçon de vie. Non pas qu'il mette son handicap en avant, il ne prône pas du tout la souffrance comme moyen d'épanouissement, mais il transforme sa faiblesse obligée en une force créatrice. Ce qui lui a permis d'apprivoiser ainsi la souffrance, c'est l'étude de la philosophie. La question est la même pour tout le monde : qu'est-ce qu'être un homme, comment apprendre ce "métier" qui ne s'étudie nulle part ? Lui c'est le stoïcisme qui l'a aidé à comprendre comment donner un sens à sa vie. A la faiblesse, à la souffrance, il oppose la force et le combat. La haine, le ressentiment ou la colère qu'il pourrait éprouver à cause de condition, il les convertit en une singularité qui fait de lui un homme à part entière.
Davantage qu'un livre écrit par handicapé, c'est bien un livre sur la signification de l'existence et il nous touche très personnellement.

15 février 2006

Le Dialogue. - François Cheng (Desclée de Brouwer, 2002)

Ce livre est bien un dialogue entre François Cheng et "ses" langues. En effet, même si sa langue maternelle est bien le chinois, il montre très clairement comment il s'est approprié la langue française et comment celle-ci lui a permis d'appréhender autrement la réalité.
Arrivé en France après la guerre, il continue à écrire dans sa langue maternelle pendant de nombreuses années en même temps qu'il traduit la poésie française en chinois. Dans les années soixante il commence à enseigner à l'université. Quand il souhaite recommencer à écrire de la poésie, spontanément il pense qu'il le fera en chinois. Mais c'est le français qu'il choisit. Pourquoi ? Parce que, dit-il, elle le poussait à "plus de rigueur dans la formulation et plus de finesse dans l'analyse". Et parce qu'adopter une autre langue permet de "nommer les choses à neuf, comme au matin du monde".
Ce petit livre est un magnifique hymne à la langue française et j'espère qu'il sera mis en valeur cette année alors que l'on célèbre la francophonie.

24 décembre 2005

Mort d'un silence. - Clémence Boulouque (Folio, 2004)

Le juge Boulouque, çà vous dit quelque chose ? Mais si, les attentats de 1986 (rue de Rennes, etc…), le terrorisme, l’affaire Gordji, le « Pouvez-vous me dire droit dans les yeux…. » de Chirac à Mitterrand, l’Iran…et le juge anti-terroriste Gilles Boulouque. Sa fille Clémence avait une dizaine d’années alors, et sa vie de petite fille a basculé à partir de cette année-là. Son père est menacé, des gardes du corps ne le quittent pas, elle-même ne peut plus sortir seule avec ses camarades. La pression politico-médiatique se fait plus forte sur lui, il est pris à parti par la presse, inculpé pour avoir brisé le secret de l’instruction. Et le 13 décembre 1990 il se suicide. Bien sûr Clémence ne comprend pas. Comment a-t-il pu les abandonner, comment a-t-il pu choisir leur souffrance plutôt que sa souffrance à lui ?

Sans pathos, Clémence retrace les dernières années passées avec son père en essayant de retenir au maximum les souvenirs qui lui restent. Il en est un particulièrement émouvant, c’est quand elle se souvient que, quelques jours avant le suicide de son père, elle lui a refusé de s’asseoir à côté d’elle sur le canapé pour regarder la télé, il fallait rentrer plus tôt lui dit-elle…

C’est son premier livre. Elle l’a écrit alors qu’elle était à New-York en septembre 2001 et que le terrorisme la « rattrapait » !

21 septembre 2005

Décès de Jacques Lacarrière

Né le 2 décembre 1925 à Limoges (Haute-Vienne), il étudie le droit, les lettres classiques et l'hindi aux Langues orientales, avant d'être journaliste, critique et reporter successivement aux quotidiens Combat (1953), Le Monde, Le Matin, aux hebdomadaires L'Express, Le Nouvel Observateur et aux mensuels Réalité, Géo, le Magazine littéraire, puis à Nouvelles clés et à Caravane.

Déjà, cet insatiable curieux a parcouru bien des chemins de traverse, l'amour du Grec ancien et de la mythologie chevillé au corps depuis son adolescence à Orléans, malgré les tentatives de son père pour l'en dissuader.

Son premier voyage en Grèce date de 1947, où il découvre Delphes et y implore Apollon de lui donner la force d'être poète, toute sa vie, dira-t-il au Nouvel Obs. Déjà, il traduit l'historien Hérodote (Ve s. avant J.C.) et son contemporain le tragique Sophocle (Oedipe-Roi, Oedipe à Colone, Antigone).

En France, il met en scène Ajax (1963), Perséphone au Petit Odéon. Il joue également dans les antiques théâtres grecs.

Il écrira une quarantaine d'ouvrages, allant du récit de voyage au roman, en passant par la poésie ou l'essai. Parmi eux, Sophocle, essai de dramaturgie (1960), Les Hommes ivres de Dieu" (1961), Chemin faisant ou la mémoire des routes (1974).
L'Eté grec (Plon, 1976) lui vaut un succès immense, de même que Marie d'Egypte (1983) ou le Dictionnaire amoureux de la Grèce (2001). Il rêve d'Icare, son héros préféré et lui consacre L'Envol d'Icare (1993), mais aussi de l'Egypte. Sa femme, la comédienne Sylvia Lipa, d'origine égyptienne, collaborera à son œuvre.

Dans sa maison de Sacy, en Bourgogne, il a été le premier à traduire en France Vassilikos, Séféris ou Ritsos.

L'ensemble de son œuvre a été couronné par le Grand Prix de l'Académie française (1991) et le Prix littéraire Prince Pierre de Monaco (1995).

(Le Monde.fr)


 

05 septembre 2005

Les mots. - Jean-Paul Sartre (Folio)

C’est un grand plaisir de découvrir l’enfance de Sartre dans ce livre. Ecrit longtemps après, il décrit ses dix premières années à travers le prisme de sa philosophie future.

Orphelin de père à l’âge de quelques mois, il est élevé par sa mère et ses grands-parents maternels. Considéré comme un enfant hors du commun, il épouse les différentes destinées que lui prédit sa famille, destinées qui tournent toujours autour des livres et de l’écriture. Il va dévorer très tôt la bibliothèque de son grand-père et découvrir les héros de la littérature. Il sera lui aussi un héros, il vivra ce qu’il découvre dans les livres avant d’écrire des histoires romanesques inspirées de "Madame Bovary" mais aussi de Zévaco et des illustrés achetés au kiosque.

A lire ce récit, on a l’impression que Sartre a vécu mille vies pendant ses années d’enfance, a supporté mille tourments, a eu une existence exceptionnelle. Ce milieu familial a probablement aidé le petit Jean-Paul à devenir le grand Sartre, mais son extrême sensibilité, son intelligence vive et son appétit de savoir étaient déjà là et ne demandaient qu’à s’épanouir dans cette famille de littéraires et de musiciens.

19 août 2005

Une sale histoire. - Luis Sepulveda (Métailié, 2005)

Sepulveda est l’auteur du merveilleux " Le vieux qui lisait des romans d’amour" et d’autres romans qui se passent en Amérique du Sud. On sait moins que c’est un auteur très engagé politiquement qui s’est toujours battu contre toutes les oppressions, l’injustice et l’intolérance.

Ce livre rassemble une soixantaine de petites chroniques qu’il a écrites ces dernières années. Elles retracent à la fois des jugements sur la vie politique internationale (l’ONU, l’Uruguay, l’Irak, Bush, encore Bush…), des évocations d’écrivains amis morts récemment (Coloane, Montalban) et des épisodes de son enfance. Les chroniques les plus drôles sont aussi les plus touchantes : il récupère un chien abandonné par son maître, suit ce dernier sur l’autoroute jusqu’à ce qu’il s’arrête, puis lui rend le chien (toujours le souci de la justice) ; il photographie des annonces dans des vitrines, "Nous donnons des explications", "On prend les mesures"…et entre dans les boutiques en prenant ces annonces au pied de la lettre ! ; il sympathise avec un Père Noël anti-Sharon, etc.

La variété de ces chroniques est telle que l’on ne s’ennuie pas une minute en les lisant, on les dévore même comme si c’était un roman ! Quelle formidable leçon de vie, de tolérance et d’indignation face à toutes les injustices et à toutes les bassesses !

10 août 2005

C'est en hiver que les jours rallongent. - Joseph Bialot (Seuil, 2002)

Hasard des lectures, je prends ce livre juste après avoir lu celui de Marie Chaix sur son père collabo ! Même époque mais changement d’ambiance. Là où certains profitaient au maximum de la situation politique, c’est la déportation pour des millions d’autres.

Il est toujours difficile de faire un compte-rendu des livres sur les camps de concentration. Quand on a lu Primo Levi, on "sait". Ce que Bialot nous décrit, on le "reconnaît". Et pourtant c’est unique parce que c’est son histoire, son arrestation, son arrivée à Auschwitz, son expérience de l’entraide, de la traitrise, de la souffrance, de la mort, de l’inhumain surtout, puis la libération des camps et le retour en France.

Joseph Bialot est surtout connu comme auteur de romans policiers (une vingtaine). Il a attendu plus de cinquante ans avant de pouvoir témoigner sur cette période et son livre se termine sur un hommage à tous ceux qui n’ont pas réussi à "re-vivre" au retour des camps et se sont donnés cette mort qu’ils avaient évitée au Lager. Parmi les plus connus, Primo Levi, Bruno Bettelheim, la mère de Art Spiegelman, mais aussi tous les autres.

08 août 2005

Les rues de ma vie. - Bernard Frank (Le Dilettante, 2005)

De la rue Chaptal à la rue Martignac, de Sagan à Chardonne, et du Grand Véfour au Pied de Cochon, c’est à une promenade dans son existence tout entière que nous convie Bernard Frank. Promeneur amoureux de Paris, tel Léo Malet ou Patrick Modiano, il nous entraîne dans ses errances, d’appartement en maison, de café en restaurant et de célébrités littéraires en journalistes.

D’une intelligence brillante, jamais pédant, Bernard Frank est un véritable mémorialiste du 20e siècle et un vrai "dilettante" (comme son éditeur) : "personne qui ne se fie qu’aux impulsions de ses goûts". Un petit bijou de livre à offrir à tous les amoureux de Paris…et de bonnes tables parisiennes.

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