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ernaux annie

  • Regarde les lumières mon amour ; - Annie Ernaux (Seuil, 2014)

    ernaux.jpgCette petite collection propose à des auteurs d'écrire sur le quotidien ou sur ceux dont on ne parle jamais.

    Annie Ernaux a choisi d'écrire sur le supermarché qu'elle fréquente régulièrement dans le centre commercial "Les 3 fontaines" de Cergy-Pontoise. On sait qu'elle aime observer, décrire, décortiquer. Ici c'est à la fois le public et les lieux qui sont ses objets d'observation. Un public varié, d'âge et de milieux sociaux divers car le supermarché est un des seuls endroits de brassage de population. La personne âgée désorientée devant les automates, ceux qui traquent les prix bas, les bavards, les promeneurs,... Dans ce lieu dédié à la consommation, on prend des habitudes, des liens se créent, des comportements implicites se font jour. 

    Sur un sujet qui est souvent pour nous synonyme de corvée, elle réussit à portée un regard de sociologue mais non dénué d'empathie. Lieu de vie et d'envie, il fait partie désormais de notre quotidien alors qu'il n'existait pas pour nos grands-parents. Un drôle de petit livre qui nous fait regarder d'un autre œil nos courses hebdomadaires.

     

    Beaucoup de billets sur les blogs.... je mets celui vers Babelio

     

  • Annie Ernaux. - L'autre fille (Nil, 2011)

    9782841115396.jpgUn jour de 1950, Annie Ernaux a dix ans et elle surprend une conversation. Sa mère raconte à une cliente qu'elle a eu une autre fille qui est morte à six ans de la diphtérie et qui était "plus gentille que celle-ci". Ni son père ni sa mère ne lui parleront jamais de cette soeur décédée, elle vivra avec ce secret qu'elle n'aurait pas dû découvrir. Ce n'est que beaucoup plus tard que des parents plus éloignés évoqueront avec elle cette soeur.

    En moins de quatre-vingt pages, Annie Ernaud réussit magnifiquement à évoquer ce secret, cette filiation cachée qui est un morceau de puzzle essentiel pour elle. L'autre soir à La grande librairie elle affirmait que cet épisode n'était pas le "morceau manquant" qui expliquait tout. En même temps elle écrit : "Il fallait que tu meures à six ans pour que je vienne au monde et que je sois sauvée". A lire absolument quand on suit l'oeuvre d'Annie Ernaux.

  • Les années . - Annie Ernaux (Gallimard, 2008)

    0d8f700ce114e9794cadd8dc3e6450cd.gifAprès des ouvrages plutôt courts et intimistes, Annie Ernaux élargit son propos en mettant en parallèle le monde qui l'entoure et des moments clés de son existence matérialisés par des photos. Les événements politiques, mais aussi la société, les objets courants, les moeurs, la publicité, etc... Depuis les années quarante jusqu'à nos jours, elle égrène inlassablement tout ce qui l'a entourée, influencée, accompagnée. De la période avant la pilule à la libération des meurs, du mariage au divorce comme étape obligée, d'un monde rural et entravé au monde illimité offert par Internet,... Que reste-t-il de ces années, de "ses" années à elle qui sont aussi en partie les nôtres ?


    J'ai trouvé ce livre extrêment intéressant pour plusieurs raisons.


    Tout d'abord Annie Ernaux réussit à parler d'elle sans faire dans "l'auto-fiction" tant décriée. Pour cela elle met de la distance entre elle et le personnage qu'elle évoque, notamment en utilisant le pronom "elle" au lieu de je. Pas de psychologie, pas de lamentations ou d'auto-satisfaction. Elle était cette fille-là à cette époque.


    Ensuite parce qu'elle réussit à créer un arrière-plan qui devient constitutif d'elle-même, et par là même, de nous ! Les souvenirs qui l'accompagnent sont aussi les nôtres et ceux de nos concitoyens. On est les enfants des "Trente glorieuses", de "Mai 68" ou des "années fric". En parlant d'elle, elle parle clairement de nous aussi et on se retrouve, à différents stades du livre selon notre âge, dans ses évocations de notre quotidien. Le parallèle qu'elle fait entre la femme qu'elle est devenue et la société qui l'entoure ne peut que nous parler à nous aussi.


    Enfin, et je pense que c'est le plus intéressant, elle a une démarche extrêmement personnelle dans sa réflexion sur le 73e1d171f741df3fdf0b50dd1689391d.jpgtemps. Elle note très bien qu'elle a vécu cet accélération du temps dont on parle souvent. Ce n'est pas seulement une constatation de l'évolution des techniques de communication, c'est aussi un changement de l'être. L'immédiateté offerte par les téléphones portables et Internet par exemple, lui pose question. Alors comment l'exprimer ?


    "Ce qui compte", écrit-elle," c'est saisir cette durée qui constitue son passage sur terre à une époque donnée...La forme de son livre ne peut donc surgir que d'une immersion dans les images de sa mémoire pour détailler les signes spécifiques de l'époque, de l'année, dans laquelle elles se situent... Des arrêts sur mémoire en même temps que des rapports sur l'évolution de son existence, ce qui l'a rendue singulière, non par la nature des éléments de sa vie, externes ou internes, mais par leur combinaison, unique en chacun."


    Je crois que l'on a parfois reproché le côté "catalogue" de ce livre. Certes il y a parfois de longues listes d'événements ou d'objets. Toutefois les extraits que j'ai notés plus haut explicitent en partie cette démarche très volontaire de la part d'Annie Ernaux. Sans vouloir faire un parallèle trop évident, je dois quand même dire que j'ai trouvé la démarche très proustienne avec cette recherche d'un temps peut-être pas perdu mais en tout cas passé !


    L'avis de Laurent et celui de Dasola