19 novembre 2009

Boulevard des branques. - Patrick Pécherot (Folio policier, Gallimard, 2008)

boulevard des branques.jpgDernier volet de la trilogie de Pécherot. Cette fois nous sommes en 1940, Paris est vide, les Parisiens ont presque tous quitté la capitale. Nestor, notre ami apprenti détective, est chargé de veiller sur un psychiatre dépressif. Mais un matin il se réveille trop tard, le professeur Griffard s'est tué (ou on l'a aidé à se tuer). Un peu déçu d'avoir mal fait son travail, Nestor se retire, mais il n'est pas tranquille pour autant ! On l'assigne à résidence alors que plus loin sa secrétaire l'appelle d'urgence à Chartres ! Train, vélo, voiture ! Un rythme endiablé pour ce polar qui, comme les autres, nous plonge complètement dans la grande Histoire avec l'exode, les théories eugénistes, l'or espagnol, les banques russes et les nazis !

L'histoire s'achève en 1941 alors que Nestor est emprisonné dans un stalag. Il s'en évadera quelque temps plus tard, là où commence 120 Rue de la gare de Léo Malet (que je me suis empressée de relire..)

J'ai vraiment adoré cette trilogie où Pécherot rend hommage à Léo Malet en imaginant les débuts de Nestor (Burma) et en faisant revivre le Paris d'alors. Le style, populaire et gouailleur, est bourré de trouvailles et on a du mal à quitter cet argot parisien renouvelé et ses personnages attachants !

L'avis de Moisson noire

 

 

14 novembre 2009

Belleville-Barcelone. - Patrick Pécherot (Série noire Gallimard, 2004)

belleville barcelone.gifNous sommes en 1938. Notre héros Nestor est appelé pour retrouver une fille de famille qui est partie avec son amoureux. Mais cette enquête entrainera Nestor bien plus loin qu'à Paris, jusqu'à la guerre d'Espagne et ses ravitaillements en armes. En France le Front Populaire vit ses derniers jours. A Belleville se côtoient anars et admirateurs d'Hitler et de Staline... Comme d'habitude Nestor se retrouve dans des situations difficiles , mais heureusement il y met un peu de poésie, et André Breton aussi !

Suite des Brouillards de la Butte. Pécherot poursuit son hommage à Léo Malet et aux débuts de celui qui sera Nestor Burma. L'évocation du Paris d'alors est magnifique, la langue réjouissante, c'est un petit bonheur de lecture que cette trilogie. A lire pour le plaisir de la langue, de l'humour et des rues de Paris !

 L'avis de Moisson noire

05 novembre 2009

Les brouillards de la Butte. - Patrick Pécherot (Folio Policier, 2008)

les brouillards de la butte.jpgOn est à Paris en 1926. Notre héros est monté de province et survit en faisant des petits boulots, notamment collaborateur dans un petit journal. Il croise aussi les artistes de l'époque et s'essaie à la poésie. La nuit venue il aide quelques copains à délester les riches de leur trop plein de richesses... Mais un jour, à la place des lingots attendus, ils trouvent un cadavre dans un coffre-fort et se retrouvent mêlés à une affaire de chantage qui va remonter très haut ! Le propriétaire du coffre-fort trempe dans une magouille qui remonte à l’époque de l’Armistice de 1918. Certains rois de la métallurgie auraient bénéficié de l’aide de l’État pour l’octroi des hauts-fourneaux confisqués à l’Allemagne en guise de dédommagement de Guerre. Notre héros devient malgré lui apprenti enquêteur...

Cette première aventure de Pipette se poursuivra avec deux autres livres qui présentent en quelque sorte les premières années de "Nestor", qui deviendra le Nestor Burma de Léo Malet. Cette trilogie est donc un hommage rendu par Patrick Pécherot à Léo Malet. La vie de celui-ci se retrouve dans le personnage de Nestor et l'on retrouve avec plaisir les surréalistes, André Breton, les anarchistes, l'histoire en toile de fond et les grandes affaires du moment.

Patrick Pécherot manie une langue proche du parler populaire et de l'argot pour faire revivre cette période si vivante dans le quartier de Montmartre. On imagine tout de suite dans "Pipette" celui qui sera Nestor Burma avec sa capacité à s'attirer des ennuis en soulevant des lièvres bien plus importants que ce qu'il imaginait !

J'ai adoré ce premier récit et j'ai bien sûr tout de suite enchaîné sur les deux autres... et sur le premier Malet "120 rue de la gare" (que j'avais lu il y a très longtemps). A suivre donc d'ici les prochains jours...

A noter que Patrick Pécherot vient de recevoir le prix 813 pour son excellent Tranchecaille !

Le billet de Nanne

22 août 2009

Le château d'Amberville. - Thierry Bourcy (Folio policier, 2009)

le chateau d'amberville.gifTroisième volume des enquêtes de Célestin Louis, inspecteur de police parti au front pendant la première guerre mondiale. Le récit commence par un parcours de reconnaissance où les soldats doivent aller voir où commencent et où se terminent exactement les fronts alliés et ennemis. Célestin Louise est grièvement blessé et est évacué à l'arrière dans un château transformé en hôpital. Ses habitants, un vieil homme, sa fille et ses domestiques, y habitent encore. Mais un soldat blessé est retrouvé noyé dans le plan d'eau. Et, peu de temps après, un autre soldat est retrouvé mort. Visiblement quelqu'un cherche à assassiner les soldats. Face à l'incompétence de la police locale, Célestin mène seul son enquête...

Voilà encore un récit agréable à lire où le quotidien des blessés est bien décrit. On est pris par le romanesque de l'histoire qui fait un peu oublier le contexte, mais les combats sont toujours là, violents et barbares. J'attends avec impatience que les deux autres volumes paraissent en poche.

A découvrir : une interview de Thierry Bourcy par Yann de Moisson noire ici.

20 août 2009

L'arme secrète de Louis Renault. - Thierry Bourcy (Folio Policier, 2006)

arme secrete de louis renault.gifDeuxième volume de cette série qui nous entraine dans les tranchées de la guerre de 14-18 avec Célestin Louise, jeune inspecteur de police qui a choisi de partir au Front plutôt que de rester planqué à Paris. Ici le ton est un peu moins dur que dans le premier volume car Célestin est appelé à Paris pour mener une enquête. Louis Renault, le célèbre constructeur automobile, s'est fait voler les plans de sa dernière invention : un petit char très maniable qui éviterait de nombreux morts pendant les percées vers le Front allemand. Qui aurait intérêt à voler ces plans, et surtout qui pourrait bien les acheter ? Célestin doit enquêter sur l'entourage de Louis Renault, notamment sur sa femme, une célèbre cantatrice.

Dans ce volume, c'est surtout la vie à Paris pendant la guerre qui est évoquée. Malgré quelques privations, les Parisiens vivent presque normalement, et Célestin ne trouve pas les mots pour essayer de faire comprendre qu'à quelques dizaine de km les soldats vivent un véritable enfer. Comme les rescapés des camps de concentration plus tard, les soldats d'une part avaient du mal à parler de ce qu'ils vivaient dans les tranchées, et surtout personne ne voulaient les écouter ou les croire ! Cette partie est vraiment très bien rendue et, comme dans le premier, l'intérêt documentaire donne vraiment tout son intérêt à cette série qui se lit très bien.

18 août 2009

La cote 512. - Thierry Bourcy (Folio policier, 2005)

cote 512.gifCélestin Louise est un jeune inspecteur de police à Paris et il aurait pu rester en poste quand la première guerre mondiale éclate. Il préfère s'engager et se retrouve dans les tranchées à Verdun sous les ordres d'un jeune lieutenant, Paul de Mérange. Au cours d'une offensive, ce dernier est tué juste à côté de Célestin, et celui-ci se rend compte que la balle a été tirée de la tranchée française. Même si les morts sont nombreux, il ne supporte pas que l'on attribue à la guerre ce qui est quand même un assassinat. Il fera tout ce qu'il pourra pour retrouver le corps, identifier la balle, essayer de mieux connaître la vie privée de Morange afin de comprendre ce qui s'est passé et de faire éclater la vérité.

Cet auteur m'avait été conseillé par Yann de Moisson noire  après ma lecture de Tranchecaille, sur le même thème, et je le remercie car j'ai eu un coup de coeur pour cette série (autres billets à venir bientôt). L'intrigue est plaisante et bien menée, mais c'est surtout le contexte qui est traité de manière étonnante. L'auteur s'est très bien documenté, c'est certain, et il nous livre une vision vivante, réaliste et hélas vraiment terrible de la vie dans les tranchées. Les personnages récurrents sont bien caractérisés et chacun réagit selon son caractère et son histoire personnelle à la peur face à la mort et la douleur. Le retour à la vie civile pendant les permissions est particulièrement émouvant, on ressent vraiment l'incompréhension des civils face à ces soldats qui cotoient l'horreur chaque jour et le décalage complet des soldats pendant ces quelques jours de repos. Le style n'est pas extraordinaire mais la manière quasi documentaire qu'a l'auteur de nous faire vivre ces moments vaut vraiment que l'on découvre ces romans.

Cinq livres de cette série sont parus, dont trois en poche que je me suis dépêchée d'aller acheter pendant mes vacances (donc je n'ai pas lu les livres que j'avais apportés,.. comme d'hab quoi !)

Le billet de Yann sur Moisson noire ici

 

23 juin 2009

Cinq bières, deux rhums. - Jean-bernard Pouy (Baleine, Le Poulpe, 2009)

cinq bieres deux rhums.jpgJean-Bernard Pouy publie un Poulpe, quinze ans après La petite écuyère a cafté, alors bien sûr je me précipite !

Notre ami Gabriel, Le Poulpe, traîne son ennui dans son café préféré, aussi Gérard, le patron, l'envoie en Belgique pour trouver quelques bonnes bières locales. Mais une fois là-bas, Gabriel se trouve confronté à deux morts avec des mises en scène très "couleur locale". Le premier était dans le tas de ferraille qu'une grue devait transporter d'une péniche vers une usine sidérurgique. L'autre était carrément coincé dans une écluse et est apparu au passage d'une péniche. Comme on peut le voir, les péniches et toute la mythologie qui les entoure sont très présentes dans cette partie de la Belgique limitrophe de la frontière française, une région ravagée par la crise économique et qui ne survit que par les quelques usines locales encore en activité. Qui a-t-il de commun entre ces deux morts, un jeune éducateur baba cool et un étudiant japonais ? Mais Le Poulpe est là et rend sa justice quand il trouve que l'officielle n'est pas assez diligente !

Pouy est toujours très bon quand il met l'accent sur les laissées pour compte de la société. Ici le décor lui-même fait partie intégrante du récit et entre petite ville fantômatique et berges peuplées de péniches pleines de sable et de ferraille, l'atmosphère est bien sombre. Le Poulpe garde son humour et nous propose ses réflexions désabusées sur la vie, sur les péniches aussi qui ne sont plus ce qu'elles étaient, et où les tableaux de bord ultra-modernes ont remplacé celles de L'Homme du Picardie ! J'ai passé un bon moment de lecture mais je suis une inconditionnelle de Pouy...

J.M. Laharrère est aussi content que moi de retrouver Pouy et son Poulpe

15 juin 2009

La part des chiens . - Marcus Malte (Folio policier, 2003, rééd 2008)

la part des chiens.gifVoilà un livre dont il n'est pas facile de parler. L'histoire est complexe. Deux hommes marchent, Zodiak et Roman. Tous deux, ainsi que Sonia la soeur de Roman, ont été recueillis dans leur petite enfance par une troupe d'artistes ambulants avec à leur tête un Maître doté de pouvoirs ésotériques. Sonia a tout de suite fait preuve de dons particuliers et elle diffuse une sorte d'aura autour d'elle. Zodiak, lui, possède des pouvoirs transmis par le Maître et possède sur son corps les marques de ceux-ci. Roman lui est le compagnon qui suit. Dans ce port hostile, ZodiaK et Roman sont sur les traces de Sonia que Zodiak aime passionnément mais qui a fui soudainement il y a plusieurs mois. Pour la retrouver, il faut rencontrer des individus qui ont pu être en contact avec elle ou qui ont pu utiliser ses dons....

Pour illustrer cette histoire, Marcus Malte a su insuffler à cette histoire un ton à la fois lyrique et sombre. Tout est contrasté dans cette histoire. Les descriptions de la nature et de l'amour de Zodiak sont pleines de magie et de légèreté. Mais certaines scènes qui nous sont décrites sont parfois insoutenables. La beauté et la violence cohabitent tout au long du récit. C'est le troisième livre de Marcus Malte que je lis et je suis toujours aussi fascinée par les ambiances qu'il sait créer dans des récits qui nous surprennent toujours. C'est à la fois très noir, un peu fantastique, un peu magique, très poétique et toujours séduisant. J'aime être surprise quand je découvre un auteur, avec Marcus Malte je le suis toujours !

Les avis aussi enthousiastes d'Emeraude, Kathel, Amanda

J'ai eu la chance de le voir à St Malo il y a quelques jours, et je l'avais déjà rencontré ici

 

05 juin 2009

Tranchecaille . - Patrick Pécherot (Série Noire, Gallimard, 2008)

tranchecaille.jpgChemin des Dames, 1917. L'armée française n'avance plus, le combat tourne en hécatombe. Les tranchées, la pluie, la fatigue, les morts quotidiens, les blessés mutilés et défigurés. Dans ce contexte, toute anicroche est mal vue par l'état-major. L'assassinat d'un lieutenant par un de ses camarades pendant le combat demande un bouc émissaire. Jonas sera celui-là. Un peu simple, un peu décalé, il s'empêtre dans son uniforme trop grand et ses questions naïves. Un jour qu'il réclame un uniforme à sa taille, le lieutenant lui propose de prendre celui d'un de ses camarades mort. Jonas refuse. L'incident en reste là mais quand le lieutenant est assassiné, il est immédiatement soupçonné. Surtout que le jour où il va à Paris, sa marraine de guerre est elle aussi assassinée. Le capitaine Duparc est chargé de sa défense et il n'aura de cesse de rassembler tous les morceaux de puzzle en interrogeant, observant, argumentant.

Patrick Pécherot a construit son livre en juxtaposant dialogues, tranches de vie, extraits d'interrogatoire et courriers. L'ensemble donne une extraordinaire impression de vie et on en ressort très ému par cette plongée dans cette réalité sordide. C'est la vie dans les tranchées de 14-18 telle qu'on a pu la voir dans des films comme Les sentiers de la gloire ou Le pantalon (le thème du pantalon du mort est le thème central de ce film).

L'auteur réussit vraiment à donner vie aussi bien à Jonas et ses copains qu'à l'époque tout entière avec les réflexions des uns et des autres, militaires et civils, gradés et simples poilus. L'ensemble donne un livre magnifique qui dépasse le cadre du simple "polar". Donc ne vous laissez pas influencer par le classement de ce livre en Série noire et n'hésitez pas à le lire si le thème vous intéresse.

Je vous incite à lire le très bon billet de Yann sur Moisson noire ainsi que ceux d'Alain et de J.M. Laharrère .

07 mai 2009

Bunker. - Philippe Huet (Rivages, 2008)

bunker.gifDécidément j'aime beaucoup ces auteurs français de polars qui vont fouiller dans l'Histoire pour nous proposer d'excellents romans ! (Daeninckx, Pécherot,...)

Ici nous sommes en Normandie à côté des plages du Débarquement et, dans le café-auberge local, quelques vieux tapent la belote en évoquant leurs souvenirs (parfois enjolivés...) de la seconde guerre. En tout cas ils ont en commun d'avoir une sérieuse dent contre les Allemands, les "schleux", les "frisés", les "boches" quoi ! Et justement il y en a un, la quarantaine, qui loge ici depuis plus d'une semaine. Bizarre en dehors de la saison touristique. Que cherche-t-il ? Fournier, le patron du bar, ne tient pas à ce qu'il vienne fouiller dans ces vieilles histoires. Mais Grangier, un original fondu d'histoire du débarquement, lui aussi s'intéresse à cette période, mais tient-il à aider l'Allemand ? Il faudra un meurtre pour que la police s'en mêle, mais personne ne veut vraiment dire la vérité dans cette histoire....

L'auteur réussit dès le départ à nous embarquer dans son histoire et dans son bar-auberge comme si on y était. Le quotidien est bien évoqué et les descriptions des personnages principaux est à la fois sévère et pleine de tendresse. Les mesquineries, les regrets, les remords... La vie quoi ! Les histoires de la petite fille de Fournier, amoureuse d'un baba-cool passionné lui aussi d'histoire, met un peu de romanesque et de légèreté dans l'histoire. Mais que l'on ne s'y trompe pas, ces histoire ont fait trop de dégâts pour que ça se termine bien et il y a eu trop de rage contenue pendant tout ce temps....

Un livre que j'ai découvert sur Moisson noire chez Jeanjean qui l'a lu "cul sec" ! Jean-Marc Laharrère aussi a beaucoup aimé.

 
(oui, entre Pascal Garnier, Dans la brume électrique, et Huet, je suis vraiment dans le "noir" en ce moment....)

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