11 février 2011

Le retour du Général. - Benoît Duteurtre (Fayard, 2010)

9782213629971.jpgLe roman commence avec un oeuf mayonnaise. Pour des raisons d'hygiène, les normes eutopéennes interdisent désormais aux tenanciers de bar de faire de la mayonnaise maison, et l'oeuf n'a plus du tout le même goût qu'avant... De cet incident nait une pétition, une manifestation, et arrive l'incroyable : un soir à la télé apparaît le Général de Gaulle ! Celui-ci va reprendre en main les décisions absurdes de Bruxelles, remettre en valeur ce qui faisait la grandeur de la France et redonner espoir aux Français. Bien que l'on se demande si c'est vraiment "le" Général, les Français sont ravis, mais cela peut-il durer...

Benoît Duteurtre nous régale avec ce petit roman loufoque et impertinent qui dénonce les travers de la société actuelle tout en montrant qu'un retour en arrière n'est pas vraiment possible... Il en profite pour pointer les absurdités du monde contemporain et les injustices les plus flagrantes. Un petit roman léger, distrayant et drôle (c'est rare)  

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25 janvier 2011

Sans la télé. - Guillaume Guéraud (Le Rouergue, doAdo, 2010)

9782812601620.gifChez Guillaume Guéraud, enfant, il n'y avait pas de télé. La télé c'est, dit sa mère, "pour les vieilles personnes qui ne savent plus quoi faire de leur vie". Mais pourtant à l'école il y a un tas d'enfants de son âge qui la regardent et qui partagent des tas de choses ensemble, sans lui. Mais rien à faire, sa mère ne veut pas céder. Pour le consoler, elle lui propose de l'emmener avec elle au cinéma voir les mêmes films qu'elle. Ainsi il va voir Mon oncle d'Amérique, Annie Hall, Tess, Kagemusha, Les temps modernes, les grands westerns ... Il a huit ans quand il voit tout ça et forcément il a un peu de mal à en parler à ses camarades d'école, mais néanmoins il réussit à leur faire envie et à en convaincre quelques uns (quelques unes même) de venir avec lui...

Ce livre est vraiment une déclaration d'amour de Guillaume Guéraud au cinéma. C'est ce qui a marqué son enfance et modelé son imaginaire.

Cela me rappelle une rencontre avec lui et Christian Lehmann il y a quelques années. Alors que Christian Lehmann se vantait de ne pas savoir combien de centaines, de milliers de livres même il avait lus, Guillaume Guéraud, à côté, rigolait et disait "Oh ben moi ce serait plus rapide à compter" ! Il a certainement beaucoup lu ensuite, mais son enfance ce sont les films et ce petit livre en est un beau témoignage.

Ah oui, son film préféré : L'année du dragon de Michael Cimino.

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13 janvier 2011

La fortune de Silla. - Fabrice Humbert (Le Passage, 2010)

9782847421545.jpgUn incident dans un grand restaurant parisien : un enfant un peu trop agité, un serveur qui manque de tomber et qui lui prend le bras pour légèrement le pousser, le père de l'enfant qui se lève et frappe violemment le serveur. Les autres clients regardent, médusés, mais personne n'intervient.

Qui étaient ces clients ? Parmi eux un couple de Russes, elle universitaire, lui oligarque russe ; deux jeunes Français, traders ; un gros entrepreneur américain (celui qui a frappé), son fils, sa femme. Et Sila, le serveur. Qui sont-ils, pourquoi sont-ils là ce soir-là, où en sont-ils de leur vie ?

Fabrice Humbert va nous faire tout à tour partager leur itinéraire jusqu'à cette soirée au restaurant où quelque chose va changer pour chacun d'eux. Rien ne sera jamais plus pareil après cet incident.

Dans ce magnifique roman, Fabrice Humbert nous dresse un tableau féroce de personnages qui tentent de réussir coûte que coûte dans ce monde, même et surtout en écrasant les plus faibles. Le monde de la finance y est méticuleusement décrit, sans jamais lasser. Les personnages sont bien présents avec leurs forces et leurs faiblesses mais comme soumis à un destin inéluctable. En revanche la morale est sans appel : moins on est honnête, mieux on réussit dans notre société ! Ce n'est pas nouveau, certes, mais ici c'est montré avec beaucoup de cruauté et la "fortune" de Sila est bien prise dans le sens "hasard" et non pas "richesse" !

Un dernier compliment à Fabrice Humbert : voilà un auteur qui sait terminer ses romans !

L'avis de Papillon, Hélène , Aifelle et Amanda

Le site de Fabrice Humbert

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26 novembre 2010

L'année sabbatique. - Pascal Garnier (POL, 1986)

9782818001646.gifJ'ai lu ce livre cet été mais comme mon mari vient de le lire, je lui laisse la parole pour ce billet.

"C'est le Pascal Garnier que l'on aime que l'on découvre dans ce recueil de nouvelles et on retrouve bien les qualités qui nous font apprécier cet auteur.

Tout d'abord, les titres des nouvelles qui sont déjà tout un programme... et un bonheur: "Presqu'il", "N'être", "Le robinet sur la tempe",...et surtout ce petit bijou"Portrait d'un petit couple légèrement de trois quarts à une terrasse".

Ensuite l'humour qui, comme chacun sait, est " la politesse des gens désespérés", et s'applique parfaitement à Pascal Garnier. Ces scènes de la vie quotidienne dans toute leur banalité peuvent brusquement déboucher sur des situations abominable. C'est ce va-et- vient constant entre le sordide et la poésie la plus pure qui nous accroche tout au long du recueil. Pascal Garnier, avec un sens de l'observation et du détail particulièrement poussé et dont l'absurde n'est jamais absent, nous entraîne dans une fascination pour le vide et  l'"à quoi bon ?" qui est une de ses caractéristiques, avec ce pessimisme très noir qui reste sa principale marque de fabrique.

Quelques citations pour apprécier son écriture et ses trouvailles : "Faire flotter le radeau médusé qui lui servait de coeur", "Des grosses gouttes éclataient sur le trottoir comme des louches de pâte à crêpes au fond d'une poêle", "Elle se donnait du mal comme d'autres se donnent du plaisir",... "

Merci Elvira pour ton cadeau et j'attends toujours que tu ouvres un blog pour nous faire partager tes nombreuses lectures !

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17 novembre 2010

L'origine de la violence. - Fabrice Humbert (Le Passage, 2009)

humbert3.jpgLe narrateur, un jeune professeur d'histoire, va visiter le camp de concentration de Buchenwald et voit la photo d'un prisonnier qui ressemble étonnament à son père. De retour à Paris, il fait des recherches sur cette photo et sur le nom des personnages, découvre que cet homme s'appelle David Wagner et qu'en effet il fait partie de sa famille. On comprend assez vite avec le narrateur que cet homme est son grand-père, son père étant le fruit des amours de sa mère avec cet homme. Mais le roman ne s'arrête pas là, il va chercher à comprendre à quoi correspond cette photo, ce qui s'est passé avant et après, comment son grand-père est mort, fouillant inlassablement dans l'histoire de la Shoah... Cette enquête a de nombreuses conséquences dans sa vie personnelle, il quitte son travail d'enseignant pour continuer ses recherches, rencontre une jeune allemande dont le grand-père était SS, noue des liens avec son grand-père "officiel"...

Je n'avais pas lu ce roman à sa sortie mais j'en avais beaucoup entendu parler. Je n'ai pas été déçue. C'est un livre magnifique, d'une extrême richesse documentaire et d'une grande sensibilité. Le thème de la Shoah, que j'ai trouvé artificiel dans d'autres romans, est ici traité avec beaucoup de sobriété. Et ce thème, même s'il est central, est enrichi par tout ce qu'il y a autour : les questionnements du narrateur sur lui-même, sur ses rapports avec son père et son grand-père, sur l'écriture, sur l'amour, sur sa recherche historique...Ou comment l'histoire familiale rencontre magnifiquement l'Histoire.

Ce livre a eu le Prix Renaudot Poche 2010

Les avis tout aussi enthousiastes de Papillon, Dominique, Sylire et beaucoup d'autres.

Le site de l'auteur

 

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08 octobre 2010

Nagasaki. - Eric Faye (Stock, 2010)

9782234061668.jpgShimura a une cinquantaine d'années et vit seul dans sa petite maison. Célibataire endurci à tendance maniaque, il aime l'ordre et range chaque chose à sa place. C'est pourquoi il ressent un malaise indéfini quand une fois, puis une autre fois, il a l'intime conviction que des objets ont changé de place. C'est infime mais suffisant pour le faire douter. Il entreprend donc de noter le niveau du jus de fruits. Pas de doute, quelqu'un en a bu (ça fait un peu Boucle d'or et les trois ours...), pourtant pas trace de vie. Peut-être qu'en installant une webcam... Et là, en effet, il la voit. Une femme entre deux âges, une ombre presque, qui vit chez lui à son insu. Shimura n'est pas fâché, étonné plutôt que quelque chose arrive enfin dans sa vie...

Tiré d'un fait divers réel, ce joli petit récit est présenté comme un conte. Ou comment parler de soi, de son intérieur, de son intimité, avec subtilité mais aussi avec humour. Ce personnage restera longtemps dans nos esprits et attention si vous pensez avoir mal rangé un objet chez vous... Une petite déception toutefois : je pensais que l'auteur suggèrerait un happy end... c'est mon côté romantique...

Laurent a aussi été sensible à l'humour de ce roman

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05 octobre 2010

Les insulaires et autres romans (noirs). - Pascal Garnier (Zulma, 2010)

9782843045103.jpgDans La place du mort, Fabien apprend brutalement la mort de sa femme. Celle-ci s'est tuée dans un accident de voiture. Mais que faisait-elle en Bourgogne ? Et surtout que faisait-elle... accompagnée d'un homme, mort lui aussi... En plus d'être veuf, il apprend aussi qu'il était trompé ! Comment en savoir plus ? Il décide de faire la connaissance de la femme de l'amant, veuve donc elle aussi...Mais ce qui n'était au départ qu'une curiosité tourne au drame.....

Dans Les insulaires, Olivier va à Versailles enterrer sa mère qu'il ne voyait plus beaucoup. Il y a longtemps qu'il a quitté cette ville. Il a la surprise de découvrir que la voisine de sa mère est une ancienne amie à lui, Jeanne, une ancienne amoureuse même, qui vit toujours avec son frère aveugle, Rodolphe. On comprend qu'un secret lie Olivier et Jeanne, et ce secret, Rodolphe le connait. Le soir un bon repas très arrosé leur permet de fêter leurs retrouvailles en compagnie d'un SDF que Rodolphe a ramené à la maison. Le matin le SDF est retrouvé mort dans la baignoire d'Olivier. Qui l'a tué ? A partir de là, le huis-clos va se transformer en drame et même carrément partir en vrille...

Dans Trop près du bord, Eliette vit seule dans une maison isolée en Ardèche. Elle est veuve et s'est habituée à cette solitude. Pourtant quand elle prend un homme à bord de sa voiture, elle se sent troublée. Qui est cet homme ? Est-ce le même qui a pris la fuite après avoir renversé et tué le fils des voisins ? Et cette fille délurée qui les rejoint, est-ce bien sa fille ? Cette atmopshère lourde va très vite virer au grand-guignol puis au drame...

Je suis habituée aux récits très noirs de Pascal Garnier, mais là j'ai vraiment trouvé que c'était du noir de chez noir ! Pas la moindre lueur d'espoir, les quelques moments heureux sont très vite balayés, les chutes sont irréversibles ! Pourtant ses précédents romans, malgré leur côté sombre, avaient des élans de tendresse. Mais en vérifiant la date du copyright, j'ai vu que ces nouvelles étaient des rééditions et qu'elles faisaient partie de ses premières publications. Son univers s'est donc quand même un peu éclairci avec le temps, disons qu'il est parti du noir ébène pour arriver au noir tout court... ;-)

 

L'avis de Kathel

 

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01 octobre 2010

L'insomnie des étoiles. - Marc Dugain (Gallimard, 2010)

9782070119998.jpgUne petite ville d'Allemagne en 1945. La guerre se termine. Une compagnie de militaires français s'installe sous le commandement du capitaine Louyre. Ici pas de criminels à traquer, pas de procès retentissant, c'est la vie de province chez les vainqueurs et les vaincus. Pourtant un détail intrigue Louyre : dans une ferme déserte, ils trouvent une jeune adolescente affamée et hirsute, Maria, que fait-elle là toute seule. Et dans la grange on retrouve les restes calciné d'un homme. Maria est mise sous la protection des militaires et Louyre va mener une véritable enquête sur cette énigme et aussi sur cet hôpital qui vient étrangement de fermer.

Marc Dugain a un magnifique talent de conteur et il nous embarque tout de suite dans cette histoire  qui met en scène une période peu connue de la seconde guerre. Peu à peu se dévoile la vérité sur les crimes nazis commis dans cette petite ville. Voilà un très bon roman de la rentrée qui me donne envie de lire les précédents livres de Marc Dugain.

L'avis de Bellesahi

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29 septembre 2010

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants. - Mathias Enard (Actes sud, 2010)

3410051884.jpgEn 1506, las des tergiversations de Jules II, Michel-Ange accepte l'invitation du sultan Bajazet et part à Istanbul (Constantinople alors) créer les plans d'un pont sur la Corne d'Or.

A partir de ce fait historique avéré, Mathias Enard va imaginer le séjour de Michel-Ange. En effet comme source il n'y a que ses courriers à sa famille et le fait que ce pont... n'a jamais été construit.

Le roman se termine par : "Pour le reste on n'en sait rien". C'est vrai et pourtant on se représente bien Michel-Ange tel que l'auteur le décrit. Préoccupé avant tout par son art, dessinant sans cesse, à l'écoute de la musique, de la poésie, troublé par un(e) danseur(danseuse ?), c'est l'univers du créateur que nous propose Enard avec beaucoup de sensibilité et de grâce.

Je ne suis pas très amateur de roman historique, pourtant j'ai été charmé par ce joli petit roman qui m'a fait penser à une biographie de Michel-Ange lue il y a très longtemps, La vie ardente de Michel-Ange d'Irving Stone.

L'avis très enthousiaste d'Amanda et modéré de Dominique

 

24 septembre 2010

La Montagne de minuit. - Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma, 2010)

9782843045202.jpgBastien est gardien dans un collège jésuite, il mène une vie très solitaire. Rose, sa nouvelle voisine, s'intéresse à lui et lui demande même de garder son fils. Elle découvre alors qu'il est passionné par tout ce qui touche au Tibet et qu'il est même un spécialiste du lamaïsme. Elle-même doit régler certaines choses dans sa vie, aussi propose-t-elle à Bastien de réaliser son rêve et de partir avec elle au Tibet. Là-bas Bastien trouve ce qu'il avait toujours cherché, mais son passé demeure toujours mystérieux....

On est tout de suite embarqué par ce joli petit roman au thème à la fois simple et mystérieux. Ecrit presque comme un conte, il réussit à décrire à la fois des relations humaines complexes (Rose et Bastien,mais aussi Bastien et Paul, et Rose et Tom) et une passion incommensurable pour le Tibet. Ce pays fascinant est au centre d'un récit qui nous ramènera aussi aux heures les plus sombres de notre Histoire. Un petit bijou de la rentrée littéraire !

21 septembre 2010

Où j'ai laissé mon âme. - Jérôme Ferrari (Actes sud, 2010)

9782742793204.jpg1957. Alger. Trois personnages vont se croiser, s'affronter, s'estimer aussi. Le capitaine Degorce qui doit démanteler tout le réseau de l'ALN (Armée de Libération nationale, bras armé du FLN), un à un il arrête, interroge, torture, avec des sursauts d'humanité parfois. Il ne peut que se répéter qu'une personne arrêtée signifie des attentats en moins, donc des victimes en moins. Comment parler de cela dans les lettres à son épouse, comment exprimer ses interrogations, ses doutes. Le lieutenant Andreani qui travaille avec Degorce et joue le rôle du méchant, de celui qui torture et ne se pose pas de question. Pourtant une longue amitié lie les deux hommes et leur cohabitation sera difficile parce que plombée par la situation en Agérie. Et Tahar, commandant de l'ALN, qui sera finalement arrêté.

Ce roman montre à travers le destin des trois hommes tous les enjeux et toutes les contradictions de la Guerre d'Algérie. Au delà des revendications nationalistes, chacun des hommes joue un rôle qu'il n'a pas forcément choisi. Degorce et Andreani ont été victimes (déportation, Dien Bien Phu,...) et deviennent bourreaux dans cette guerre qu'on a appelée la "guerre sans nom", ou "maintien de l'ordre". Tahar, lui, vit pour la libération de son pays.

Ce roman fort et exigeant dans le sujet et dans la forme (longs monologues) restera dans ma mémoire comme un bel exemple de la frontière ténue entre le Bien et le Mal.

L'avis de Laure, Lily  

Merci à Obiwi

24 mai 2010

L'impasse. - Antoine Choplin (La fosse aux ours, 2006)

choplin.jpgUn pays indéterminé, sans doute un pays de l'Est, qui sort d'une guerre. Deux histoire parallèles. La première se passe dans une impasse. La famille de Timour y a trouvé refuge parmi les ruines. Dans l'autre histoire, il y a Oleg Youssov, un soldat qui parcourt la ville avec ses camarades et comme eux, pille tout ce qu'il trouve, même s'il y met moins d'ardeur que les autres. Mais Oleg et Timour se sont rencontrés dans la bibliothèque de l'université presque en ruine, et ensemble ils se sont entraînés au lancer de poids, leur passion commune. Dans l'impasse la famille de Timour voit les soldats qui aprochent, les cris, les coups de feu. Que va-t-il rester de cette amitié entre Timour et Oleg dans cette confrontation...

Découvert avec Cour Nord, et Radeau, Antoine Choplin est pour moi dans la même veine qu'Hubert Mingarelli. Avec une incroyable économie de moyen, il réussit à planter des histoires universelles et à décrire l'humanité qui demeure en tout homme même dans des situations extrêmes. Ici les relations entre les deux hommes sont subtiles car chacun sait qu'ils peuvent se rencontrer dans d'autres circonstances. Et cette circonstance se produit et donne un roman d'une incroyable densité. Cet auteur est une belle découverte pour moi cette année.

L'avis de Laurent

 

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15 avril 2010

Radeau. - Antoine Choplin (La fosse aux ours, 2003)

choplin.gif1940. C'est la débâcle. Il faut absolument protéger les tableaux du Louvre. Pour cela des camions sont affrétés pour les transporter en province le plus discrètement possible. Louis est l'un de ces chauffeurs. Il est conscient de l'importance de sa mission et de sa nécessaire discrétion. Pourtant quand il voit cette jeune femme sur la route, le soir, sous la pluie, il s'arrête et l'emmène dans son camion car les circonstances sont exceptionnelles. Ou comment deux êtres se rencontrent.
1943. La résistance s'organise. Elle est là et l'attend, inquiète.

J'avais eu le coup de foudre pour Antoine Chopin avec Cour nord et me suis précipitée sur ce roman qui avait eu un beau succès. Le style est toujours minimaliste, l'action davantage suggérée que décrite, les sentiments effleurent à peine. Quel talent de pouvoir mettre autant de tendresse et de profondeur avec aussi peu de mots. Voilà un auteur que je continuerai à lire.

Le radeau... c'est celui de la Méduse ;-)

Laurent aussi est fan de Choplin.

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09 avril 2010

Les âmes soeurs. - Valérie Zenatti (L'Olivier, 2010)

zenatti.jpgEmmanuelle travaille, a trois enfants en bas âge. Elle rêve. Elle lit. Elle s'identifie à l'héroïne de son roman. Non elle n'est pas malheureuse mais parfois elle s'ennuie. Pourquoi ne laisserait-elle pas tout tomber, juste là, pour une journée, pour enfin avoir de nouveau cette sensation de liberté...

La jolie plume et la sensibilité de Valérie Zenatti permettent de rendre légère et mélancolique cette histoire qui aurait pu être mièvre. Et même si ce n'est pas tout à fait mon genre de lecture habituel (les états d'âmes d'une mère de trois petits enfants, bof...), j'ai trouvé du charme à ce petit roman et je le conseillerai certainement à des adhérentes à la bib :-)

Elles ont beaucoup aimé : Clarabel, Cathulu, Anne,

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19 mars 2010

Cour Nord. - Antoine Choplin (Le Rouergue, 2010)

cour nord.jpgUne petite ville du Nord dans les années quatre-vingt. L'usine est menacée de fermeture. Le personnel est en grève depuis déjà plusieurs jours et commence à être moins motivé. Léo participe faiblement à la lutte alors que son père est un des leaders syndicaux. Lui sa vie c'est le jazz et les répétitions avec les copains. Mais son père prend une décision grave, celle de faire une grève de la faim pour essayer de faire plier la direction. Léo esssaie de le soutenir mais entre eux deux cela n'a jamais été facile de communiquer.

Avec ce petit roman Antoine Choplin réussit l'exploit d'évoquer à la fois les luttes ouvrières d'hier (et d'aujourd'hui), la colère des ouvriers menacés de licenciement, leur détermination à se battre puis le découragement qui vient peu à peu. Et aussi les relations délicates entre un père et son fils, la difficulté de dire ses émotions, les malentendus qui s'installent. De manière très sobre, avec peu de moyens, l'auteur installe une atmosphère intime et réussit à nous émouvoir sans en avoir l'air, entre deux solos de jazz...

Laurent aussi a beaucoup aimé

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08 mars 2010

Les derniers jours de Stefan Zweig. - Laurent Seksik (Flammarion, 2010)

zweig.jpgQuand on apprécie les oeuvres de Zweig, on s'intéresse tôt ou tard à sa vie, et forcément on sait qu'il s'est suicidé avec sa femme en 1942 alors qu'il était en exil au Brésil. Cet ouvrage, intitulé "roman", se propose de nous rapprocher de cet auteur pendant les derniers mois de sa vie.

Après avoir beaucoup voyagé, il décide de quitter définitivement l'Autriche en 1934 et il part s'installer en Angleterre. En 1941 il s'éloigne encore plus de l'Allemagne nazie et part aux Etats-Unis puis au Brésil avec sa deuxième femme. Déjà très déprimé par ses années d'exil londonien, il est de plus en plus affecté par les mauvaises nouvelles qui lui arrivent d'Europe. Ses amis écrivains soit s'exilent, soit se suicident. Les succès allemands sont autant de coups portés à ses idées pacifistes et il ne supporte pas d'être le témoin impuissant de cette barbarie. Très proche de sa deuxième femme, il se suicide avec elle le 22 février 1942.

Laurent Seksik a fait des recherches documentaires sérieuses pour écrire ce livre, sa longue bibliographie en témoigne : les oeuvres autobiographiques de Zweig et aussi celles de Bernanos (que Zweig rencontre au Brésil), Schnitzler, Klaus Mann, Hanna Arendt. Je trouve en effet que l'aspect documentaire est bien traité. Les dates, les rencontres, l'état d'esprit général de l'époque sont bien reconstitués.

C'est sur le terme "Roman" que je bute, je trouve que le côté romanesque est un peu plus faible. Quelques descriptions, promenades, réflexions de sa femme donnent en effet un côté un peu romanesque à l'ensemble mais n'éclaire pas trop non plus l'indicible. Le tout est un peu descriptif et n'ajoute pas grand-chose aux faits eux-mêmes. J'attendais peut-être davantage de lyrisme d'une biographie "romancée" (car en fait c'est bien de cela qu'il s'agit...)

En tout cas ce livre m'a donné très envie de lire la partie d'Un monde d'hier qui se rapporte à la fin de sa vie...

L'avis de Caroline, très enthousiaste. Il faut dire qu'elle est plongée dans Zweig en ce moment et qu'elle a même organisé un challenge Ich liebe Zweig !

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02 février 2010

Le Grand Loin. - Pascal Garnier (Zulma, 2010)

le grand loin garnier.jpgMarc, divorcé, dépressif, se sent étranger à sa propre vie. Que faire, où aller.... Il va chercher sa fille Anne qui est en hôpital psychiatrique pour l'emmener au Tréport. La station balnéaire est sinistre en hiver. Anne aimerait faire l'amour avec Désiré, le beau Black qui sert au bar de l'hôtel. Mais pourquoi rentrer à Paris, pourquoi ne pas partir loin, plus loin....

Ce roman de Pascal Garnier est, comme ses autres livres, profondément noir et en même temps profondément tendre avec ses personnages. Ils sont seuls, cherchent un sens à leur vie, veulent ressentir un peu de plaisir. Et pour cela il faut aller jusqu'au "grand loin"... Certes, comme d'habitude Garnier va lui aussi très loin dans son histoire. Cynisme, noirceur, désespérance. Quand je lui avais dit que L'A26 était vraiment noir, il m'avait répondu "Ah oui celui-là c'est de l'italien, c'est du serré", alors que dire de celui-ci... Mais je suis d'accord avec Laurent qui écrit "Il pousse le bouchon un peu loin et c’est bon !"

L'avis de Cuné

 

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08 décembre 2009

Missak. - Didier Daeninckx (Perrin, 2009)

missak.jpgJe remercie Babelio grâce auquel j'ai reçu ce livre. Mon mari se l'est approprié dès son arrivée, aussi c'est lui qui fait ce billet...

"Roman, document ou docu-roman. Réalité ou fiction. Des histoires ou l'Histoire... Voilà les questions qui viennent à l'esprit à la lecture du dernier livre de Daeninckx.
A travers le Paris des années cinquante où le Parti Communiste était encore une force de premier ordre, J.L. Dragère, journaliste à l'Humanité, est chargé de rechercher des documents retraçant la vie de Missak Manoukian. Cela va lui donner l'occasion et nous permettre de rencontrer des personnages qui ont joué un rôle dans la vie de ce Résistant et qui ont croisé ce héros méconnu dont la lettre d'adieu est à l'origine du célèbre poème d'Aragon L'Affiche rouge.

Ceux que la période allant des années trente à l'après-guerre intéresse, trouveront dans cet ouvrage le parcours de ces Arméniens, Italiens et Polonais qui se sont mis au service de la France et sont entrés dans la Résistance au nom des valeurs qu'elle représentait.

Ecrit sous forme d'enquête journalistique, le livre se lit facilement et avec beaucoup de plaisir."

masse_critique.jpg

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07 octobre 2009

La solution esquimau. - Pascal Garnier (Zulma, 2006)

la solution esquimau.gifInColdBlog m'ayant alléchée avec son billet ici, je me suis soudain rappelé que j'avais ce livre de Pascal Garnier qui m'attendait chez moi ! Je l'ai donc lu d'une traite (comme tous les Pascal Garnier !)

Le narrateur, écrivain las de la littérature jeunesse, écrit un roman qui met à mal la morale. Louis, son héros, décide de faire comme Amélie Poulain : faire le bien autour de lui... mais pas de la même manière. Il remarque que ses amis seraient soulagés de bien des soucis s'ils héritaient, il décide donc de tuer anonymement d'abord sa mère, puis les parents de ses amis. Un peu surpris qu'ils ne débordent pas de bonheur, il continue toutefois son oeuvre philanthropique...

Parallèlement, le narrateur se débat avec une créativité parfois en berne, une belle-fille ravissante et envahissante, des voisins gentils mais eux aussi très envahissants, et un ami désespéré. L'univers s'assombrit, la mort rôde, la fiction ne rejoindrait-elle pas la réalité ?

Ce petit livre est comme d'habitude un régal. Plein de petites phrases qui font mouche, il se joue de la morale tout en observant avec tendresse ses personnages. La vie, ce n'est facile pour personne, surtout pas pour les personnages de Pascal Garnier... 

 L'avis enthousiaste de Laurent et ceux de Cuné et de Clarabel

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19 septembre 2009

Eclats d'enfance. - Marie Sizun (Arlea, 2009)

eclats d'enfance.jpgJe n'avais pas lu les deux livres précédents de Marie Sizun, mais je me souvenais des articles passionnés de Sylire à son sujet, aussi j'ai eu envie d'ouvrir ce joli livre des éditions Arléa.

Cette fois il ne s'agit pas d'un roman mais d'un récit autobiographique. Marie Sizun est née dans le 20è arrondissement. Elle habite toujours Paris mais n'est pas retournée sur les lieux de son enfance. Un jour par hasard elle y passe et les sentiments mêlés qu'elle éprouve lui donnent envie d'écrire sur cette enfance et surtout sur ce quartier. Ses souvenirs, c'est par le biais des rues et des lieux qu'ils lui reviendront. On n'entre presque pas dans la grande bâtisse en briques rouges où elle habitait, en revanche on parcourt les rues environnantes de manière aléatoire, non-chronologique, de manière à faire ressurgir ces "éclats d'enfance", ces souvenirs qui apparaissent à l'évocation d'un nom, d'un lieu. Par cercles concentriques, l'auteur redécouvre les endroits qu'elle a explorés avec sa mère, son père, puis seule, et ces endroits ont une telle charge émotive qu'ils lui permettent de retrouver précisément des moments forts. Les nombreuses séances de cinéma avec sa mère. Les trop rares promenades avec ce père absent pendant la guerre, puis absent complètement. L'odeur du métro, les retours de l'école par le raccourci ou par le grand chemin, les anecdotes de l'enfance,...

C'est avec beaucoup de retenue que Marie Sizun évoque son enfance. Sans jamais dire "je" (c'est "elle" ou "tu"), elle réussit pourtant à faire passer une incroyable émotion dans ce récit. Dans ces années de l'immédiat après-guerre, l'enfant découvre avec stupeur les bidonvilles à quelques centaines de mètres de chez elle, le cimetière du Père-Lachaise, la place des Fêtes sans fête,...Ses premiers émois, ses angoisses, ses découvertes nous parlent car nous avons tous un lieu d'enfance qui a été essentiel pour nous. Je pense que ce livre ravira ses lecteurs et sera pour les autres, comme pour moi, une belle porte d'entrée dans son univers.

06:02 Écrit par Cathe dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marie sizun |  del.icio.us | |  Facebook