10 juillet 2009
Le naufrage du Titanic et autres écrits sur la mer. - Joseph Conrad (Arléa, 2009)
Joseph Conrad est surtout connu pour les magnifiques Lord Jim, Typhon et Au coeur des ténèbres, mais avant d'écrire il a navigué. Engagé à 17 ans dans la marine marchande, il naviguera plus de vingt ans avant de choisir l'écriture.
Quand le Titanic sombre, il a 55 ans et observe les événements avec distance. Pourtant le marin qui demeure en lui ne peut s'empêcher de se mettre en colère : comment a-t-on pu embarquer autant de passagers avec aussi peu de canots de sauvetage, pourquoi dit-on que le capitaine aurait du "foncer droit dessus" quand il a vu l'iceberg. Autant de motifs de se mettre en colère sur ce qui était déjà la logique économique au service de la mode des voyages et du tourisme (il déteste le tourisme...), et cela au détriment d'un élément essentiel en navigation : la sécurité !
Mais les neuf textes inédits en français qui composent ce recueil ne sont pas tous sur le Titanic. Conrad aime parler de sa passion, la mer, et il en parle très bien. Dans sa Pologne natale, il rêvait déjà devant les cartes géographiques et les récits d'explorateurs. Et le rêve de sa vie, qu'il a d'ailleurs concrétisé, était de remplir les espaces vides des cartes. Il y avait encore des terres à explorer et il voulait être le premier sur certaines de ces terres.
J'aime beaucoup les récits de voyages et Conrad est l'un des premiers qui m'ait donné ce goût, aussi j'ai été très heureuse de découvrir ces textes inédits (mais j'ai lu que certains avaient été publiés en 2007 chez un autre éditeur). Je trouve que les plus beaux voyages sont dans les livres (de voyage par exemple...) et les textes de Conrad sur son propre goût du voyage m'ont ravie !
Bien que je ne parte que dans plusieurs jours, ce billet sera le dernier avant mes vacances car je suis dans les livres de la rentrée. Rendez-vous autour du 15 août pour des billets de lectures de vacances, et bonnes vacances à tous et à toutes !
06:01 Écrit par Cathe dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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29 juin 2009
Je suis très à cheval sur les principes. - David Sedaris (Ed de l'Olivier, 2009)
David Sedaris est américain mais vit une partie de l'année à Paris et en Normandie. Il a écrit plusieurs livres et se produit également en spectacle. Dans ce livre, découpé comme autant de sketches, il évoque des situations de sa vie étonnantes, ridicules, extravagantes... Il a surtout du talent pour se moquer de lui-même comme on peut le voir dans de nombreuses pages. Ou comment peut-on se passionner pour les araignées pendant un séjour en Normandie au point de ramener une ariagnée à Paris, mais là comment lui trouver suffisamment de mouches à manger chaque jour, à moins d'aller faire les poubelles dans un jardin public.... Ou comment lancer par mégarde une pastille pour la toux dans le décolleté de sa voisine d'avion, voisine qui est déjà fâchée avec avec vous car vous n'avez pas voulu changer de place... Ou pourquoi il adore les documentaires animaliers.
Cune en avait déjà parlé ici avec enthousiasme et une collègue l'avait aussi loué en Comité de lecture, aussi je l'ai pris pour le lire par petit bout pendant mes pauses déjeûner. Je dois dire que je n'ai pas été aussi emballée que je l'espérais. Je pensais trouver un humour à la Stephen McCauley mais, à part quelques épisodes vraiment drôles et légers comme l'araignée, le reste traîne un peu en longueur. Donc quelques bons moments mais lisez plutôt l'avis de Cuné...
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01 mai 2009
La frontière de verre . - Carlos Fuentes (Gallimard, 2006)
A l'occasion du Blogoclub de lecture sur Fuentes, je republie ce billet car je n'ai pas trop envie de me replonger dans la littérature mexicaine (c'était bien pourtant..)
Le Mexique au Salon du Livre 2009
Je vais terminer ce travail sur cette découverte de la littérature mexicaine par l'auteur le plus connu en France, Carlos Fuentes.
Carlos Fuentes a vécu dans différents pays d'Amérique latine (son père était diplomate) avant de faire des études de droit au Mexique et de devenir ambassadeur du Mexique en France. Très engagé à gauche et très opposé à la politique culturelle et économique des Etats-Unis, il était proche du poète mexicain Octavio Paz (avant de se fâcher avec lui...) et a enseigné dans plusieurs universités américaines et anglaises. Il est l'auteur d'une oeuvre très importante, aussi bien des romans que des essais, des nouvelles et des scénarios.
Ce livre, sous-titré Roman en neuf récits, peut être une bonne introduction à la littérature mexicaine car il traite de ce qui est un des problèmes mexicains essentiels : les relations américo-mexicaines. Rappelons qu'une grande partie du Sud des Etats-Unis était mexicain jusqu'à la guerre de 1846-1848 qui permit aux USA d'annexer la Californie, le Colorado, le Nouveau-Mexique, le Texas, l'Arizona et le Nevada. Les tensions entre ces deux pays aujourd'hui sont d'autant plus vives que, comme l'écrit Fuentes, "tant qu'un pays pauvre existerait à côté du pays le plus riche du monde, ce qu'ils faisaient, eux, la police de la frontière, équivalait à vouloir comprimer un ballon ; ce qu'on serrait ici ne servait qu'à faire gonfler par là".
La frontière est symbolisée par le fleuve, Rio Bravo du côté mexicain et Rio Grande du côté américain. Autour de ce fleuve s'est développée à
la fois une industrie importante côté mexicain, intéressée par la proximité des Etats-Unis pour l'exportation, et un trafic de Mexicains et aussi d'autres habitants d'Amérique du Sud cherchant à émigrer aux Etats-Unis.
Tous les nouvelles montrent bien la manière dont ces deux activités sont mêlées. Les Mexicaines pauvres du sud du pays et venues travailler à la frontière côtoient les industriels profiteurs et les passeurs qui vivent dangeureusement. Tous espèrent trouver une meilleur situation, que ce soit de manière plus ou moins honnête ou légale. Les personnages de ces nouvelles se croisent tous à un moment ou à un autre, et en terminant ce recueil on a l'impression de connaître ce morceau de Mexique !
Un avis dans Ratsdebiblio
Un autre billet sur Fuentes ici sur le blog de Laurent.
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09 mars 2009
Le koala tueur, et autres histoires du bush. - Kenneth Cook (Autrement, 2009)
Pour tous mes collègues bibliothécaires dont les lecteurs demandent toujours des livres drôles, notez celui-ci !
Je connaissais de Kenneth Cook ses récits très noirs (Cinq matins de trop, Par-dessus bord et A coups redoublés), et j'ai du mal à croire que c'est le même auteur. Ici ce sont des récits autobiographiques qui racontent (peut-être en enjolivant ou en dramatisant un peu...) ses aventures à travers l'Australie (il est lui-même australien).
Pour ceux qui connaissent Gerald Durrell et Ma famille et autres animaux (Gallmeister), c'est tout à fait comparable. Cook est amené à cohabiter avec des animaux qui ont des réactions imprévisibles, hostiles en général, et même parfois très dangereuses. A moins que ce ne soient les humains qui les accompagnent qui soient pour le moins bizarres...
Avouez que pour adorer les serpents au point de s'enfermer avec eux dans leur vivarium, il faut être un peu... bizarre dirons-nous. Mais Cook ne peut quand même pas laisser son voisin ivre mort avec toutes ces bestioles ?
Et que peut-il faire quand, en voulant tirer sur un cochon sauvage qui le charge, les points de suture de sa paupière lâchent et qu'il ne voit plus rien ?
Le plus drôle étant sans doute un mémorable tour en chameau que je vous laisse découvrir.... Ou comment se faire arnaquer en plein désert ! Et découvrir que l'haleine de chameau est l'odeur la plus pestilentielle du monde....
Ces récits vous parle de la nature et des animaux avec tendresse, car Cook aime son pays et sa faune, mais ses mésaventures sont un régal. Et il dit lui-même qu'il ne les incorpore pas dans des romans car on ne le croirait pas !
Les avis tout aussi enthousiastes de Clarabel et Dominique
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30 janvier 2009
Des nouvelles du Mexique (Métailié, 2009)
Le Mexique au Salon du Livre 2009
Cette collection propose des sélections de nouvelles d'auteurs contemporains. Sont déjà parues les nouvelles d'Algérie, de Cuba, d'Amérique du Nord, du Brésil, du Portugal et d'Amérique latine. Ici nous retrouvons des auteurs déjà présents sur ce blog comme Volpi, Taibo II, Serna, Fadanelli et Padilla. D'autres auteurs participant au Salon du Livre y sont aussi présentés.
Le recueil est épais aussi je n'ai pas tout lu mais j'étais surtout intéressée par les nouvelles des écrivains que j'avais déjà découverts. Je n'ai pas été déçue car le genre de la nouvelle fait vraiment ressortir les caractéristiques des uns et des autres (je dois avouer que je lis rarement des nouvelles....).
La nouvelle de Serna, La vanité, fait tout à fait référence aux idées véhiculées dans son roman La peur des bêtes. Ici un enseignant souffre de ne pas être reconnu comme le véritable poète qu'il pense être. mais un jour il reçoit une réponse à une lettre qu'il avait adressée il y a longtemps à Octavio Paz (LE grand poète mexicain). Celui-ci le félicite et l'encourage dans cette voie. Il est tellement fier qu'il organise une grande fête où il invite ses amis et aussi ses détracteurs. Mais, catastrophe, entre temps sa fille a gribouillé la lettre et celle-ci est illisible ! Il est pris pour un imposteur, moqué par tout le monde et peu à peu il sombre dans la dépression..., mais..... J'ai dévoré cette nouvelle qui évoque à la fois la difficulté de se faire reconnaître comme poète, et l'importance démesurée que prend l'avis d'une ou deux personnes dans le milieu !!
La nouvelle de Taibo II, Les merveilleuses odeurs de la vie, est grinçante comme souvent chez cet auteur. Marcial est obsédé par un problème qui l'obsède depuis quelques jours, ses mains dégagent une odeur pestilentielle. Il essaie tout, les laver, verser de l'essence dessus, faire appel à une sorcière,... Rien à faire ! Mais au vu de la chute, on se dit que c'est peut-être l'odeur de la mort que Marcial transportait sur lui....
La nouvelle de Padilla, Symptômes d'un mal patibulaire, est très noire. On reconnait le style superbe de l'auteur dans cette histoire qui met en scène un bourreau. Il occupe cette fonction de père en fils et, à son tour, transmet son savoir-faire à son fils aîné. Celui-ci est terrorisé et n'ose pas l'avouer, pas même à son frère cadet. Pourtant un jour il quittera sa famille, deviendra délinquant et sera puni.... de la peine de mort...
Fadanelli nous propose une histoire aussi très sombre dans Le jardin des aveugles. Un homme seul et âgé va tous les jours faire son footing dans le parc à proximité. Mais deux nouvelles lui parviennent. Son frère vient de se faire assassiner, et on construit le plus haut immeuble de Mexico juste là. A quoi bon vivre encore...
La nouvelle de Volpi, La voix d'Orson Welles et le silence de Don Quichotte, est la plus longue. Elle a pour thème l'adaptation qu'Orson Welles devait faire de Don Quichotte et qui devait se situer au Mexique. Mais Don Quichotte est un roman inadaptable, et Orson Welles est un personnage hors du commun. Ou comment ce récit et le Mexique ont suivis Welles tout au long de sa vie...
Je lirai sans doute quelques autres nouvelles de ce recueil mais je voulais lui faire un peu de pub (en avance car il ne sort en librairie que mi-février) avant le Salon du Livre.
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27 janvier 2009
Le Llano en flammes . - Juan Rulfo (Gallimard, 2001 ; Folio, 2003)
Le Mexique au Salon du Livre 2009
Ce livre est une des oeuvres majeures de la littérature mexicaine et pour moi sans doute le coup de coeur de cette littérature. J'ai commencé un livre de Carlos Fuentes depuis et c'est très intéressant mais, à mon avis, c'est davantage un écrivain d'Amérique centrale et latine, alors que Rulfo retranscrit vraiment l'âme mexicaine.
C'est un recueil de nouvelles qui se déroulent pendant la "guerre des cristeros" dans les années 1920. Le partage des terres au profit des paysans a commencé à se faire après la Révolution mexicaine mais la mauvaise répartition de celles-ci ajoutée à la mainmise de l'Etat sur la religion, donne lieu à une rébellion violente qui fera plusieurs milliers de morts. Rulfo avait six ans quans son père et son grand-père ont été tués et son enfance s'est déroulée pendant ces événements violents.
Ces nouvelles sont un hommage de Rulfo aux paysans, villageois, bergers, qui ont été les principales victimes de cette
guerre. Le thème principal est la terre . On comprend que cette terre qui leur a été attribuée, le LLano, est immense mais aride et incultivable et ils essaient désespérément d'en extraire quelque chose. Certains se résignent mais d'autres ne supportent pas de voir leur famille mourir de faim et dans plusieurs nouvelles c'est la vengeance qui est l'héroïne principale. Les grands propriétaires d'hacienda, le gouvernement, à qui faut-il s'en prendre ? Et quand on retrouve son père et son oncle pendus, que peut-on faire sinon se venger ? Les destins individuels se mêlent à l'histoire collective et on voit aussi bien la douleur d'une femme, le malheur d'un ami, que la révolte de tout un village qui, poursuivi par les soldats, met le feu à toutes les grandes propriétés du Llano.
La préface de Le Clezio met en valeur cette oeuvre inclassable et rappelle la dureté et la cruauté de cette guerre qui a obligé ceux qui n'ont presque rien à se battre pour défendre ce presque rien face à des puissants aveugles. Ces textes très courts (quelques pages chacun) au style incisif sont suffisamment forts pour nous donner à voir cet univers sauvage et violent.
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23 janvier 2009
Jours de colère . - Jorge Volpi (Mille et une nuits, 2001)
Le Mexique au Salon du Livre 2009
Changement de ton après les romans mexicains très noirs que je viens de lire. Ici il s'agit d'un récit d'une centaine de pages écrit à trois voix. Un chirurgien devient fou de désir pour une de ses patientes, une chanteuse de jazz. Elle devient le centre de sa vie et à cause d'elle il perd tous ses repères. Mais un troisième personnage apparaît, un écrivain. Est-il l'amant de la chanteuse ? On ne le saura jamais. Mais il introduit entre eux un roman qui s'appelle Jours de colère et qui raconte... leur histoire. Cette histoire tour à tour racontée par un de ses trois personnages nous emporte dans les méandres du désir et de l'écriture, l'un et l'autre s'alimentant mutuellement. Que va-t-il se passer, qui le sait, et qui peut influer sur ce livre qui s'écrit au fur et à mesure ?
Volpi fait partie d'un mouvement littéraire, baptisé «le crack», aussi révolutionnaire qu'a pu l'être le nouveau roman en France et qui produit un style minimaliste, fait de phrases courtes et incisives. Dans ce roman, Volpi nous emmène dans une relation passionnelle, vertigineuse et originale. Sa construction complexe m'a parfois laissée perplexe mais m'a quand même donné envie de lire un autre de ses romans, La fin de la folie ou Le temps des cendres.
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19 janvier 2009
La Peur des bêtes . - Enrique Serna (Phébus, 2006)
Le Mexique au Salon du Livre 2009
Décidément ces Mexicains sont forts pour nous proposer de superbes romans noirs ! Ici c'est un polar noir, un vrai, mais avec comme toile fond le monde littéraire mexicain et, même si l'on n'en possède pas toutes les clés, on entre dans ce monde avec délectation.
Evaristo Reyes, écrivain raté et ex-journaliste, travaille dans la police sous les ordres du corrompu Maytorena. Celui-ci, pour se faire bien voir du procureur, veut éliminer Lima, un écrivain qui a écrit quelques lignes injurieuses pour le gouvernement dans un obscur journal. Mais Lima est tué le soir-même dans des circonstances mystérieuses et Reyes est chargé de l'enquête. Pour cela il va rencontrer toute l'intelligentsia mexicaine et découvrir les bassesses, renvois d'ascenseur et autres conflits d'intérêt qui mènet ce petit monde. Pourquoi l'ex-petite amie de Lima l'a-t-elle quitté pour le célèbre mais vaniteux Vilchis ? Et celui-ci aurait-il pu tuer Lima ? Mais les policiers vont trop vite en besogne et une bavure supprime Vichis. Et cette poétesse aussi directrice de collection et qui fait la pluie et le beau temps, elle aussi en veut à Lima pour une histoire ancienne...
Mais ces petits arrangements ne seraient rien sans les ramifications avec la police et le pouvoir. Les trafiques de drogue sont connus mais les policiers suffisamment arrosés pour se taire, et chacun a intérêt à se taire et à protéger l'autre. Reyes se retrouve dans un monde corrompu jusqu'à la moelle et lui-même perd complètement pied..
Le personnage de Reyes et le monde dans lequel il évolue sont décrits avec précision et sans concession, et, si l'on ôte le contexte très violent et quand même très très corrompu, on retrouverait un petit monde germano-pratin bien connu. Tu me fais ma préface et je te mets dans mon anthologie, tu me fais cette conférence et je te mets dans la liste des écrivains qui partent en voyage en Europe, je couche avec toi mais tu essaies de faire éditer mon recueil, etc... Les clés nous échappent forcément mais j'ai quand même noté deux noms. A deux reprises Octavio Paz est cité et, si lui est visiblement unanimement admiré, son entourage est la cible de quelques piques : "des soirées pour gens délicats où les intellectuels courtisans buvaient l'haleine d'Octavio Paz". Et le Vilchis dont on a parlé est visiblement quelqu'un de très connu sur le plan international : "Vilchis leur a fait croire qu'il était un intellectuel de prestige parce qu'il prenait par le bras les célébrités internationales qui venaient au Mexique. Sans l'éclat des autres il ne serait tout simplement rien". Sont cités les écrivains en photos avec lui, Harold Pinter, Garcia Marquez, Vaclav Havel,...Quand on cherche Fuentes et ces noms... on trouve des photos où il est bras-dessus, bras-dessous aves eux....Coïncidence ??
Jeanjean a aussi bien apprécié, d'ailleurs on attend avec impatience son prochain livre qui sort en février.
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15 janvier 2009
L'autre visage de Rock Hudson . - Guillermo Fadanelli (Bourgois, 2006)
Le Mexique au Salon du Livre 2009
Bien que ce roman ne soit pas publié dans une collection policière, c'est bien d'un polar très noir qu'il s'agit. La toile de fond, Mexico, ses bas-fonds, ses immeubles crasseux, ses ruelles sombres. Ses héros, Ramirez, un voyou au couteau facile qui trempe dans des histoires de drogue et détrousse ou élimine les imprudents. Rebecca, sa soeur. Et Johnny, adolescent, qui suit le chemin de Ramirez tout en le haïssant.
L'atmosphère sordide de l'histoire est extrêmement bien rendue et bien sûr l'image que l'on retient de Mexico n'est pas du tout la carte postale habituelle pour touristes. La force de l'histoire vient du sentiment de tragédie implacable qui acccablent les personnages sans qu'aucun espoir ou aucune porte de sortie puisse apparaître. En revanche j'ai été gênée par la construction assez tortueuse de l'histoire, ou peut-être aurais-je dû le lire d'une traite pour ne pas m'y perdre ;-)
C'est en tout cas une vision très noire du Mexique, comme d'ailleurs à peu près dans tous les romans mexicains que je viens de lire. Mais une collègue a lu Une vie conjugale de Sergio Pitol qui est noir mais très drôle (l'histoire d'une femme qui essaie de tuer son mari par tous les moyens mais sans réussir !...)
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22 décembre 2008
L'Escadron Guillotine . - Guillermo Arriaga (Phébus, 2004)
Le Mexique au Salon du Livre 2009
Après Un doux parfum de mort, j'étais curieuse de lire autre chose d'Arriaga. Ici, dans le Mexique agité du début du siècle (c'est la guerre civile, la "Révolution mexicaine"), Velasco, un avocat inventeur à ses heures, a construit une superbe guillotine. Il ose la présenter à Pancho Villa qui menait la lutte pour les troupes du Nord. Villa, impressionné, voit tout de suite ce qu'il pourrait tirer de cette guillotine en exécutant en grande pompe et en public les opposants. Conquis il la garde et surtout garde avec lui Velasco et le nomme capitaine de "l'Escadron Guillotine" avec ses deux acolytes. Velasco qui n'était pas du tout fait pour la dure vie de combattants itinérants, souffre sous le commandement de Villa qui mène ses troupes tambour battant, en massacrant à tout va....
C'est bien sûr le ton très cynique de ce récit qui donne toute sa saveur à ce récit. L'outrance des massacres, la bravoure et l'inconscience des guerriers, la vision sanguinaire de cette époque... Tout est fait pour donner un ton décalé à cette épopée dont Arriaga se moque un peu, même s'il approuve sans doute les raisons de départ. Le personnage de Pancho Villa n'est d'ailleurs pas antipathique, juste un peu excessif. Mais on passe vraiment un bon moment avec ce récit qui est une tonique plongée dans cette époque tourmentée !
L'avis tout aussi enthousiaste de Philippe Sendet
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18 décembre 2008
Un doux parfum de mort . - Guillermo Arriage (Phébus, 2003)
Le Mexique au Salon du livre 2009
Changement d'atmosphère après le roman de Padilla, cette fois nous sommes bien au Mexique dans un petit village de la campagne profonde. Dans ce village tout le monde se connait et surtout tout le monde sait tout sur tout le monde et les bavardages vont bon train. Aussi, quand Ramon, le jeune homme timide et rêveur qui tient l'épicerie/bar, arrive le premier sur les lieux du crime, tous les regards sont tournés vers lui. Oui il connait cette jeune fille, elle s'appelle Adela et venait de temps en temps faire des courses chez lui. Oui il la prend dans ses bras pour la mettre sur la charrette et l'amener dans l'école. Qui le premier a murmuré qu' il était son fiancé ?? On ne sait pas, mais Ramon n'ose pas démentir et il est tout de suite au centre des discussions du village, et au village on sait ce qu'il faut faire : venger cette mort. Et la victime est toute trouvée : le Gitan. Il vient régulièrement au village, donc c'est certainement pour voir ou essayer de voir une femme, et sans doute Adela. Ramon ne peut pas reculer sous peine de passer pour un pleutre et ça c'est hors de question !
Décidément ces auteurs mexicains sont doués pour accrocher le lecteur, dans des genres différents ! Ici c'est à la fois une chronique villageoise, un vaudeville (car il y a bien des histoires d'adultère mais pas toujours celles que l'on croit) et un roman très noir. Ce petit monde est décrit de manière impitoyable, les villageois se montent la tête, le policier local ne veut d'ennui avec personne, Ramon n'ose pas dire que tuer le Gitan lui répugne,.... Rien de positif dans ce roman mais le rythme est vif, l'auteur a de l'humour, et c'est tellement noir que l'on se demande comment ça va finir... Je ne dis bien sûr rien sur la fin, comédie ou tragédie..., mais j'ai enchaîné avec Escadron guillotine du même auteur, pour voir jusqu'où il peut aller...
L'avis tout aussi enthousiaste de Jean-Marc Laharrère
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15 décembre 2008
Amphitryon . - Ignacio Padilla (Gallimard, 2001)
Le Mexique au Salon du Livre 2009
Nous sommes en Argentine en 1957. Le fils de Viktor Kretschmar revient sur la vie de son père, aiguilleur sur la ligne Munich-Salzbourg. Mais son destin était tout autre. En partant au front vers l'Est pendant la première guerre mondiale, il fait une partie d'échec qui décide de sa vie : le gagnant sera aiguilleur, le perdant partira à la guerre. Viktor a gagné. mais l'autre prendra son nom et gagnera des galons à la guerre. Comment Viktor peut-il vivre avec cette fausse identité qui a l'a certes sauvé d'une mort probable, mais qui a fait de sa vie une ombre ? Son fils essaiera de rencontrer celui qui porte le véritable nom de son père, Thadeus Dreyer... Mais celui-ci, d'origine juive, n'a eu de cesse de changer d'identité sa vie durant, récoltant des médailles, sauvant des vies pour sauver la sienne... Jusqu'à participer à ce "Projet Amphitryon" pendant la seconde guerre, qui consistait pour les Nazis à trouver des doublures d'Hitler et de ses proches afin de les protéger dans les situations trop exposées. Ce Dreyer / Efrussi / Kretschmar sera de ce projet et continuera à fuir en volant les identités et les âmes.
Comme on le voit, il n'est absolument pas question de Mexique dans ce livre. L'auteur a fait des études en Europe, c'est peut-être l'explication de son intérêt pour ces pays et ces périodes de l'histoire européenne, et le texte que je copie à la suite donne quelques explications.... Quoi qu'il en soit, il a écrit ici un roman surprenant formé de quatre parties qui se passent de 1914 à 1961 et où on retrouve un personnage principal en fil conducteur et trois autres en personnages secondaires. Les parties d'échec rythment le roman et donnent aussi son sens à ce récit qui mélange étroitement jeu et destin. Ce roman ressemble à un labyrinthe dans lequel on se perd parfois mais qui a un style d'une telle densité que l'on ne peut pas sauter une seule ligne ! Entre quête et enquête (d'aileurs le début m'a fait penser à Paul Auster), il oblige le lecteur à le suivre dans ses méandres et c'est un peu hagard que l'on en sort, bien content de ne plus vivre ce mauvais rêve.... et d'avoir lu cet excellent livre aussi !
J'ai mieux compris la démarche de Padilla (et, on le verra, de Guillermo Arriaga aussi) avec ce texte de présentation : Ce groupe d'écrivains mexicains, le Crack, dont Padilla est cofondateur, veut dépasser l'univers classique de la littérature latino-américaine et embrasser le reste du monde. La quête de l'autre, d'Europe en l'occurence, est aussi là pour mieux comprendre ce qui s'est passé chez soi: «Maintenant nous savons qu'en Europe ont été commis les crimes les plus horribles de l'histoire de l'humanité, deux guerres mondiales, Auschwitz, et les goulags, expliquait dans Le Monde, Jorge Volpi, (A la recherche de Klingsor, Plon, 2001) autre figure marquante de Crack. Nous, les Latino-américains, nous sommes des enfants de chœur. Nos histoires de républiques bananières, de dictateurs, de révolutions, ce sont des saynètes à côté de cette barbarie.»
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01 novembre 2008
Brooklyn Follies . - Paul Auster (Actes Sud, 2005)
Lecture commune du Blogoclub de lecture. J'avais lu ce livre à sa sortie, aussi je republie mon billet.
Comme souvent chez Paul Auster, on est d’emblée plongé dans une structure en "poupée russe". Le narrateur nous raconte sa vie, il retrouve son neveu Tom qui nous raconte sa vie, celui-ci rencontre Harry qui nous raconte à son tour...etc... Ce qui fait que, quand on termine un chapitre, on lève le nez en disant "Heu... je suis où ? ? ? Et j’en suis où ? ? ?". On adore ou on déteste ! Moi j’adore et je trouve que Paul Auster est l’un de ceux qui manie le mieux ce procédé (car c’en est un). C’est un vrai raconteur d’histoires et, cette fois encore, on se laisse prendre.
Nathan se croit à la fin de sa vie quand il s’installe à Brooklyn. Il est seul, malade. Pourtant sa rencontre avec son neveu Tom, qui lui aussi se laisse sérieusement aller depuis quelques années, sera le début d’une longue aventure. Le hasard, toujours lui dans l’œuvre de Paul Auster, tirera les ficelles des existences, amorcera les rencontres, bouleversera les vies.
Résolument optimiste pour une fois, ce roman montre que l’amitié, l’amour, la confiance peuvent encore être les bases de l’existence. Pourtant les critiques de la société américaine nuancent cette vision des choses. Si les valeurs intimes sont exaltées, les dérives de l’Amérique actuelle et la stupidité des politiques sont accusées de malmener la société et de laisser la voie libre aux extrémistes de toutes sortes (sectes, éducation, télévision, etc...).
Le roman se termine sur l’image de Nathan marchant dans Brooklyn, heureux de profiter de la vie, ce matin-là. Autour de lui les familles se sont rapprochées, les couples se sont formés. Et lui est même retombé amoureux. Ce n’est pas si mal la vie en Amérique !
Mais pour combien de temps ? ? ?
Nous sommes le 11 septembre 2001.
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30 octobre 2008
Le chasseur . - Julia Leigh (Actes Sud, 2000)
Le nouveau livre de Julia Leigh, Ailleurs, m'avait beaucoup plu et j'étais curieuse de lire son premier livre paru en 2000 (elle n'écrit pas beaucoup la demoiselle...).
Cette fois l'histoire se passe en Australie (le pays de naissance de l'auteur) et immédiatement on reconnait l'atmosphère étrange déjà présente dans Ailleurs. Un homme, scientifique et chasseur, arrive pour une mystérieuse mission. Il va loger chez une famille et monter régulièrement plusieurs jours dans les montagnes environnantes. Dans cette famille, le père, chasseur, est mort récemment et ce sont les enfants qui mènent la maison, la fille surtout, le petit garçon obéit et la mère dort, assommée par les calmants. Il va donc faire le va-et-vient entre cette maison et la nature sauvage où, on l'apprend bientôt, il doit débusquer le dernier tigre de Tasmanie. Pour cela il doit vivre avec la nature, la connaître, savoir la lire,...
L'expression "faire corps avec la nature" ne m'a jamais paru aussi juste que dans ce roman qui est un véritable hymne à la nature et aussi à l'homme qui sait l'apprivoiser. La traque est longue, la bête rusée, et ce combat, entrecoupé des descentes à la maison pour reprendre des vivres, est extraordinaire de lyrisme et de poésie tout autant que de dureté et de ténacité.
Ce livre est réellement magnifique et c'est sans doute un des meilleurs que j'ai lus récemment. Pourquoi l'ai-je raté à sa sortie ? Mystère. En tout cas je n'oubliera pas de sitôt cette traque implacable et envoûtante au bout du bout du monde !
Je n'ai pas trouvé de billet sur ce livre... mais en 2000 on n'avait pas encore de blog ;-)
06:00 Écrit par Cathe dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
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14 octobre 2008
Ailleurs . - Julia Leigh (Bourgois, août 2008)
Une femme arrive dans un château avec deux enfants et y retrouve sa mère, son frère et sa belle-soeur. Cette dernière vient d'accoucher d'un enfant mort et porte ce bébé dans une couverture dans ses bras, sans vouloir le quitter. C'est dans cette atmosphère lourde, dans cet endroit clos, que ces personnages vont cohabiter pendant quelques jours. Que peut-on explorer, le parc, le lac.... Qui peut-on espionner, le frère,.... Comment les enfants vivent-ils ce séjour, rêve ou cauchemar....
Ce petit récit d'une centaine de pages est un petit bijou dans la pure tradition du roman anglais du 19è siècle et, n'était l'apparition d'un téléphone portable et de quelques références françaises, on pourrait tout à fait le situer dans une Angleterre révolue. L'histoire m'a immédiatement fait penser au "Tour d'écrou" d'Henry James mais je vous laisse lire le billet de Lamousmé qui y a vu beaucoup d'autres références et en parle avec lyrisme....
06:00 Écrit par Cathe dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
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29 septembre 2008
La malédiction du chat hongrois . - Irvin Yalom (Galaade Editions, août 2008)
J'avais été complètement séduite par Le bourreau de l'amour du même auteur et j'avais hâte de lire ce récit sous-titré Contes de psychothérapie.
En commençant ce livre, je me suis demandée, en bonne bibliothécaire-qui-classe-ses-livres si je devais le mettre en psycho ou en roman. En effet ça commence comme Le bourrreau de l'amour par des séances de psychanalyse menées par un certain "Irv" qui est visiblement l'auteur lui-même. Il a toujours son extraordinaire talent qui nous permet de suivre une thérapie comme si c'était un polar !
Pourquoi Irène reste-elle bloquée sur sa situation, pourquoi n'accepte-t-elle pas l'aide d'Irvin pour tenter de surmonter son deuil, quel est l'événement ou le rêve qui va la faire évoluer, pourquoi a-t-elle des réactions aussi imprévisibles ?
Et Paula, qu'est-ce qui qui lui donne cette extraordinaire énergie pour aider les autres malades, mais pourquoi tout à coup se détache-t-elle d'Irvin, pourquoi lui en veut-elle, comment va-t-elle vivre cette rupture ?
Le récit qui exprime le mieux l'humour de son auteur est celui de Myrna. D'ailleurs le thérapeute ne s'appelle plus Irvin mais Ernest... La thérapie de Myrna n'avance absolument pas, elle se montre étrangère, ne s'implique pas, ne raconte rien. Jusqu'au jour où elle s'anime, pose des questions, avance réellement. Ernest, d'abord embêté car il lui a fait une réflexion maladroite et blessante, pense que cette réflecion a été salutaire. Je vous laisse découvrir ce qui l'a fait changer... Ou comment le thérapeute doit se montrer modeste sur son rôle...
Et le dernier récit est véritablement un conte et mérite que ce livre soit réellement classé dans les romans car cette fois c'est un récit quasi fantastique que nous propose l'auteur, avec une telle force qu'on se surprend à être effrayé, puis à douter, puis à rire !
Bref je l'adore ce Irvin Yalom et, heureusement, je n'ai pas encore lu ses trois autres livres :-)
17:28 Écrit par Cathe dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
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24 septembre 2008
L'homme qui marchait sur la Lune . - Howard McCord (Gallmeister, août 2008)
Le narrateur est William Gasper. Il marche pendant des jours sur la "Lune", une montagne désertique au coeur du Nevada. Ce marcheur solitaire est un observateur attentif de la nature dont il est très proche, il est aussi un observateur de la nature humaine car ses monologues intérieurs témoignent d'une vie bien remplie. Peu à peu son passé s'éclaire. Ce sentiment d'être suivi, même dans ce lieu désert, ne lui est pas étranger, il a toujours vécu traqué et le danger ne lui fait pas peur. Les pans de sa vie s'entrouvrent quand on apprend qu'il a été tueur professionnel pour l'armée américaine.....
Ce récit extrêment lent, jusqu'au coup de théâtre final, est un hommage à la nature et aux grands déserts américains. Le lyrisme avec lequel le narrateur en parle est vraiment très beau et l'inquiétude qui monte peu à peu accentue encore le caractère surnaturel de cette marche sur cette montagne. C'est presque un récit de voyage qui nous est présenté, n'était cette poursuite latente qui, on le sent, va mal se terminer... Voilà un roman extrêment original dans cette rentrée littéraire, d'un auteur américain vétéran de la guerre de Corée et auteur de plusieurs récits et recueils de poésie.
A noter, les très beaux livres de l'éditeur Gallmeister qui s'est spécialisé dans les livres sur la nature, américaine surtout, que ce soit dans des romans, des polars ou des récits de voyage.
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19 septembre 2008
Je suis déjà venue ici . - Mariko Koike (Picquier, septembre 2008)
Dans cette dizaine de nouvelles traduites du japonais, nous faisons connaissance avec les femmes japonaises aujourd'hui. Ni prudes, ni volages, elles essaient de vivre selon leur désir et bien sûr ce n'est pas facile. Que ce soit une serveuse et son client, une femme et son amant fou de ses petits plats, une belle-mère et son beau-fils, une femme et son amant d'un soir, toutes tentent de faire fi des modèles imposés et de vivre leur vie à elle.
Ces récits ont beaucoup de charme et nous montrent une réalité japonaise qui pourrait tout à fait être aussi une réalité européenne. La libération de la femme est passée par là mais, même si cela permet de vivre plus librement, on voit que ce n'est hélas pas non plus un passeport pour le bonheur !
06:00 Écrit par Cathe dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
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15 septembre 2008
La vie en sourdine . - David Lodge (Rivages, août 2008)
Desmond, le narrateur, est un professeur d'université en linguistique récemment mis à la retraite. Cette retraite se déroule très tranquillement entre la télévision, la lecture du journal, et quelques activités organisées par sa femme, plus jeune que lui et passionnée par son magasin de décoration. Rien que de très banal si ce n'est que Desmond est depuis plusieurs années affligé d'une surdité évolutive. D'abord discrète, cette surdité le handicape de plus en plus et toute sa vie s'en trouve bouleversée. Les appareils auditifs étant parfois plus gênants qu'efficaces, il a du mal à garder des relations sociales normales. Il ne réussit plus à partager une conversation pendant les dîners entre amis et se sent complètement exclu de leurs préoccupations. Sa femme finit par s'impatienter de devoir attendre qu'il ôte le casque de la TV et remette son appareil auditif pour lui parler. Et, pour compliquer le tout, dans une soirée de vernissage (très bruyante bien sûr), il répond poliment à une étudiante sans comprendre réellement ce qu'elle lui dit. En fait elle lui demande de l'aider à faire son mémoire de recherche sur les lettres de suicidés et leur analyse linguistique. Cette jeune fille ne tardera d'ailleurs pas à lui causer quelques soucis....Et, autre souci, il se rend compte que son père a de plus en plus de mal à vivre seul dans sa maison mais ne veut pas entendre parler d'aide sous quelque forme que ce soit...
Le résumé, foisonnant, montre que Lodge n'a rien perdu de sa verve pour imbriquer et développer des histoires avec le ton enlevé et plein d'humour qui est le sien. La grosse différence avec ses romans (que j'ai à peu près tous lus sauf les tout derniers) est que cette fois la partie personnelle, la surdité et les problèmes avec son père, est complètement autobiographique (il le signale à la fin du livre) et donc que le récit prend une épaisseur beaucoup plus importante. L'analyse de ce que ressent quelqu'un qui perd peu à peu l'ouïe est poussée à son extrême, les aspects psychologiques sont extrêment bien décrits ainsi que la solitude et le sentiment de rejet que provoque cette infirmité. L'auteur ne perd rien de son humour pour en parler mais c'est sous un ton souvent cynique, et le ton oscille sans cesse entre l'humour caustique (le week-end dans le "Center Park" anglais, ainsi que les scènes avec l'étudiante) et l'extrême gravité (son impression d'être "emmuré", mais aussi sa visite à Auschwitz).
J'ai été très agréablement surprise par ce dernier livre de Lodge dont j'avais un peu abandonné les histoires d'universitaires à le libido exacerbée. Déjà Thérapie lui avait permis de faire passer beaucoup d'auto-dérision dans son problème de douleur au genou qui devenait existentielle. Avec La vie en sourdine, on entre carrément dans ses pensées les plus secrètes et c'est toujours avec beaucoup de distance (c'est ce qu'on appelle l'humour anglais sans doute...) qu'il nous offre ce récit où l'émotion côtoie la causticité.
L'article de Lire et le billet de Mazel qui cite l'article du Monde. L'avis d'Armande
11:35 Écrit par Cathe dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note
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12 septembre 2008
Un jour avant Pâques . - Zoya Pirzad (Zulma, août 2008)
Ce récit se déroule sur trois périodes de la vie du narrateur. Son enfance d'abord, dans un petit village au bord de la mer Caspienne. Une amie d'école, des petits plaisirs, des gros chagrins. Mais lui est arménien et doit respecter tous les rites de la tradition arménienne. Et elle, Tahereh, est musulmane et fille du concierge de l'école. Nous retrouvons le narrateur à l'âge adulte à Téhéran, marié avec Marta qui s'est tellement bien intégrée à sa famille. Mais quand leur fille Alenouche leur annonce qu'elle va se marier avec Bahzad, le garçon le plus intelligent de l'université mais de religion musulmane, tout le poids de la tradition réapparait et c'est un drame pour Marta. Troisième partie, Marta est morte, le narrateur est seul, plus ou moins fâchée avec sa fille. Sa seule amie est Danik, sa collègue. mais elle aussi cache un drame lié à l'amour et à la religion.
Ce récit est écrit avec beaucoup de sensibilité et avec le style élégant de l'auteur que j'avais déjà remarqué dans Comme tous les après-midi. Davantage que les souvenirs eux-mêmes, c'est vraiment l'évocation de la vie de la communauté arménienne en Iran qui est originale. Soucieuse de garder ses traditions, elle cultive les liens familieux et le respect des rites (de très beaux passages sur les rites liés aux fêtes de Pâques) mais rejette toute alliance avec une autre communauté. Les personnages de femmes sont magnifiques mais je dois dire que j'ai quand même ressenti un sentiment de "trop peu" avec ce petit récit de 127 pages et tout ce que l'on aurait envie de connaître de la vie de ces femmes.
06:05 Écrit par Cathe dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
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