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Roman francophone - Page 17

  • La serveuse était nouvelle. - Dominique Fabre (Fayard, 2005)

    Vous êtes-vous jamais demandé à quoi pense un garçon de café pendant qu’il va et vient, écoute l’un, sert l’autre et approuve le troisième ? Que de confidences recueillies, de morceaux de vie attrapés au vol ! Et sa vie à lui, quelle place a-t-elle encore parmi toutes ces existences ? A 56 ans, Pierre, déjà héros de "Mon quartier", se fond dans la vie des autres, sa solitude lui est familière et il fait partie du quartier comme son café et le kiosque à journaux.

    Dominique Fabre propose un tableau de la banlieue parisienne, près de la gare d’Asnières, avec des mots justes et sensibles. Son livre se lit d’une traite et, bien qu’il ne vous emmène pas dans des pays lointains pour des aventures exotiques ("Le Matricule des Anges" écrit très justement de lui qu’il préfère "plonger en soi plutôt qu’explorer d’improbables fictions"), il vous bâtit un monde en soi, et la littérature c’est çà !

  • Un minuscule inventaire. - Jean-Philippe Blondel (Laffont, 2005)

    Au départ on a l’impression que çà va être lassant : un homme divorcé profite d’une brocante pour se séparer d’objets personnels. Pour chaque vente, un flash-back raconte l’histoire de l’objet. Et pourtant la magie opère tout de suite. Les objets ne sont que des prétextes pour entrer dans la vie du narrateur (un narrateur qui m’a d’ailleurs beaucoup rappelé celui de Jean-Paul Dubois dans "Une vie française"…). Que d’occasions perdues dans cette vie, que de rendez-vous manqués, de numéros de téléphone jamais rappelés ! Certes le bonheur a été présent avec sa femme, au début au moins…

    Et, au moment où l’on commence quand même à se lasser un peu de ce procédé, Blondel a la bonne idée de passer de l’autre côté du miroir et de nous montrer la vie des objets chez leur nouveau propriétaire. Alors là la ficelle est certes un peu grosse, tous ces gens qui retrouvent des objets dont ils étaient proches il y a dix ou vingt ans ! Mais bon, curieusement on se surprend à suivre le fil des souvenirs et à dévider les morceaux de vie avec eux. D’ailleurs n’est-ce pas ce que l’on cherche, nous aussi, quand on déambule dans un vide grenier ?

    La fin est un peu mélo, mais bon çà fait du bien de temps en temps d’avoir la larme à l’œil, et puis la vie parfois c’est mélo, n’est-ce pas…

  • La petite fille de Monsieur Linh. - Philippe Claudel (Stock, 2005)

    Monsieur Linh est réfugié. Il a dû quitter son pays après que la guerre ait détruit son village et tué tous les siens. Tous, non, car il garde précieusement contre lui sa petite fille de quelques mois. Avec elle il supportera le voyage en bateau puis la promiscuité du foyer d’accueil. Mais c’est son amitié avec Monsieur Bark qui lui procurera le plus de plaisir. Sans comprendre leurs langues respectives, ces deux êtres qui ont beaucoup souffert réussiront à partager des moments très forts.

    Dans une langue sobre, Claudel fait un très beau portrait de personnages simples submergés par la souffrance mais qui réussissent, par la compassion, à retrouver un peu de bonheur à vivre.

    Je dois dire pourtant que je suis un peu restée sur ma faim avec ce petit récit. C’est certes sobre et émouvant, mais, à mon avis, un peu court pour un roman et peut-être un peu long pour une nouvelle…. Je gardais un très bon souvenir des recueils de nouvelles de Claudel « Les petites mécaniques » et « Trois petites histoires de jouets » et je trouve que ce récit aurait gagné à être plus ramassé dans une structure plus courte.

    En tout cas ce roman m’a rappelé le très beau portrait de vieillard fuyant la guerre avec un enfant dans les bras dans « Terre et cendres » d’Atiq Rahimi…

  • La bonne. - Isabel Marie (Grasset, 1996)

    Quelle drôle d’histoire que celle racontée dans ce roman. L’impression de malaise que j’ai ressentie à sa lecture ne s’est pas encore dissipée !

    La narratrice, Sarah fait des études de philo mais, ayant raté l’agrégation, et ne souhaitant de toutes façons pas enseigner, choisit de devenir employée de maison. Pour elle, accomplir les tâches ménagères est une activité répétitive qui permet d’occuper le corps en laissant l’esprit libre. Comme lieu de travail elle choisit une grande et belle maison habitée par un homme très occupé et une femme névrosée et obsessionnelle. Logée sur place, elle épouse les habitudes du couple. Au fil des semaines, elle devient la confidente de la femme et se rend indispensable au couple . Peu à peu la situation évolue et on se rend compte qu’elle acquiert la maîtrise du foyer en manipulant l’un et l’autre. En libérant la femme de ses obsessions et de ses phobies, elle l’éloigne de son mari et prend sa place. Elle tire les ficelles de cette situation avec un parfait sang-froid jusqu’à la fin, un peu décevante toutefois.

    Ce livre est visiblement assez autobiographique. En tout cas il doit reprendre un certain nombre d’obsessions et de fantasmes de l’auteur qui s’est suicidée peu de temps après avoir écrit son livre suivant, "La malle" (heu… j’hésite à le lire…).

  • Le coeur à la craie. - Daniel Picouly (Grasset, 2005)

    La banlieue parisienne dans les années cinquante. Bonbec et son ami, les deux héros du "Champ de personne", reviennent nous raconter leur vie d'enfants de neuf ans. Le fil du récit, ici, c'est "les filles" ! En effet Bonbec a une "poule" et pas le narrateur ! Il rêve d'avoir un coup de foudre, un vrai, et il essaie aussi souvent qu'il peut, d'aider le destin. Pourtant il est entouré de filles, les voisines, les copines de classe… Mais ce n'est pas facile le coup de foudre réciproque !

    Comme dans "Le champ de personne", Daniel Picouly nous fait tout de suite entrer dans ce roman très inspiré de sa vie personnelle. Le ton est juste, drôle, jamais outré, souvent touchant. Et même si les enfants d'aujourd'hui sont plus souvent devant des écrans que dans des cabanes ou sur des arbres, et même si les "poules" s'appellent maintenant des "meufs", les sentiments restent les mêmes.

  • La station Saint-Martin est fermée au public. - Joseph Bialot (Fayard, 2004)

    Découvert moribond sur une route allemande en 1945, un homme est ramassé par les soldats américains. Il est amnésique, et la seule trace l’identifiant est un tatouage fait à Auschwitz. Pendant des semaines il réapprendra peu à peu à s’alimenter, à ne plus être terrorisé. En revanche il lui faudra l’aide d’un narcotique pour que des images de son passé lui reviennent en mémoire. Son arrestation, les convois en train, les camps… Mais ce n’est qu’à Paris, en parcourant inlassablement les rues, qu’il parviendra à reconnaître des détails familiers, des magasins, sa station de métro (fermée au public depuis 1939) et, enfin, sa maison.

    Tiré d’un fait réel, ce très beau récit est dans la lignée de "C’est en hiver que les jours rallongent". De nouveau l’inimaginable nous est décrit, cette fois par bouffées au fur et à mesure que les souvenirs reviennent. Le retour à Paris des prisonniers et des rapatriés des camps est aussi un moment très fort. Difficile d’en dire davantage tant l’émotion est palpable face à de tels récits.

  • L'étourdissement. - Joël Egloff (Buchet-Chastel, 2005)

    Joël Egloff nous propose ici une histoire sans lieu ni date avec un héros sans nom. Son monde, l'abattoir où il travaille dur, la maison malmenée par les lignes à haute tension et les vibrations des avions qui décollent, la fumée des usines, la décharge... Le week-end on va pêcher dans la rivière polluée ou ramasser des objets abandonnés dans la forêt. Pourtant le narrateur ne s'apitoie pas sur lui-même. La quatrième de couverture parle d'humour et de poésie. C'est vrai que le désespoir est masqué par l'extraordinaire vitalité des personnages qui, c'est sûr, rêvent de partir ailleurs, mais sont quand même attachés à cet horizon fermé qui est le leur.

    L'atmosphère m'a fait penser aux romans de Mingarelli (d'ailleurs je viens de lire dans une interview qu'Egloff et Mingarelli se connaissaient bien). Ici les personnages sont plus volubiles, mais on les sent habités par un même poids du destin qui fait que, quoi qu'il arrive, ils doivent subir leur vie plutôt que la diriger. "C'est pas une vie" dit le narrateur à son ami, "C'est la nôtre pourtant" ! Beckett et Céline ne sont pas loin...

  • Les lauriers du lac de Constance. - Marie Chaix (Seuil, 1974)

    Le dernier livre de Marie Chaix, "L’été du sureau", m’a donné envie de lire celui qui l’avait rendue célèbre, "Les lauriers du lac de Constance". Publié en 1974, il retrace la vie politique de son père de 1936, alors qu’il rejoint Doriot et le PPF, jusqu’à son emprisonnement pendant sept ans, puis sa libération. Ecrit à partir des carnets tenus en prison par Albert B., le père de Marie Chaix (et de Anne Sylvestre), c’est un récit de la vie quotidienne pendant la guerre vue par un "collaborateur" et une famille de collaborateur.

    Marie Chaix a écrit ce livre avec suffisamment de recul pour qu’il soit sans haine et sans admiration. Trop jeune (elle est née en 1942) pour se souvenir de la guerre, elle ne garde en elle que l’image d’un père dans un parloir, chaque samedi pendant sept ans, et son difficile retour à la maison.

    Dans "L’été du sureau", elle raconte qu’elle a été contactée, à la suite de son premier livre, par un homme dont une amie proche avait été la maîtresse d’un certain Albert B., marié avec trois enfants, cadre dirigeant du PPF, et avait eu un enfant de lui en 1942. Cette révélation (confirmée par la nourrice de Marie Chaix) donne de l’homme une image encore plus négative que celle montrée dans "Les lauriers". Non seulement il avait choisi le camp des collaborateurs, mais il n’était pas l'époux et le père admiré par sa femme et ses enfants !

  • L'été du sureau. - Marie Chaix (Seuil, 2005)

    A la suite des "Lauriers du lac de Constance" où elle faisait revivre la figure de son père, accusé de collaboration et emprisonné pendant sept ans, Marie Chaix revient sur sa vie alors qu'elle atteint aujourd'hui la soixantaine. Sa fille vient de se séparer de l'écrivain Richard Morgièvre et, à sa propre surprise, elle ressent une douleur démesurée quand elle apprend cette séparation. Depuis quelques années déjà, depuis la mort de son éditeur Alain Oulman, elle n'écrivait plus et sombrait dans une sorte de déprime constante.

    A partir de cette mort et de cette séparation, Marie Chaix revit par l'écriture les séparations qui ont jalonné sa vie (son père, emprisonné ; son premier mari), les morts aussi (ses deux frères, ses parents) de manière sensible et délicate.

  • La vieille dame et moi. - Jacqueline Harpman (Le Grand Miroir, 2001)

    La narratrice est assise sur un banc de son jardin. A soixante-dix ans, elle fait un bilan plutôt positif de sa vie, de son métier d’écrivain, de sa vie de famille. Quand tout à coup lui apparaît une très vieille femme qui semble tout connaître d’elle. Ses petites faiblesses, les facilités d’écriture qu’elle s’octroie, les traits de son caractère qu’elle a toujours cachés,…

    Bien sûr cette vieille femme n’est qu’un miroir dans lequel la narratrice voit une image d’elle-même qu’elle n’accepte pas totalement. Mais n’est-ce pas le moment de faire un vrai bilan, de ne plus accepter les faux-semblants ?

    Un très beau petit livre à propos du retour sur soi pendant la dernière partie de sa vie.