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  • Vie amoureuse et Mari et femme . - Zeruya Shalev (Gallimard, 2000 et 2002)

     J'avais lu ces deux romans à leur parution et j'avais été emballée par le style extrêment fort qui rendait l'histoire et les émotions de cette femme vraiment palpables. Ces deux billets étaient sur mon ancien site mais je les republie ici à l'occasion de la mise en valeur de la littérature israélienne. Je ne sais pas pourquoi mais je pense qu'ils plairaient à Moustafette et à Papillon  ;-) et à beaucoup d'autres bien sûr...



    947723e44b718006a3067a694233a752.gifVie amoureuse 

    Le jour où elle rencontre Arieh, ami d'enfance de son père, Ya'ara sait que rien ne sera plus comme avant. Elle est irrésistiblement attirée par cet homme et prête à faire toutes les folies pour le voir. Sa famille, sa thèse, l'université, son mari, tout doit se soumettre à son désir. A n'importe quelle heure, elle est là pour lui, essayant de comprendre ce qui la lie à cet homme. Il était l'ami de son père, mais quels liens le liaient à sa mère ? Est-ce qu'elle n'essaie pas de revivre quelque chose dans cette passion désordonnée, de venger quelqu'un ?

    Sans le style extraordinaire de Zeruya Shalev, ce roman ne serait qu'un roman de plus sur la passion amoureuse et le désir. Mais l'auteur réussit à nous faire entrer dans le déroulement même des pensées de son héroïne. Une ponctuation minimale permet de suivre le flux de sa conscience et d'être au plus près d'un récit qui s'apparente au surgissement de l'inconscient dans l'analyse.

    Ce premier roman de Zeruya Shalev, éditrice à Jerusalem, a fait scandale en Israël. Pour moi, il s'apparente au "Livre brisé" de Serge Doubrovsky, très fort lui aussi, sur des thèmes et avec un style similaires.

     

     

    f71c386300dcb470974cd86a23b277b4.gifMari et femme

    Naama et son mari Oudi se connaissent depuis l'adolescence, sont mariés et ont une fille de dix ans. Ils mènent une vie de couple ordinaire, plutôt fusionnelle quand même, jusqu'au jour où Oudi se réveille avec les jambes paralysés. Les médecins ne décèlent aucune cause physique, c'est, selon eux, un symptôme de "conversion". D'ailleurs ce symptôme se déplace, se portant sur les yeux, puis le corps tout entier. Peu à peu Naama est obligée de prendre conscience que le fonctionnement de leur couple est peut-être à modifier. Elle doit aussi admettre que tout n'est pas de la faute d'Oudi. Elle aussi, avec son habitude de tout prendre à sa charge, de colmater tous les problèmes, de chercher à être parfaite, doit admettre que la "fusion amoureuse" recherchée a abouti au résultat contraire.

    Dans ce roman, encore plus réussi que le précédent "Vie amoureuse", Zeruya Shalev a réussi à mettre à nu le déroulement de la pensée d'une femme. Par un style délibérément libéré de la ponctuation classique, elle permet de suivre les méandres de la pensée de Naama, torturée par la culpabilité, mais en même temps sûre de sa bonne conscience de mère, d'épouse et de fille. Il lui faudra faire un travail énorme sur elle-même pour réussir, peut-être pas à sauver son couple, mais au moins à vivre en harmonie avec elle-même.

     

  • Riki, un enfant à Jerusalem . - David Shahar (Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 2003)

    35baca4b41542fd422e6f01b08ab6566.jpgCe n'est jamais facile d'aborder des sujets graves dans la littérature pour la jeunesse. Ici l'auteur, né en 1926 à Jerusalem, a vécu la création d'Iraël et la lutte pour l'indépendance et participé aux guerres de 1948, 1956 et 1967. Son oeuvre, traduite de l'hébreu, est largement inspirée de ses souvenirs d'enfance et ce roman, écrit à la première personne, est le point de vue clairement israélien d'un jeune garçon.

    On est en 1947. Le mandat britannique s'arrête cette année-là et les conflits sont latents entre partisans et opposants à la création d'un état d'Israël. A Jerusalem rapidement l'état de guerre s'installe entre population juive et Arabes; La ville est assiégée, il n'y a plus d'eau, les bombardements font rage. Riki a les oreilles grand-ouvertes d'un côté vers sa grand-mère qui est sûre du caractère sacrée de sa cause, et de l'autre son grand frère qui prône la lutte armée et rejoint rapidement un kibboutz. Riki est un jeune adolescent et par ses yeux se mêlent le tragique de la guerre et les petits détails absurdes et drôles de l'existence. Jerusalem assiégée devient un terrain de jeu, jusqu'au jour où il voit mourir des gens qu'il connait. Le kibboutz est tout nouveau pour lui, mais il risque sa vie pendant le voyage en camion.

    Même s'il est destiné à un public adolescent, ce petit roman est intéressant à lire car il nous plonge dans le quotidien de Jérusalem pendant ces années-là.  Il est clair que l'auteur a essayé de faire revivre ces années tragiques par la voix encore innocente d'un enfant.

  • It's a free world (réalisé par Ken Loach, avec Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek, 2007)

    7c2223130d11e07bd03f0f1721a1c521.jpgAvec Malaurie nous avons conclu un arrangement : il fait un copié-collé de mon commentaire sur La visite de la fanfare et je fais la même chose pour It's a free world car on a exactement les mêmes avis ;-)

     

    Voilà donc son commentaire

     

    "Encore un formidable tison incandescent de Ken Loach. Une chronique de la mondialisation, un "j'accuse" profondemment engagé, profondemment dérangeant. 

    C'est l'histoire d'Angie, une jeune femme, belle, moderne, mais virée de son job pour avoir refusé les avances sexuelles d'un de ses patrons. Elle décide alors de monter sa propre boite avec sa colocataire. Rien que de très banal jusque là. Le premier choc vient de son boulot : elle est recruteur d'intérimaires pour des boites de travaux publics et autres usines mangeuses d'hommes et de femmes. Elle vend de la force de travail, de préférence des travailleurs immigrés car ceux-là sont moins exigeants, moins chers, plus flexibles. En flirtant toujours entre légalité et tentation de l'illégalité, car il peut devenir très rentable de faire travailler des clandestins, les deux jeunes femmes tentent de s'en sortir en travaillant d'arrache pied (qui a parlé de 35 heures ? vous êtes ici en Sarkoland : travaillez plus pour bosser plus). Des clandestins, il y en a tant et tant, près à tout pour gagner un peu d'argent afin de faire vivre leur famille et surtout tellement discrets. La tentation est trop grande. Angie devient elle-même un rouage de cette mondialisation qui agit comme un rouleau compresseur sur les individus. 


    Ce film est original à plus d'un titre, notamment dans le portrait de cette jeune femme dynamique, victime de ce système social mais aussi maillon actif de celui-ci. Tout cela est bien anodin finalement, ça se passe tous les jours autour de nous, mais pour le voir il ne suffit pas d'ouvrir les yeux... il faut aussi vouloir le voir, l'entendre... Merci donc Ken Loach de tenter de nous (r)éveiller à chaque film et de nous offrir ce brulot de réflexion. "


    L'avis tout aussi enthousiaste de BMR