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  • Des nouvelles du Mexique (Métailié, 2009)

              couv-974.jpg                         Le Mexique au Salon du Livre 2009

    Cette collection propose des sélections de nouvelles d'auteurs contemporains. Sont déjà parues les nouvelles d'Algérie, de Cuba, d'Amérique du Nord, du Brésil, du Portugal et d'Amérique latine. Ici nous retrouvons des auteurs déjà présents sur ce blog comme Volpi, Taibo II, Serna, Fadanelli et Padilla. D'autres auteurs participant au Salon du Livre y sont aussi présentés.

    Le recueil est épais aussi je n'ai pas tout lu mais j'étais surtout intéressée par les nouvelles des écrivains que j'avais déjà découverts. Je n'ai pas été déçue car le genre de la nouvelle fait vraiment ressortir les caractéristiques des uns et des autres (je dois avouer que je lis rarement des nouvelles....).

    La nouvelle de Serna, La vanité, fait tout à fait référence aux idées véhiculées dans son roman La peur des bêtes. Ici un enseignant souffre de ne pas être reconnu comme le véritable poète qu'il pense être. mais un jour il reçoit une réponse à une lettre qu'il avait adressée il y a longtemps à Octavio Paz (LE grand poète mexicain). Celui-ci le félicite et l'encourage dans cette voie. Il est tellement fier qu'il organise une grande fête où il invite ses amis et aussi ses détracteurs. Mais, catastrophe, entre temps sa fille a gribouillé la lettre et celle-ci est illisible ! Il est pris pour un imposteur, moqué par tout le monde et peu à peu il sombre dans la dépression..., mais..... J'ai dévoré cette nouvelle qui évoque à la fois la difficulté de se faire reconnaître comme poète, et l'importance démesurée que prend l'avis d'une ou deux personnes dans le milieu !!

    La nouvelle de Taibo II, Les merveilleuses odeurs de la vie, est grinçante comme souvent chez cet auteur. Marcial est obsédé par un problème qui l'obsède depuis quelques jours, ses mains dégagent une odeur pestilentielle. Il essaie tout, les laver, verser de l'essence dessus, faire appel à une sorcière,... Rien à faire ! Mais au vu de la chute, on se dit que c'est peut-être l'odeur de la mort que Marcial transportait sur lui....

    La nouvelle de Padilla, Symptômes d'un mal patibulaire, est très noire. On reconnait le style superbe de l'auteur dans cette histoire qui met en scène un bourreau. Il occupe cette fonction de père en fils et, à son tour, transmet son savoir-faire à son fils aîné. Celui-ci est terrorisé et n'ose pas l'avouer, pas même à son frère cadet. Pourtant un jour il quittera sa famille, deviendra délinquant et sera puni.... de la peine de mort...

    Fadanelli nous propose une histoire aussi très sombre dans Le jardin des aveugles. Un homme seul et âgé va tous les jours faire son footing dans le parc à proximité. Mais deux nouvelles lui parviennent. Son frère vient de se faire assassiner, et on construit le plus haut immeuble de Mexico juste là. A quoi bon vivre encore...

    La nouvelle de Volpi, La voix d'Orson Welles et le silence de Don Quichotte, est la plus longue. Elle a pour thème l'adaptation qu'Orson Welles devait faire de Don Quichotte et qui devait se situer au Mexique. Mais Don Quichotte est un roman inadaptable, et Orson Welles est un personnage hors du commun. Ou comment ce récit et le Mexique ont suivis Welles tout au long de sa vie...

    Je lirai sans doute quelques autres nouvelles de ce recueil mais je voulais lui faire un peu de pub (en avance car il ne sort en librairie que mi-février) avant le Salon du Livre.

     

     

  • Le Llano en flammes . - Juan Rulfo (Gallimard, 2001 ; Folio, 2003)

     

    llano flammes.gif

    Le Mexique au Salon du Livre 2009

    Ce livre est une des oeuvres majeures de la littérature mexicaine et pour moi sans doute le coup de coeur de cette littérature. J'ai commencé un livre de Carlos Fuentes depuis et c'est très intéressant mais, à mon avis, c'est davantage un écrivain d'Amérique centrale et latine, alors que Rulfo retranscrit vraiment l'âme mexicaine.

    C'est un recueil de nouvelles qui se déroulent pendant la "guerre des cristeros" dans les années 1920. Le partage des terres au profit des paysans a commencé à se faire après la Révolution mexicaine mais la mauvaise répartition de celles-ci ajoutée à la mainmise de l'Etat sur la religion, donne lieu à une rébellion violente qui fera plusieurs milliers de morts. Rulfo avait six ans quans son père et son grand-père ont été tués et son enfance s'est déroulée pendant ces événements violents.

    Ces nouvelles sont un hommage de Rulfo aux paysans, villageois, bergers, qui ont été les principales victimes de cette llano.jpgguerre. Le thème principal est la terre . On comprend que cette terre qui leur a été attribuée, le LLano, est immense mais aride et incultivable et ils essaient désespérément d'en extraire quelque chose. Certains se résignent mais d'autres ne supportent pas de voir leur famille mourir de faim et dans plusieurs nouvelles c'est la vengeance qui est l'héroïne principale. Les grands propriétaires d'hacienda, le gouvernement, à qui faut-il s'en prendre ? Et quand on retrouve son père et son oncle pendus, que peut-on faire sinon se venger ? Les destins individuels se mêlent à l'histoire collective et on voit aussi bien la douleur d'une femme, le malheur d'un ami, que la révolte de tout un village qui, poursuivi par les soldats, met le feu à toutes les grandes propriétés du Llano.

    La préface de Le Clezio met en valeur cette oeuvre inclassable et rappelle la dureté et la cruauté de cette guerre qui a obligé ceux qui n'ont presque rien à se battre pour défendre ce presque rien face à des puissants aveugles. Ces textes très courts (quelques pages chacun) au style incisif sont suffisamment forts pour nous donner à voir cet univers sauvage et violent.