01 mai 2009

La frontière de verre . - Carlos Fuentes (Gallimard, 2006)

2070749088.gifA l'occasion du Blogoclub de lecture sur Fuentes, je republie ce billet car je n'ai pas trop envie de me replonger dans la littérature mexicaine (c'était bien pourtant..)

Le Mexique au Salon du Livre 2009

Je vais terminer ce travail sur cette découverte de la littérature mexicaine par l'auteur le plus connu en France, Carlos Fuentes.

Carlos Fuentes a vécu dans différents pays d'Amérique latine (son père était diplomate) avant de faire des études de droit au Mexique et de devenir ambassadeur du Mexique en France. Très engagé à gauche et très opposé à la politique culturelle et économique des Etats-Unis, il était proche du poète mexicain Octavio Paz (avant de se fâcher avec lui...) et a enseigné dans plusieurs universités américaines et anglaises. Il est l'auteur d'une oeuvre très importante, aussi bien des romans que des essais, des nouvelles et des scénarios.

Ce livre, sous-titré Roman en neuf récits, peut être une bonne introduction à la littérature mexicaine car il traite de ce qui est un des problèmes mexicains essentiels : les relations américo-mexicaines. Rappelons qu'une grande partie du Sud des Etats-Unis était mexicain jusqu'à la guerre de 1846-1848 qui permit aux USA d'annexer la Californie, le Colorado, le Nouveau-Mexique, le Texas, l'Arizona et le Nevada. Les tensions entre ces deux pays aujourd'hui sont d'autant plus vives que, comme l'écrit Fuentes, "tant qu'un pays pauvre existerait à côté du pays le plus riche du monde, ce qu'ils faisaient, eux, la police de la frontière, équivalait à vouloir comprimer un ballon ; ce qu'on serrait ici ne servait qu'à faire gonfler par là".

La frontière est symbolisée par le fleuve, Rio Bravo du côté mexicain et Rio Grande du côté américain. Autour de ce fleuve s'est développée à carlos fuentes.jpgla fois une industrie importante côté mexicain, intéressée par la proximité des Etats-Unis pour l'exportation, et un trafic de Mexicains et aussi d'autres habitants d'Amérique du Sud cherchant à émigrer aux Etats-Unis.

Tous les nouvelles montrent bien la manière dont ces deux activités sont mêlées. Les Mexicaines pauvres du sud du pays et venues travailler à la frontière côtoient les industriels profiteurs et les passeurs qui vivent dangeureusement. Tous espèrent trouver une meilleur situation, que ce soit de manière plus ou moins honnête ou légale. Les personnages de ces nouvelles se croisent tous à un moment ou à un autre, et en terminant ce recueil on a l'impression de connaître ce morceau de Mexique !

Un avis dans Ratsdebiblio

Un autre billet sur Fuentes ici sur le blog de Laurent.

27 janvier 2009

Le Llano en flammes . - Juan Rulfo (Gallimard, 2001 ; Folio, 2003)

llano flammes.gif

Le Mexique au Salon du Livre 2009

Ce livre est une des oeuvres majeures de la littérature mexicaine et pour moi sans doute le coup de coeur de cette littérature. J'ai commencé un livre de Carlos Fuentes depuis et c'est très intéressant mais, à mon avis, c'est davantage un écrivain d'Amérique centrale et latine, alors que Rulfo retranscrit vraiment l'âme mexicaine.

C'est un recueil de nouvelles qui se déroulent pendant la "guerre des cristeros" dans les années 1920. Le partage des terres au profit des paysans a commencé à se faire après la Révolution mexicaine mais la mauvaise répartition de celles-ci ajoutée à la mainmise de l'Etat sur la religion, donne lieu à une rébellion violente qui fera plusieurs milliers de morts. Rulfo avait six ans quans son père et son grand-père ont été tués et son enfance s'est déroulée pendant ces événements violents.

Ces nouvelles sont un hommage de Rulfo aux paysans, villageois, bergers, qui ont été les principales victimes de cette llano.jpgguerre. Le thème principal est la terre . On comprend que cette terre qui leur a été attribuée, le LLano, est immense mais aride et incultivable et ils essaient désespérément d'en extraire quelque chose. Certains se résignent mais d'autres ne supportent pas de voir leur famille mourir de faim et dans plusieurs nouvelles c'est la vengeance qui est l'héroïne principale. Les grands propriétaires d'hacienda, le gouvernement, à qui faut-il s'en prendre ? Et quand on retrouve son père et son oncle pendus, que peut-on faire sinon se venger ? Les destins individuels se mêlent à l'histoire collective et on voit aussi bien la douleur d'une femme, le malheur d'un ami, que la révolte de tout un village qui, poursuivi par les soldats, met le feu à toutes les grandes propriétés du Llano.

La préface de Le Clezio met en valeur cette oeuvre inclassable et rappelle la dureté et la cruauté de cette guerre qui a obligé ceux qui n'ont presque rien à se battre pour défendre ce presque rien face à des puissants aveugles. Ces textes très courts (quelques pages chacun) au style incisif sont suffisamment forts pour nous donner à voir cet univers sauvage et violent.

23 janvier 2009

Jours de colère . - Jorge Volpi (Mille et une nuits, 2001)

1389894.jpgLe Mexique au Salon du Livre 2009

Changement de ton après les romans mexicains très noirs que je viens de lire. Ici il s'agit d'un récit d'une centaine de pages écrit à trois voix. Un chirurgien devient fou de désir pour une de ses patientes, une chanteuse de jazz. Elle devient le centre de sa vie et à cause d'elle il perd tous ses repères. Mais un troisième personnage apparaît, un écrivain. Est-il l'amant de la chanteuse ? On ne le saura jamais. Mais il introduit entre eux un roman qui s'appelle Jours de colère et qui raconte... leur histoire. Cette histoire tour à tour racontée par un de ses trois personnages nous emporte dans les méandres du désir et de l'écriture, l'un et l'autre s'alimentant mutuellement. Que va-t-il se passer, qui le sait, et qui peut influer sur ce livre qui s'écrit au fur et à mesure ?

Volpi fait partie d'un mouvement littéraire, baptisé «le crack», aussi révolutionnaire qu'a pu l'être le nouveau roman en France et qui produit un style minimaliste, fait de phrases courtes et incisives. Dans ce roman, Volpi nous emmène dans une relation passionnelle, vertigineuse et originale. Sa construction complexe m'a parfois laissée perplexe mais m'a quand même donné envie de lire un autre de ses romans, La fin de la folie ou Le temps des cendres.

19 janvier 2009

La Peur des bêtes . - Enrique Serna (Phébus, 2006)

9782757806050.gifLe Mexique au Salon du Livre 2009

Décidément ces Mexicains sont forts pour nous proposer de superbes romans noirs ! Ici c'est un polar noir, un vrai, mais avec comme toile fond le monde littéraire mexicain et, même si l'on n'en possède pas toutes les clés, on entre dans ce monde avec délectation.

Evaristo Reyes, écrivain raté et ex-journaliste, travaille dans la police sous les ordres du corrompu Maytorena. Celui-ci, pour se faire bien voir du procureur, veut éliminer Lima, un écrivain qui a écrit quelques lignes injurieuses pour le gouvernement dans un obscur journal. Mais Lima est tué le soir-même dans des circonstances mystérieuses et Reyes est chargé de l'enquête. Pour cela il va rencontrer toute l'intelligentsia mexicaine et découvrir les bassesses, renvois d'ascenseur et autres conflits d'intérêt qui mènet ce petit monde. Pourquoi l'ex-petite amie de Lima l'a-t-elle quitté pour le célèbre mais vaniteux Vilchis ? Et celui-ci aurait-il pu tuer Lima ? Mais les policiers vont trop vite en besogne et une bavure supprime Vichis. Et cette poétesse aussi directrice de collection et qui fait la pluie et le beau temps, elle aussi en veut à Lima pour une histoire ancienne...
Mais ces petits arrangements ne seraient rien sans les ramifications avec la police et le pouvoir. Les trafiques de drogue sont connus mais les policiers suffisamment arrosés pour se taire, et chacun a intérêt à se taire et à protéger l'autre. Reyes se retrouve dans un monde corrompu jusqu'à la moelle et lui-même perd complètement pied..

Le personnage de Reyes et le monde dans lequel il évolue sont décrits avec précision et sans concession, et, si l'on ôte le contexte très violent et quand même très très corrompu, on retrouverait un petit monde germano-pratin bien connu. Tu me fais ma préface et je te mets dans mon anthologie, tu me fais cette conférence et je te mets dans la liste des écrivains qui partent en voyage en Europe, je couche avec toi mais tu essaies de faire éditer mon recueil, etc... Les clés nous échappent forcément mais j'ai quand même noté deux noms. A deux reprises Octavio Paz est cité et, si lui est visiblement unanimement admiré, son entourage est la cible de quelques piques : "des soirées pour gens délicats où les intellectuels courtisans buvaient l'haleine d'Octavio Paz". Et le Vilchis dont on a parlé est visiblement quelqu'un de très connu sur le plan international : "Vilchis leur a fait croire qu'il était un intellectuel de prestige parce qu'il prenait par le bras les célébrités internationales qui venaient au Mexique. Sans l'éclat des autres il ne serait tout simplement rien". Sont cités les écrivains en photos avec lui, Harold Pinter, Garcia Marquez, Vaclav Havel,...Quand on cherche Fuentes et ces noms... on trouve des photos où il est bras-dessus, bras-dessous aves eux....Coïncidence ??

Jeanjean a aussi bien apprécié, d'ailleurs on attend avec impatience son prochain livre qui sort en février.

 

15 janvier 2009

L'autre visage de Rock Hudson . - Guillermo Fadanelli (Bourgois, 2006)

9782267018035.gifLe Mexique au Salon du Livre 2009

Bien que ce roman ne soit pas publié dans une collection policière, c'est bien d'un polar très noir qu'il s'agit. La toile de fond, Mexico, ses bas-fonds, ses immeubles crasseux, ses ruelles sombres. Ses héros, Ramirez, un voyou au couteau facile qui trempe dans des histoires de drogue et détrousse ou élimine les imprudents. Rebecca, sa soeur. Et Johnny, adolescent, qui suit le chemin de Ramirez tout en le haïssant.

L'atmosphère sordide de l'histoire est extrêmement bien rendue et bien sûr l'image que l'on retient de Mexico n'est pas du tout la carte postale habituelle pour touristes. La force de l'histoire vient du sentiment de tragédie implacable qui acccablent les personnages sans qu'aucun espoir ou aucune porte de sortie puisse apparaître. En revanche j'ai été gênée par la construction assez tortueuse de l'histoire, ou peut-être aurais-je dû le lire d'une traite pour ne pas m'y perdre ;-)

C'est en tout cas une vision très noire du Mexique, comme d'ailleurs à peu près dans tous les romans mexicains que je viens de lire. Mais une collègue a lu Une vie conjugale de Sergio Pitol qui est noir mais très drôle (l'histoire d'une femme qui essaie de tuer son mari par tous les moyens mais sans réussir !...)

29 décembre 2008

Rêves de frontière . Paco Ignacio Taibo II (Rivages noir, 2002)

9782743609801.gif

Le Mexique au Salon du Livre 2009

Cette fois l'histoire se passe à la frontière avec les Etats-Unis, là où plein d'émigrants essaient de franchir la clôture verte qui sépare les deux pays. Le passage n'est autorisé qu'aux détenteurs d'un permis de travail et d'un laisser passer. Hector est à la recherche d'une actrice, une amie de jeunesse à lui qui a disparu et qui joue à cache-cache avec lui près de cette frontière. Fuit-elle quelqu'un, et dans ce cas pourquoi reste-t-elle dans cette ville. Hector ne serait pas étonné que des trafiquants de drogue et de prostituées soient dans le coup...


L'ambiance est moite, poisseuse, on erre avec Hector dans cette petite ville ni vraiment mexicaine, ni américaine. Les histoires sont sordides, heureusement quelques moments de tendresse viennent éclaicir un peu l'atmosphère, et puis l'humour est bien sûr omniprésent chez Ignacio Taibo... Fleurs bleues s'abstenir, mais les amateurs de polars bien noirs apprécieront.

26 décembre 2008

Pas de fin heureuse . - Paco Ignacio Taibo II (Rivages noir, 1997)

pacoignaciotaibo.jpg

Petite présentation de Paco Ignacio Taibo II, auteur de polars mexicains dont je vais lire plusieurs romans. C'est le grand auteur policier du Mexique et le fondateur du néo-polar mexicain. Son héros, Hector Belascoaran Shayne, a une trentaine d'années, a perdu un oeil, est détective et surtout grand observateur de la vie mexicaine. Ignacio Taibo lui fait dire "A la différence des auteurs de romans policiers, Hector appréciait les histoires complexes mais où rien ne se passait" ! En effet, comme dans le "néo-polar" français, l'important n'est pas l'action et le crime, mais plutôt la description de la société qui a donné ce crime. Donc il faut apprendre à la connaître, Hector, et après on peut faire un bout de chemin avec lui !

 Le Mexique au Salon du Livre 2009

9782743601973.jpgIci le début est plutôt cocasse puisque Hector découvre dans les toilettes de son bureau un soldat romain assassiné, avec un casque et une armure. Et le lendemain il reçoit un papier lui demandant de ne pas se mêler de cette histoire ! Inutile de dire qu'il ne lui en faut pas plus pour essayer de comprendre. Mais il faudra remonter très loin, se débarasser de quelques importuns et rencontrer beaucoup de personnes plus ou moins honnêtes pour retrouver une piste qui ramène à un épisode pas très glorieux de l'histoire sociale et politique.

 Hector prend son temps, il réfléchit tout haut, ou tout bas, se promène dans Mexico, rencontre, épie, tire quand il le faut. Je l'aime bien moi ce privé anarchiste qui cherche à tout prix la vérité. Il ne boit pas, il fume, il galère un peu, bref c'est un vrai privé qui est plongé en plein dans les bas-fonds de la vie politique et sociale et je n'ai pas envie de le quitter de sitôt...

 

22 décembre 2008

L'Escadron Guillotine . - Guillermo Arriaga (Phébus, 2004)

9782752902108.gifLe Mexique au Salon du Livre 2009

Après Un doux parfum de mort, j'étais curieuse de lire autre chose d'Arriaga. Ici, dans le Mexique agité du début du siècle (c'est la guerre civile, la "Révolution mexicaine"), Velasco, un avocat inventeur à ses heures, a construit une superbe guillotine. Il ose la présenter à Pancho Villa qui menait la lutte pour les troupes du Nord. Villa, impressionné, voit tout de suite ce qu'il pourrait tirer de cette guillotine en exécutant en grande pompe et en public les opposants. Conquis il la garde et surtout garde avec lui Velasco et le nomme capitaine de "l'Escadron Guillotine" avec ses deux acolytes. Velasco qui n'était pas du tout fait pour la dure vie de combattants itinérants, souffre sous le commandement de Villa qui mène ses troupes tambour battant, en massacrant à tout va....


C'est bien sûr le ton très cynique de ce récit qui donne toute sa saveur à ce récit. L'outrance des massacres, la bravoure et l'inconscience des guerriers, la vision sanguinaire de cette époque... Tout est fait pour donner un ton décalé à cette épopée dont Arriaga se moque un peu, même s'il approuve sans doute les raisons de départ. Le personnage de Pancho Villa n'est d'ailleurs pas antipathique, juste un peu excessif. Mais on passe vraiment un bon moment avec ce récit qui est une tonique plongée dans cette époque tourmentée !
 

L'avis tout aussi enthousiaste de Philippe Sendet